Le jeune chanteur originaire du Nord-Ouest veut faire une musique qui se place au-dessus des stéréotypes. Samedi dernier sur la scène installée à l'esplanade du musée national à l'occasion de l'hommage rendu à Anne Marie Nzié qui célébrait alors ses 60 ans de carrière musicale, il a séduit.
Vêtu d'un costume traditionnel et accompagné de sa guitare acoustique, il a égrené quelques notes de "Existentiel", un titre exclusif qu'il a souhaité partager avec le public qui, pour la plupart, découvrait ces sonorités qui rappellent celles des musiques de Salif Keita et Lokoua Kanza, son idole. Comme dans la majorité des chansons, Richard Kinga, devenu King depuis son entrée dans le monde de la musique en 2001, parle de la vie et de toutes ses tribulations.
Alors que ses deux précédents albums, sortis en 2001 et en début 2007, ne lui ont pas vraiment permis d'intéresser le public francophone, il espère bien, avec le troisième qui est en préparation, que ce sera chose faite. "Dans la partie anglophone, je suis déjà assez connu mais le public francophone ne m'a pas encore vraiment adopté et ce sera mon challenge avec le prochain album".
Comment cet étudiant en biochimie à l'université de Yaoundé I s'est-il retrouvé au chant ? Entre deux sourires, ce jeune homme venu de Kumba qui s'exprime couramment en français, lance : "j'ai toujours eu la certitude que je chanterai un jour. Ma mère est une excellente chanteuse. Elle chante à la chorale de l'église baptiste du village. C'est également là-bas que j'ai appris à chanter.
Après, j'ai crée un groupe où l'on chantait en a capella ". Il chope véritablement le virus de la musique lorsque, à son entrée à la faculté des Sciences de l'université de Yaoundé I à Ngoa-Ekellé, il écoute un album de Lokoua Kanza. C'est le coup de foudre et il décide se faire dans ce genre musical. Le jeune homme qui a pris ses habitudes du côté du petit tam-tam où ses camarades de fac et lui ont l'habitude de jouer le week-end en fait une fixation.
"Je recherchais encore mes marques dans la musique lorsque j'ai fait la connaissance de Lokoua Kanza. Il m'a immédiatement séduit de par son style musical. Cette rencontre est d'autant intéressante que je ne voulais pas faire dans un genre dans lequel on m'identifiera immédiatement ou qui permettra que je sois vite catalogué dans une aire culturelle quelconque du pays. C'est pour cette raison que j'ai immédiatement adopté le style de Lokoua Kanza qui, pour moi, est universel". Son premier album sort en 2001 et est goupillé dans les studios de " Touch'la touche " à Yaoundé.
Alors membre du club musique de l'université de Yaoundé I, il assure tout seul la production et la distribution de cet album dont il dit avoir écoulé 2000 exemplaires en moins de six mois au prix de 5000Fcfa l'unité. " La musique que je fais est une musique de salon. Les gens ont déjà assez de problèmes comme ça dans leur vie. Je veux que lorsqu'ils rentrent chez eux le soir, ils écoutent ma musique et que celle-ci serve à les relaxer, à leur apporter la paix dont tout le monde a besoin ".
En 2004, alors qu'il venait de se brouiller avec son père, professeur, qui peine à croire que son fils veuille vraiment se lancer dans la musique au détriment de ses études de biochimie, le Goethe Institute le repère et lui propose une bourse de six mois en Allemagne. "C'était ma première victoire, lance-t-il. Avec ça, mon père pouvait comprendre que je fais quelque chose de sérieux car, il m'avait demandé de poursuivre. Lorsque j'ai eu ma licence, je lui ai remis le diplôme en lui précisant que je ne voulais pas poursuivre dans cette voie ".
De retour d'Allemagne où il a été formé au chant et aux techniques de la scène, son père accepte enfin d'écouter ses compositions. Vient ensuite le voyage pour les Etats-Unis où il est invité à chanter pour les membres de sa communauté qui s'y sont exilés. Ce qui lui offre de nouvelles opportunités et c'est avec sérénité qu'il prépare son troisième album "triple heritage". Un disque dans lequel il chantera la "stabilité". Cette stabilité qu'il a recouvrée depuis que son père a décidé de l'accompagner dans son projet.

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