Dieudonné Gaïbaï
5 Décembre 2008
Les scènes sont à tout le moins insolites au lieu dit Carrière, à une trentaine de kilomètres de la ville de Maroua sur la nationale N°1. Des dizaines de gros porteurs y sont immobilisés à longueur de journée. De gros bras chargent et déchargent sans discontinuer les sacs de riz, sucre, maïs, des cartons d'huile de table... " Nous sommes ici depuis septembre " lance Basga et Moussa qui font la manutention dans ce qui est devenu le principal espace de transbordement des marchandises destinés aux marchés de la ville de Maroua, du Nigéria et du Tchad.
Depuis quelques semaines en effet, les transporteurs de la partie septentrionale du pays ont imaginé des astuces pour échapper au contrôle des stations de pesage de Manwi (dans l'Adamaoua) et de Yonkolé (dans l'Extrême Nord). Lesquelles stations ambitionnent au-delà des activités mercantiles qui y sont menées, de protéger le patrimoine routier de la région. Un patrimoine routier dont on indique dans les services techniques des Travaux publics que les surcharges participent à près de 40% à sa dégradation.
Mais au lieu dit Carrière à Maroua, cela ne semble pas embarrasser les transporteurs qui font venir de Maroua des camions. Ousmanou Issa, qui conduit un de ces camions venus vide de Maroua, explique que "les propriétaires des camions qui ont quitté Ngaoundéré viennent nous chercher en ville. Nous prenons ce qui semble pouvoir constituer la surcharge. Pour ceux qui vont à Maroua, on laisse ça dans les magasins. Pour ceux qui vont à Banki ou au Tchad, on conduit ces marchandises vers Godola. C'est là bas qu'ils rechargent leurs camions."
Ousmanou poursuit : "nous passons devant le poste de pesage sans payer les pénalités. Les propriétaires des camions nous donnent 100.000 Fcfa par tour. Et ils se chargent de payer ceux qui procèdent au transbordement." Ces jeunes qui sont organisés en groupes indiquent, par la voix de Basga, pouvoir avoir par camion 50.000 Fcfa. "Il nous arrive d'avoir à faire le transbordement de plus de dix camions par jour. Ça nous donne un peu d'argent pour nos familles." Les frais ainsi engagés par les transporteurs déteignent sur les prix des produits sur les marchés indique Ousmaïla Toukour, commerçant au marché central de Maroua.
Ces transbordements se font malheureusement au nez et à la barbe des équipes mises sur pied a poste de pesage de Yonkolé (à cinq kilomètres de la ville de Maroua). L'un des chefs d'équipe rencontré au poste de pesage assure, "tous les véhicules en surcharge qui passent par notre station sont systématiquement sanctionnés conformément aux dispositions légales. Mais nous n'avons pas compétence pour aller contrôler les marchandises avant notre station ou après." Et pourtant, des conducteurs de camions assurent que "les équipes de la station de pesage viennent parfois nous inspecter et nous prennent parfois de l'argent." Des affirmations réfutées par les responsables de la station de pesage qui y voient un procès d'intention.
Toujours est-il que les autorités administratives et techniques ont été mises au courant de la situation depuis plusieurs semaines. Mbesso Saïdou, le délégué des travaux publics de l'Extrême Nord, dit être au courant de cette situation. "Des mesures sont en train d'être prises par les autorités." Dans les services du gouverneur, on affirme que l'arrêté y relatif est en cours d'élaboration et ne saurait tarder. Entre temps, ce sont des dizaines de camion qui participent à dégrader le patrimoine routier de la partie septentrionale du pays au nez et à la barbe d'une administration un peu trop procédurière.
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