Z. Dieudonné Zoungrana
8 Décembre 2008
Et de deux ! Après le premier dialogue inclusif, tenu à Bangui en fin 2003, voici de nouveau les Centrafricains sous l'arbre à palabre ce lundi 8 décembre 2008 et ce, jusqu'au 20. Pendant près de deux semaines donc, pouvoir, opposition, société civile et rébellions armées vont se retrouver pour trouver des solutions aux crises sociales, à l'insécurité et à la mal gouvernance ; une bonne initiative dans ce pays qui, depuis quelques décennies, est la proie des démons, qui n'en finissent pas d'essayer de l'engloutir dans le fleuve Oubangui.
Pour les fins connaisseurs de la Centrafrique, la situation actuelle s'explique par la relation, quasi orageuse, qu'elle a longtemps entretenue avec la France, la métropole. Jean Bedel Bokassa, par exemple, a connu cette carrière surréaliste par son ultragaullisme paradoxal à fleur de peau, qu'il pratiqua à dessein.
Celui qui fut son Premier ministre et qui devint président de la République, Ange-Félix Patassé, surfera également sur un discours oscillant entre pulsions francophobes et amour affiché pour l'Hexagone.
Ce qui, du reste, ne le sauvera pas de la chute, qui est intervenue le 15 mars 2003 par l'action de son chef d'état-major, le général François Bozizé, aidé par « des libérateurs », qui sont des soldats tchadiens et congolais.
Un Bozizé qui cherchera l'onction populaire en 2005 et qui l'obtiendra, même si cette présidentielle n'a pas mis fin aux ennuis du pays qui ont pour noms tension de trésorerie qui fait que les fonctionnaires accusent des mois d'arriérés de salaires, guérillas sporadiques et mal gouvernance.
Grosso modo, 200 personnes vont échanger afin de pacifier le pays et d'arrêter des voies et moyens de le sortir de cet engrenage, qui n'a que trop duré. C'est ainsi que Patassé foule le sol centrafricain, qu'il a quitté il ya 5 ans pour un exil forcé à Lomé.
Le fait que l'ex-maître du pays ait pu effectuer ce retour est, en lui-même, un grand signe de la bonne volonté des dirigeants actuels de tourner définitivement les pages sombres pour relever les grands défis du développement.
Dans cette optique, il convient de saluer la loi amnistiante promulguée le 14 octobre 2008, qui absout tous les actes répréhensibles commis depuis quelques années, même s'il est vrai que l'actuel chef de l'Etat voulait en limiter la portée à l'année 2003, date de son arrivée au pouvoir.
C'est donc la foi qu'ont tous les protagonistes en cette amnistie et surtout en la possibilité de trouver des chemins d'apaisement qui explique que certains irréductibles ont fait le déplacement de Bangui : se côtoieront ainsi à ces assises le rebelle Abdoulaye Miskine, du Front démocratique pour le peuple centrafricain (FDPC), réfugié en Libye ;
Jean-Jacques Démafouth (qui vit en France), ex-ministre de la Défense et patron de l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie(APRD) ; sans oublier le capitaine Abacar Sabone du Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice(MLCJ) et bien sûr Ange-Felix Patassé.
L'ancien président burundais, le major Pierre Buyoya, qui est le superviseur en chef de cette rencontre sous l'Å"il du sage gabonais Omar Bongo Ondimba, pourra-t-il aboutir à une paix des braves entre les frères ennemis centrafricains ? Par exemple, Patassé qui se considère toujours comme le président légitime digérera-t-il enfin son renversement et acceptera-t-il que Martin Ziguélé, son ex-PM, soit toujours à la tête de son parti politique ?
François Bozizé a beau être un pasteur de l'Eglise Céleste, acceptera-t-il sans rechigner certaines décisions prises par ses adversaires dont les hommes sont toujours stationnés dans les maquis l'arme en bandoulière ? Enfin, comment faire pour trouver de l'argent pour le pays, dont l'économie est sous perfusion ? En un mot, ce dialogue va-t-il résoudre les problèmes du pays ?
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