Le Potentiel (Kinshasa)

9 Décembre 2008

Congo-Kinshasa: Messagerie financière et monétique - Des instruments de l'expansion des affaires

Kinshasa — Le lancement en 2004 du Plan stratégique de développement de la Banque centrale et du système financier national a ouvert la voie à une série d'actions, engagées depuis la réforme monétaire de 1998 dans le cadre de la redynamisation du système bancaire congolais et son adaptation aux nouvelles contraintes nées de la mondialisation. Aujourd'hui, la République démocratique du Congo présente le visage d'un pays pauvre et sous bancarisé. Le revenu moyen des congolais se situerait en dessous du seuil de pauvreté absolue. La messagerie financière est ainsi la solution offerte aux petits et moyens opérateurs économiques.

Difficile de voir se développer dans un tel pays un système bancaire classique, la population ne disposant pas des revenus nécessaires pour accéder aux services bancaires, généralement très coûteux. Le pays demeure jusqu'à ce jour sous-bancarisé. Pour un pays de plus de soixante millions d'habitants, le taux de couverture par les institutions bancaires serait estimé à un guichet pour 2 millions d'habitants ou pour une superficie de 56.000 km2. Par ailleurs, la majorité de la population constituée de pauvres entrepreneurs (près de 80%) ne peut pas accéder aux services financiers faute d'institutions de proximité fiables.

Les besoins de la RDC en services financiers se justifient par l'immensité de son territoire national et sa population, mais aussi par la pauvreté de cette population et la sélectivité du système bancaire classique. La solution passe donc par le développement d'un système financier souple, facilement accessible à la population. C'est dans ce sens que se développent aujourd'hui à travers l'ensemble du territoire des institutions de micro-finance offrant des services financiers à faible coût que ceux imposés dans le système classique. Bien qu'évoluant souvent comme dans l'informel, les messageries financières en RDC contribuent efficacement à l'essor des affaires en RDC.

Une notion dynamique

Selon la compréhension populaire, la micro-finance est considérée comme les dispositifs permettant d'offrir de très petits crédits (micro-crédits) à des familles très pauvres pour les aider à conduire des activités productives ou génératrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs petites entreprises.

Cependant, avec le temps et le développement de ce secteur particulier de la micro-finance partout dans le monde y compris dans les pays développés, la micro-finance s'est élargie pour inclure désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d'argent, etc.) à une clientèle plus étendue, c'est-à-dire à toutes personnes ayant une PME ou qui désirent en démarrer une.

Les institutions ne se limitent plus à l'octroi de micro-crédit aux pauvres mais bien à la fourniture d'un ensemble de produits et services financiers adaptés à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel et à tous ceux et celles qui demeurent dans des régions où il y a absence d'institutions bancaires fiables. En RDC, la messagerie est intimement liée à l'exploitation des petites et moyennes entreprises, particulièrement en province.

L'histoire de la micro-finance évolue avec la messagerie financière. Depuis l'époque coloniale elle s'étale généralement sur quatre périodes : Période coloniale à 1970; 1970 à 1990; 1990 à 2002; 2002 à ce jour. Elle révèle que deux catégories d'agents économiques essentiellement offrent des services de micro-finance en RDC.

Il s'agit des coopératives d'épargne et de crédit, COOPEC qui opèrent depuis les années 1970 et des institutions de micro-finance, IMF qui se sont développées depuis les années 1990, d'abord dans l'informel, puis, depuis 2003, dans le secteur formel.

Ces deux types représentent les institutions financières dites « de proximité » de la RDC, c'est-à-dire celles qui visent à assurer l'autopromotion économique et sociale des populations à faibles revenus. Les Coopératives d'épargne et de crédit (COOPEC) sont régies actuellement par la loi n°002/2002 du 02 février 2002 portant dispositions applicables aux coopératives d'épargne et de crédit qui définit les règles précises relatives à leur organisation et fonctionnement, les modalités de leur regroupement, en même temps qu'elle pose les principes de base d'une réglementation prudentielle de leurs activités, à élaborer Banque centrale du Congo. Les Institutions de micro-finance ne sont pas régies par une loi spécifique mais plutôt par un Règlement qui est l'instruction n°1 du 12 septembre 2003, telle que modifiée le 18 décembre 2005.

Les opérations réalisées par les IMF et COOPEC en RDC se résument en l'octroi des crédits et la collecte de l'épargne aussi bien que le circonscrit l'instruction n° 1 suivant la modification du 18 décembre 2005 dans ses articles 6 et 7 et la loi 002-2002 dans son article 8 : «Les Institutions de micro finance sont autorisées, dans les limites fixées par la présente Instruction, à effectuer les opérations suivantes: la collecte de l'épargne; l'octroi des micro-crédits. Les Institutions de micro-finance peuvent effectuer des opérations et services connexes à leur activité telles que : les opérations de crédit-bail; la location de coffre-fort; les actions de formation. Ces opérations et services doivent demeurer d'une importance limitée par rapport à l'ensemble des activités de collecte de l'épargne et/ou d'octroi de micro-crédits. Les Institutions de micro-finance disposant d'un excédent de ressources peuvent effectuer des placements auprès des banques commerciales ou acquérir des titres d'emprunt émis par l'Etat ou la Banque centrale du Congo ».

Outre les coopératives d'épargne et de crédit ainsi que les IMF, plusieurs autres agents interviennent dans ce secteur. De manière globale nous pouvons dénombrer : i) des individus ou des groupes de base bénéficiaires des services de micro-finance ; des SFD formels et semi-formels; des banques commerciales; des bailleurs de fonds qui interviennent soit dans la promotion de ces SFD au niveau du renforcement des capacités, soit dans leurs actions sur terrain par l'octroi de financement ; le gouvernement, en l'occurrence le ministère de l'Industrie, Petites et moyennes entreprises et, la Banque centrale du Congo.

Une répartition inégale

Concernant la répartition géographique de ces institutions du Système Financier Décentralisé (COOPEC et IMF) agréées, on constate que la plupart d'entre elles opèrent à Kinshasa, à Goma, au Bas-Congo, au Bandundu, au Nord-Kivu, à Bukavu et Butembo.

La répartition de ces Institutions sur le territoire national donne, en pourcentage, les chiffres suivants (selon la BCC) : 65% pour la ville de Kinshasa; 15% pour le Nord et le Sud Kivu; 20% pour les provinces du Bas-Congo, Bandundu, Equateur, Kasaï Occidental, et Katanga. Ceci montre clairement que l'offre des services financiers de proximité demeure encore amplement limitée en RDC.

La forte prépondérance pour la ville-province de Kinshasa tient au fait de la présence des infrastructures rendant plus aisé le travail des Système financier décentralisé (SFD). Mais l'une des raisons évoquées par les opérateurs de ce secteur est le fait que ces régions (Kinshasa, Nord et Sud-kivu ) ont été les premières à être vulgarisées. Dans les mêmes proportions, la messagerie financière a évolué avec un ancrage dans les grands centres urbains avec des ramifications dans les points d'intenses échanges commerciaux et de négoce.

Actuellement, il se développe dans le système bancaire classique une intense activité vers le secteur de la micro-finance. Le précurseur dans ce domaine est Procredit Bank qui a inauguré une nouvelle technique se rapprochant davantage de la population par l'octroi de micro-crédit. Elle vient d'être rejoint dans ce créneau par Trust Merchant Bank. D'autres arrivants sont annoncés dans ce secteur. Preuve que le secteur de la micro-finance a encore de beaux jours devant lui dans cette République démocratique du Congo en plaine renaissance.

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