V.N.B, correspondant occasionnel
9 Décembre 2008
Kinshasa — En lisant la presse de ces derniers jours, il se confirme que le projet de la réalisation d'un pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa n'est plus une simple fiction. C'est la Banque africaine de développement qui vient d'annoncer de la façon la plus solennelle qu'elle accorde un don de 7,45 millions de dollars américains pour le financement de son étude de faisabilité, étude qui sera prête d'ici à 16 mois. C'est donc pour bientôt.
Même si ce projet est approuvé par les autorités de la RDC (dixit le conseiller principal en infrastructures près la présidence de la République), les premières à s'en féliciter et à s'en réjouir demeurent les autorités du Congo d'en face, car c'est depuis plus de trois décennies qu'elles se sont employées à vendre ce projet qui est le leur et pour cause. L'étroitesse de l'espace géographique de la République du Congo, sa faible population et son trafic interne de marchandises très limité ont de tout temps rendu déficitaire la ligne de chemin de fer Congo Océan entre le port de Pointe-Noire et Brazzaville, même avec l'apport de marchandises en provenance ou en partance de la République Centrafricaine.
Voilà pourquoi Brazzaville se tourne vers Kinshasa qui représente avec toutes les provinces en amont un potentiel considérable pouvant largement combler la différence manquante pour une exploitation rentable de la ligne de chemin de fer Congo Océan et, partant, contribuer à soutenir durablement toute l'économie du Congo d'en face.
Le jour que le Pont route-rail Brazzaville-Kinshasa deviendra effectif, les importateurs et les exportateurs de Kinshasa et en amont et voire même d'une partie du Bas-Congo proche de la capitale auront le choix entre deux lignes: celle de Kinshasa-Brazzaville-Pointe Noire sans rupture de charge, en plus d'un chemin de fer Congo Océan et d'un port maritime de Pointe-Noire en pleine modernisation, notamment par le Groupe Bolloré - celui-là même dont la proposition de réhabiliter à son compte et le port de Matadi et le chemin de fer Matadi-Kinshasa avait été brutalement rejetée sous l'instigation des dirigeants de l'Onatra de l'époque contre une décision favorable du gouvernement Kengo wa Dondo avec M. Alexis Tambwe Mwamba comme ministre des Transports - et celle nationale Kinshasa-Matadi-Océan caractérisée aujourd'hui par la vétusté du chemin de fer Kinshasa-Matadi, par la vétusté du port maritime de Matadi et par l'insuffisance des équipements modernes et adéquats.
Un autre handicap majeur c'est l'incapacité de la Régie des Voies Maritimes d'assurer un excellent dragage du chenal à l'instar de la défunte Société de dragage qui, elle, le faisait merveilleusement au point de permettre à l'époque aux grands bateaux de mer d'arriver jusqu'au port de Matadi sans encombre. Aujourd'hui et à cause de cela, Matadi comme Boma ne peuvent accueillir que de petits bateaux à partir de Pointe-Noire.
Dans ces conditions, l'on voit très mal comment les importateurs et exportateurs de la RDC ne seront pas attirés à choisir la ligne nouvelle Kinshasa-Brazzaville-Pointe Noire, plus moderne et plus rapide au détriment de la ligne nationale Kinshasa-Matadi ou Boma handicapée par la vétusté et l'insuffisance de ses équipements et de ses moyens.
Qu'adviendrait-il dès lors du Bas-Congo en général et des villes portuaires de Matadi et de Boma dont les activités sont liées étroitement à celles de leurs ports respectifs ?
Le conseiller principal en infrastructures près la présidence de la République se veut rassurant en évoquant le projet de la création d'un port en eau profonde à Banana. Je veux bien y croire. Mais ce projet qui date de plus de quarante ans a-t-il déjà trouvé un financement sûr rien que pour son étude? Même là encore, comment atteindre ce port sans prolongement du chemin de fer Matadi-Banana?
L'interconnexion des systèmes de transport entre les pays d'une même région géographique est une très bonne chose vue sur le plan des échanges des biens et des personnes, mais encore faut-il que les moyens de part et d'autre restent équilibrés, autrement dans cet ensemble, les pays dépourvus de moyens de transport performants demeureront à la traîne au seul bénéfice des pays dotés des moyens de transport plus attrayants.
Aussi face au projet du futur pont route-rail Brazzaville-Kinshasa dont la réalisation va devenir une réalité dans les prochaines années, il appartient à l'Etat de la République démocratique du Congo d'entreprendre au plus vite la modernisation du chemin de fer Kinshasa-Matadi, la modernisation et le rééquipement du port de Matadi et enfin s'assurer que le dragage du chenal vers l'Océan atteigne les performances réalisées à son temps par la défunte Société de dragage pour ainsi permettre comme par le passé que les grands bateaux de mer puissent atteindre Matadi sans problème. Cela dans un premier temps. Par comparaison, Anvers, troisième port européen, est, comme Matadi, situé sur un fleuve (Escaut) mais est capable de recevoir de grands bateaux de mer grâce aux travaux de dragage bien faits en permanence.
Dans un deuxième temps, l'Etat congolais devrait tout faire et au plus vite réaliser le projet de construction du port en eau profonde de Banana en même temps que le prolongement du chemin de fer Kinshasa-Matadi vers Banana via le Pont route-rail reliant les deux rives de la ville de Matadi, ingénieuse initiative de l'ancien président Mobutu Sese Seko.
C'est seulement dans ces conditions que la ligne nationale Kinshasa-Matadi deviendra compétitive par rapport à la ligne en voie de réalisation Kinshasa-Brazzaville-Pointe Noire et qu'on pourra ainsi assurer que les beaux jours de l'économie du Bas-Congo seront sauvegardés.
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