Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Le CNDP réclame déjà un gouvernement d'union nationale

F.m.

9 Décembre 2008


C'est à 15 heures GMT que les deux délégations congolaises se sont enfin rencontrées hier à huis clos au siège des Nations Unies de Nairobi. Cette première rencontre entre le gouvernement de la République et le Cndp de L. Nkunda n'a été rendue possible qu'après plusieurs tractations menées séparément et de main de maître par l'émissaire spécial de l'Onu, Olesegun Obasanjo, Benjamin MKAPA, ancien président de la République de la Tanzanie et Moses WATANGULA, ministre kenyan des Affaires Etrangères.

Pour rapprocher les frères ennemis, ce dernier a tiré sur la corde sensible «vous serez capables de mettre de côté vos divergences et vous réaliserez qu'il n'y a qu'un seul Congo et que la Communauté Internationale est là pour vous encourager et vous aider ». On rapporte que les délégués de la rébellion ont refusé d'entrer dans la salle de la rencontre tant que des éléments considérés comme des représentants des Maï Maï y étaient aux côtés des délégués du gouvernement conduits par M. Raymond TSHIBANDA, ministre de la Coopération Internationale et Régionale.

C'est alors que l'émissaire spécial de l'Onu, le nigérian Olusegun OBASANJO, est monté au créneau pour faire revenir les deux parties aux bons sentiments en leur rappelant que « c'est une occasion qui ne devrait pas être perdue ni gâchée ».Avant d'insister sur l'inévitabilité de cette rencontre car « les yeux du monde sont tournés vers vous. Stoppons l'hémorragie et ouvrons un nouveau chapitre pour une paix durable et l'harmonie ». Cependant, pour ne pas mécontenter ceux qui se seraient sentis frustrés, l'ancien chef de l'Etat nigérian a promis que « la porte ne sera pas fermée aux autres groupes armés du Nord-Kivu ».

Le bal de chauve prendra bientôt fin

Tout indique donc que les carottes ne sont pas cuites pour les autres groupes armés, même si pour l'ancien président de la République de la Tanzanie « c'est le gouvernement et le Cndp qui doivent se retrouver dans un cadre autre que le programme AMANI et sous la médiation de l'émissaire de l'ONU ». Ici, le représentant de l'Union Africaine semble avoir privilégié dans un premier temps le rapport de force sur le terrain et ce point de vue risque de peser lourd dans la balance pendant tout le temps que se déroulera ce premier round des négociations politiques, quitte à ce que chacune de deux parties ou les deux à la fois se rattrape ensuite en battant le rappel de ses alliés respectifs encore tapis dans l'ombre et qui n'attendent que ce coup de sifflet pour sortir du bois afin de réclamer leur part du gâteau, tradition congolaise oblige depuis la Table Ronde de Bruxelles en 1959. On ne sera donc pas étonné de retrouver les leaders des Maï Maï dans les rangs de la délégation gouvernementale comme ce fut le cas à Gaborone et Sun City. Tout comme, des partis politiques se réclamant de l'opposition parlementaire ou non pourraient rejoindre pince-sans-rire le camp de L. Nkunda. Des rumeurs fort persistantes font état des contacts très serrés entre certains partis et le mouvement rebelle. Aucune rencontre politique inter congolaise n'a dérogé à cette tradition non écrite et comme l'a prévenu M. Bertrand BISIMWA, porte-parole du Cndp, la paix n'a pas de prix et le chemin à parcourir est encore long.

Déception dans les rangs des Maï Maï

Malgré les apaisements et assurances de l'émissaire nigérian, les délégués des autres groupes armés opérant dans la province du Nord Kivu n'ont pas manqué de déplorer et condamner ce qu'ils considèrent comme un acte de haute trahison posé par la délégation gouvernementale dans laquelle siège pourtant l'abbé Apollinaire Muhongolu Malu Malu, président du Programme AMANI qui doit demeurer le seul cadre des négociations mis en place à Goma depuis le mois de janvier dernier sous les auspices de la communauté internationale et avec la bénédiction du Cndp. « Procéder ainsi, c'est nous inciter à quitter le Programme AMANI, le gouvernement ne devrait pas l'oublier » ont noté les leaders des Maï Maï. Ce n'est qu'une partie remise, si l'on en croit les déclarations des membres du gouvernement de la République qui s'en tiennent au schéma issu du programme AMANI, car, c'est le contenu qui compte et non le contenant, a indiqué un observateur de la scène politique congolaise.

Vers un gouvernement d'union nationale

Sans trop attendre et pour annoncer déjà les couleurs, Bertrand BISIMWA n'est pas allé par quatre chemins pour abattre ses cartes en déclarant haut et fort que c'est le problème du leadership qui a toujours motivé la lutte de son mouvement : « le régime actuel a échoué. Il faut refonder l'Etat et la nation congolaise. Nous pensons que cela doit passer par un gouvernement d'union nationale auquel nous participerions ». Un appel qui rejoint celui lancé il y a très longtemps par l'UDPS et récemment par la Conférence Nationale Episcopale du Congo. En fait, l'occasion faisant le larron, le mouvement rebelle s'est contenté tout simplement de répéter à son tour ce que ces deux principales forces sociopolitiques ont déjà proclamé dans d'autres circonstances. Espérant caresser dans le sens des poils la communauté internationale et l'opposition politique.

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