Louis-Paul Eyenga Sana
10 Décembre 2008
Kinshasa — Journaliste de nationalité tchadienne, Mme Koumbo Sy travaille à la MONUC depuis 2006 en qualité de chargée de l'Information publique. Bien que les Africains pensent que femme et journaliste ne riment pas souvent, elle affirme aimer son métier qu'elle n'abandonnera pour rien au monde.
La quarantaine révolue, veuve et mère d'une fille, Mme Koumbo est entrée très jeune (21 ans) en journalisme, qu'elle a commencé à apprendre sur le tas à l'Agence tchadienne de presse (ATP), en 1983. Après une année de service, elle entre à l'Ecole de journalisme de Dakar, le Centre d'études des sciences et techniques de l'information (CESTI) d'où elle sortira, quatre années plus tard, avec un diplôme supérieur de journalisme.
«Quoique femme et journaliste ne riment pas souvent en Afrique, j'aime ce métier et, pour rien au monde, je ne l'abandonnerai. J'ai toujours travaillé dans un milieu d'hommes et je n'ai jamais eu de difficultés à ce niveau. Ce métier m'a fait beaucoup voyager dans de nombreux pays où j'ai rencontré beaucoup de gens de divers horizons. Il m'a ouvert l'esprit et me permet de prendre la vie toujours du bon coté », affirme-t-elle.
«Ma formation au CESTI m'a conduite au Canada, aux Etats-Unis et en France où j'ai fait un stage in cursus inclus dans ma formation diplômante », signale-t-elle.
Une fois ses études terminées, Koumbo Sy rentre au Tchad où elle intègre la rédaction de la Radio nationale du Tchadi avec une spécialité en radio. Douze mois après, elle est nommée rédacteur en chef adjoint de la rédaction de la Radio nationale avant d'être confirmée à ce poste 6 mois plus tard.
« A 25 ans, j'étais la plus jeune rédacteur en chef et la première femme à occuper ce poste au Tchad », précise-t-elle. Elle est révoquée et radiée de la Fonction publique en 1990 à la suite d'une grève du personnel de la radio dont elle prend la tête.
Mais, le Premier ministre de la Transition, Jean Alingue Bawoyeu qui venait d'être nommé par le président Deby pour le compte de l'opposition politique, la prend dans son cabinet comme chargée de l'information (1992-1993). Puis, il y eut la Conférence nationale souveraine qui a élu un autre Premier ministre. Celui-ci nomma son cabinet et remercia l'ancien.
« Bien que la Conférence nationale souveraine m'ait réhabilitée ainsi que d'autres confrères ayant subi le même sort que moi, je ne pus regagner le ministère de l'Information pour des raisons que j'ignore jusqu'aujourd'hui. Je décidais alors d'aller travailler dans la presse privée. J'ai commencé d'abord comme rédacteur au journal Contact (aujourd'hui disparu) avant d'être nommée directrice de publication (1993). Poste que j'ai occupé jusqu'en novembre 1996 », rappelle-t-elle.
Propriétaire d'un journal
Après son départ de Contact, Mme Koumbo Sy crée son propre journal, l'hebdomadaire « L'Observateur ». C'est le premier journal d'information générale fondé par une femme en Afrique centrale.
«L'Observateur, en passe de devenir un quotidien l'année prochaine, a aujourd'hui 11 années d'existence, emploie 14 personnes plus 4 pigistes. Il tire à 5.000 exemplaires et est l'un des journaux les mieux cotés de la place, avec un chiffre d'affaires qui avoisine les 80 millions de Fcfa », se réjouit-elle.
Mais, sa vie de journaliste n'a pas été des plus faciles. « J'ai fait deux fois la prison. Une première fois en 1997, quand j'avais été détenue préventivement durant deux semaines en rapport avec l'affaire Elf et, la seconde, pendant deux mois en août 2005, après une condamnation à un an de prison ferme pour un article lié à la situation au Darfour », se souvient-elle. Elle a participé en 1996 à la création de l'Association des éditeurs de presse au Tchad (AEPT) dont elle a été la présidente pendant six ans, après la dévaluation du Fcfa.
Sous son mandat, fut appliquée l'une des dispositions de la loi sur le régime de la presse au Tchad, celle concernant l'aide à la presse budgétisée par le gouvernement.
«L'aide est attribuée à la presse assez régulièrement aujourd'hui. Grâce à cet activisme, souligne-t-elle, nous avons pu obtenir, mon équipe et moi, un soutien financier de l'Union européenne d'un montant d'un milliard de Fcfa, soit plus d'un million d'euros, qui ont permis de dynamiser la presse tchadienne considérée comme une des presses les plus actives en Afrique centrale ».
Cofondatrice d'associations professionnelles
Mme Koumbo Sy a participé à la création de l'Union des éditeurs de presse d'Afrique centrale (UEPAC), dont elle a été vice-présidente (1996-2006), et de l'Organisation des médias d'Afrique centrale (OMAC) en 2006, à Windhoek (Namibie).
Pour le compte de l'AEPT, elle a été présidente de l'Organisation des Acteurs non étatiques du Tchad (OANET) pendant six ans (2001-2007).
A ce titre, elle a représenté la société civile tchadienne à de multiples fora internationaux et dans toutes les discussions avec le gouvernement, après la signature de l'Accord de Cotonou. Elle a aussi remporté plusieurs Prix au Tchad, notamment ceux de meilleur journaliste en presse écrite de l'Union des journalistes tchadiens (2 fois) et de meilleur entrepreneur.
A cause des difficultés à exercer correctement son métier et de toutes les tracasseries qu'elle a subies, elle quitte le Tchad en 2006 pour la RDC où elle travaille présentement à la MONUC. D'abord comme volontaire, ensuite en qualité de chargée de l'Information publique.
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