Le Patriote (Abidjan)

Zimbabwe: Gbagbo et Mugabe - Comme ils se ressemblent

Bakary Nimaga

10 Décembre 2008


Le 30 novembre dernier, à Doha au Qatar, Laurent Gbagbo, le numéro un ivoirien a rencontré son homologue zimbabwéen, Robert Mugabe. Au-delà d'une entrevue entre deux Chefs d'Etat, c'est sans nul doute la rencontre de deux hommes aux curieuses ressemblances. L'adage n'a pas eu tort de nous instruire que «qui s'assemblent se ressemblent».

Depuis quelques temps, la communauté internationale, par la voix du Président français Nicolas Sarkozy et de bien d'autres, ne cesse de réclamer le départ du vieux despote, à cours d'initiatives pour son peuple. Cet homme honni par ses voisins du Botswana, du Kenya, partage des similitudes avec le grand chef d'Abidjan. En le rencontrant dernièrement, Gbagbo a sans doute choisi d'assumer cette relation. Pour sûr, l'analogie est bien à propos entre ces deux personnalités.

Le nationalisme de mauvais aloi

De prime abord, Gbagbo et Mugabe partagent en commun, le nationalisme et le patriotisme de mauvais aloi. En cette ère de globalisation, tous deux, ont bâti leur volonté de confiscation du pouvoir en proclamant une puérile lutte contre l'impérialisme et en affirmant aux populations que les blancs veulent les asservir et continuer de piller leurs richesses. Bien entendu, tous deux se présentent comme des boucliers face à cette «invasion» occidentale. Pour occulter la mauvaise gouvernance dont ils se font les chantres, nos deux hommes aiment à pointer un doigt accusateur vers l'Occident.

Très souvent, pour faire diversion sur leurs inaptitudes à gérer, ils mettent leurs partisans dans la rue, pour insulter la communauté internationale. Régulièrement, ils se montrent comme des «candidats du peuple», quand ils présentent leurs adversaires comme les hommes de l'Impérialisme. Mugabe l'a fait pour son opposant, Morgan Tsvangirai, Gbagbo pour ses concurrents Ouattara et Bédié.

Cependant, personne ne s'est mépris sur la vacuité d'un discours qui vise essentiellement à masquer leurs limites. De même que Mugabe a exproprié les grands propriétaires terriens étrangers, principalement anglais, au profit de ses partisans. De même le règne de Laurent Gbagbo a été marqué par de fréquents déplacements des ressortissants burkinabé et maliens, qui ont réussi à réaliser de grandes plantations, dans la région de l'Ouest, à la grande joie de ceux qu'on nomme autochtones.

Comme l'a récemment montré les chaînes de télévision étrangères, les terres tombées aux mains des hommes de Mugabe ont été laissées à l'abandon. Tout comme celles arrachées aux étrangers en Côte d'Ivoire, que les autochtones n'ont pas réussi à mettre en valeur, laissant le champ libre à la broussaille à Tabou, Grand Béréby San Pedro....

Les «Vétérans» et les «Patriotes»

Ce n'est un secret pour personne que pour faire respectivement 24 ans et 8 ans au pouvoir, Robert Mugabe et Laurent Gbagbo ont mis en avant, la culture de la violence. Cette tare, rejetée par toutes les démocraties, constitue pour eux, une aubaine, une perche, pour garder les rênes du pouvoir. Au Zimbabwe, le clan Mugabe s'est appuyé sur sa milice de «Vétérans», pour exercer une violence sans commune mesure sur les partisans de Morgan Tsvangirai, torturés et assassinés.

Après avoir été mis en déroute lors du premier tour, Mugabe a actionné le levier de la violence, pour obtenir le retrait de son irréductible adversaire à la Magistrature Suprême. On a vu comment des opposants ont été brûlés vifs et tués à la machette, et surtout l'opposant Tsvangirai vivre quasiment en réclusion. En Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo compte généralement sur ses miliciens et ses jeunes dits «patriotes».

A chaque fois que le régime se trouve en difficulté, les «patriotes», dans la droite ligne des «vétérans» de Mugabe, occupent les rues, posent des barricades, pillent et brûlent les biens des opérateurs économiques. On l'a vu au lendemain de la signature de l'accord de Marcoussis, en janvier 2003, quand Gbagbo a capitulé. Tout le long de ses huit années au pouvoir, Gbagbo a eu fréquemment recours à la violence de ses «patriotes», pour embrouiller, perturber et retarder considérablement le processus de paix.

Deux hommes à problèmes, des solutions du pire

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Mugabe et Gbagbo, de véritables problèmes pour leur peuple respectif, et partant pour la démocratie, aiment à se présenter comme des solutions, des hommes incontournables, l'alpha et l'oméga de leur pays. Au plus fort de la contestation contre sa volonté de voler l'élection présidentielle, le despote zimbabwéen n'a pas sourcillé un seul instant pour dire, que s'il n'est pas porté à la tête de son pays, ce serait «la guerre civile». Un discours qui constitue le programme électoral de Laurent Gbagbo. Cet «enfant des élections», qui ne veut d'élections que si elles le maintiennent au pouvoir, ne cesse lui aussi, de brandir le spectre du chaos, s'il perdait la compétition politique.

Lui emboitent le pas, un de ses partisans, en l'occurrence Charles Blé Goudé a déclaré que si «Gbagbo perd le pouvoir, ce sera dix ans de guerre civile». On le constate, ces deux hommes entendent user de tous les moyens, pour garder le pouvoir. Visiblement, ils sont des hommes à problèmes, des solutions de suicide voire du pire pour leur nation respective. Avec eux, c'est l'angoisse au quotidien. Les populations doivent saisir les élections à venir pour les bouter loin du pouvoir.

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