Kgm
11 Décembre 2008
Comme le craignaient un certain nombre d'observateurs particulièrement attentifs des affaires congolaises, les pourparlers entre le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et la rébellion de Laurent Nkunda étaient «bloqués» mercredi à Nairobi. C'est ce qu'a personnellement indiqué à la presse, tard dans la soirée, le médiateur onusien et ancien chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo.
«Le succès a été bloqué par deux difficultés», a souloigné M. Obasanjo. L'Envoyé spécial de l'ONU a évoqué comme première difficulté la volonté de la rébellion d'élargir la discussion à la situation globale de la RDC et non pas simplement de se cantonner au conflit au Nord-Kivu. Deuxième difficulté épinglée par l'ancien président nigérian : l'absence de pouvoir de décision de la délégation rebelle aux pourparlers.
Ce faisant, le CNDP confirme d'une part sa détermination à séduire l'opinion congolaise et davantage les forces politiques et sociales frustrées par la gouvernance du régime et qui ont toujours réclamé un dialogue global pour tenter de corriger les imperfections du double processus de transition et des élections générales.
D'autre part, le mouvement rebelle entend, dans la foulée, rester cohérent avec lui-même dans l'option qui consiste à sortir du carcan du Programme Amani et de la province du Nord-Kivu qui réduirait son ambition et sa dimension à un groupe armé local. Il y a là non seulement une certaine habileté mais aussi et surtout une capacité d'anticipation qui risque particulièrement de faire mal dans la capitale. Pour rappel, Kinshasa s'est toujours refusé, jusque-là, en vertu de sa légitimité électorale, à initier des consultations sérieuses avec toutes les forces politiques et sociales qui comptent.
Aussi la tentative du CNDP de mettre sur la table la double exigence d'une indispensable évaluation à mi-parcours du mandat présidentiel et du choix de la bonne gouvernance met Kinshasa sur la défensive, en lui collant l'image d'un régime arc-bouté sur ses privilèges et incapable de combattre l'impunité. Il reste que l'annonce de ces difficultés a évidemment fait l'effet d'une douche froide dans une opinion qui s'attendait à des progrès significatifs et rapides susceptibles de contribuer à alléger les souffrances des populations de l'Est après que le médiateur eut annoncé mardi pour avant Noêl le démarrage des discussions sur le fond.
Une délégation de la médiation chez Nkunda Pour contourner l'obstacle et trouver les moyens de maintenir l'espoir, Olusegun Obasanjo a précisé avoir demandé à une délégation de sa médiation de se rendre jeudi à Goma pour rencontrer Laurent Nkunda et discuter avec lui de ces difficultés. «Premièrement, le CNDP continue de demander des discussions sur ce qu'il estime être les défis auxquels le pays dans son ensemble est confronté, pas seulement le conflit actuel et les urgences humanitaires dans l'est de la RDC», a expliqué le médiateur.
Avant d'ajouter : «Sans juger bien évidemment du bien-fondé de cette demande, cela va au-delà du mandat qui nous a été confié». Sur la deuxième difficulté rencontrée par la médiation, l'Envoyé spécial de l'ONU a regretté que «le pouvoir qui a été donné à la délégation du CNDP par sa direction a limité drastiquement sa capacité à prendre des décisions».»Ils ont un mandat pour être ici, mais ils n'ont pas le pouvoir de prendre des décisions», s'est-il plaint, ajoutant que la rébellion n'était pas très «claire» dans ses revendications et devait clarifier «ses objectifs».
Au début du round des pourparlers de Nairobi, c'est pourtant la délégation du CNDP qui avait regretté que la délégation gouvernementale ne disposait de pleins pouvoirs. «Nous restons engagagés et nous restons en contact», a tenté de tempérer l'ancien président nigérian. L'émissaire onusien n'a cependant pas été en mesure de dire quel délai prendrait la délégation de la médiation dépêchée auprès de Nkunda et si ce temps mort aurait ou non une incidence sur le respect du cessez-le-feu.
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