Nord-Sud (Abidjan)

Côte d'Ivoire: 60ème anniversaire des droits de l'Homme - La déclaration universelle minée par des Etats

Nomel Essis

12 Décembre 2008


L'Ambassade américaine à Abidjan a célébré hier le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. L'ambassade des USA à Abidjan a organisé hier une conférence débat sur le thème : «Le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme (Dudh)». Trois panélistes ont fait l'état des lieux de cette déclaration adoptée le 10 décembre 1948 pour codifier les droits de l'Homme au plan international.

La secrétaire aux relations extérieures de la Lidho (Ligue ivoirienne des droits de l'homme) est intervenue sur « Les approches historiques et conceptuelles de la Dudh». Selon Mme Yao Blé Valérie, les auteurs de la Dudh se sont inspirés des déclarations d'indépendance des USA du 4 juillet 1776 et des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1786 en France. Elle souligne que la déclaration prend en compte une grande variété de droits dont les droits civiques et politiques, les droits économiques, sociaux et culturels, le droit à la paix etc. « Les droits énoncés s'accompagnent d'obligations de la part des détenteurs de ces droits », insisté Mme Yao Blé Valérie.

Le coordinateur du Regroupement des acteurs ivoiriens des droits humains (Raidh) est quant à lui intervenu sur la situation du Dudh au 21ème siècle. Bamba Sindou se satisfait que les principes de base des droits de l'Homme énoncés dans la déclaration ont été réaffirmés dans de nombreuses Constitutions et résolutions internationales. Mais 60 ans après, de nombreux obstacles se dressent à son application. Il a pris pour exemple la torture, interdite par l'article 5 qui stipule : « Nul ne sera soumis à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ».

Des pays présentés comme des Etats de droits s'illustrent de manière négative en la matière, a déploré le coordinateur du Raidh. « Les frondes contre la surpopulation carcérale sont monnaie courante dans presque la quasi-totalité des pays du monde entier. Les rapports de certaines commissions nationales ou internationales des droits de l'Homme évoquent très souvent des conditions de détention et de traitement inadmissibles dans certains pays considérés comme des Etas de droit », a soutenu Bamba Sindou.

Autre faiblesse soulevée par lui, la Dudh a une valeur morale et non contraignante, ce qui laisse son application au bon vouloir des autorités de l'Etat. Dans cette même veine, l'accent est mis plus sur les libertés fondamentales alors que les droits économiques sont relégués au second rang. « Dans des conditions d'extrême misère, il est difficile d'appliquer les droits de l'Homme », avait soutenu Boutros Boutros Ghali alors SG de l'Onu cité par Bamba Sindou.

Il s'appuie à nouveau sur les critiques de l'Egyptien qui a condamné la politique de deux poids deux mesures en matière d'application des droits de l'Homme et la tendance des grandes puissances à poser des conditions aux pays de Tiers monde sur la question. Le coordinateur du Raidh a proposé des solutions pour une meilleure application de la Dudh. Pour lui, les dispositions légales doivent être accompagnées par l'éducation des citoyens aux droits humains.

Mais plus, « en tant que gardiens et bénéficiaires de la déclaration, nous devons la reprendre et nous l'approprier », a-t-il conseillé. Les débats dirigés par Dr. Simon Munzu responsable de la division des droits de l'Homme à l'Onuci, ont porté sur la violation des droits de l'Homme en Afrique. Le modérateur s'est montré satisfait des progrès réalisés par de nombreux pays en matière du respect des droits de l'Homme.

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