UN Integrated Regional Information Networks

Comores: L'héritage d'un homme fort sur une petite île

12 Décembre 2008


(Page 2 of 2)

« Nous avons été libérés vers trois heures du matin, mais un seul d'entre nous a pu marcher et aller chercher de l'aide. On nous a reconduits chez nous dans des brouettes. Il m'a fallu deux mois pour me remettre [du passage à tabac]. Deux de mes trois vaches sont mortes, parce que je ne pouvais pas m'en occuper et les nourrir ».

Kassus Ben-Alloui, un enseignant de 30 ans, qui travaille aujourd'hui comme réceptionniste dans un hôtel, a expliqué à IRIN que les couvre-feux nocturnes permettaient d'assurer que les habitants soient chez eux, et que cela permettait aux miliciens de venir les emmener plus facilement.

Les informateurs étaient payés pas moins de 5 000 francs comoriens (15 dollars), une petite fortune dans un pays qui se classe à la 134e place sur 177 à l'Indice de développement [humain] des Nations Unies. Selon M. Ben-Alloui, pendant cette période, « on disait souvent que les murs avaient des oreilles ».

Les personnes qui craignaient d'être arrêtées, en particulier les personnes instruites, dormaient souvent loin de chez elles ou sur le toit de leur maison. Lorsque les miliciens de M. Bacar ne parvenaient pas à arrêter une personne, ils emmenaient les membres de sa famille, qui étaient enfermés, sans eau, dans un container, à l'aéroport, dans une chaleur tropicale, jusqu'à ce qu'ils révèlent où se trouvaient leurs êtres chers, a raconté M. Ben-Alloui.

Depuis la libération de l'île, et face à la hausse du prix des vivres et des carburants, pourtant, les populations ont le sentiment que la situation n'était pas aussi grave qu'elle l'était réellement auparavant, malgré les exactions de M. Bacar, a expliqué M. Ben-Alloui.

« C'est un cas classique de populations qui ont traversé une période traumatisante et se retournent contre leurs sauveteurs parce que ceux-ci ne peuvent pas leur apporter immédiatement le secours attendu », a expliqué à IRIN Opia Kumah, Coordinateur résident des Nations Unies aux Comores.

« Dans de nombreuses régions en période post-conflit, lorsque l'aide n'est pas immédiate, le conflit tend à éclater de nouveau, or les Comores et Anjouan ne peuvent pas se le permettre », a-t-il expliqué. « Une personne qui a perdu une vache ou deux [sous le régime de M. Bacar]... on peut multiplier cela par mille environ », a déclaré M. Kumah.

« Un certain sentiment de désillusion est quasi inévitable », a-t-il estimé. « C'est pourquoi il est urgent de démarrer immédiatement la reconstruction et la réhabilitation post-conflit, pour améliorer les conditions de vie des populations ».

La mission d'évaluation des Nations Unies arrivée sur l'île peu après le départ de M. Bacar avait été choquée par l'ampleur de la destruction. Les infrastructures administratives avaient été démolies, les bureaux saccagés, les ordinateurs fracassés, et les infrastructures des domaines de la santé, de l'eau et de l'assainissement étaient délabrées.

Une mission de haut niveau, dépêchée par la suite par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), a également fait état d'un taux de malnutrition élevé.

Aujourd'hui, les Comores sont en droit de bénéficier de l'aide du fond de consolidation de la paix du Secrétaire général des Nations Unies. Une fois perçus, ces fonds contribueraient à financer le renforcement de la sécurité, la promotion de la cohésion et de la réconciliation nationales, ainsi que la relance des activités économiques.

« Pour pouvoir parler de stabilité à Anjouan, il faudra créer une passerelle entre [la situation] post-conflit et le développement durable, ce qui prendra deux ou trois ans », a estimé M. Kumah. Moussa Toybou a remporté les élections présidentielles d'Anjouan, qui ont eu lieu les 15 et 29 juin 2008 et ont été déclarées libres et justes par les observateurs locaux et internationaux, mais cela n'a pas suffi à effacer les animosités nées du régime de M. Bacar.

Pas de pardon

Propriétaire d'un petit magasin de Nyatanga, Omar Oirdine, 45 ans, sait pourquoi il a été arrêté et torturé. Sur les instructions de M. Bacar, l'antenne de la radio avait été vandalisée, pour empêcher la diffusion des émissions de radio dans les villes situées au niveau de la mer, et notamment à Mutsamudu, la capitale de l'île, mais Nyatanga, situé en altitude, n'avait pas été touché.

Liens Pertinents

M. Oirdine a expliqué à IRIN qu'il savait qui l'avait dénoncé. « C'était les vieux du village, qui m'ont surpris en train de parler de Bacar après avoir écouté la radio », a raconté M. Oirdine à IRIN. Des soldats sont venus emmener M. Oirdine à minuit. Il a été conduit, en compagnie de quatre autres personnes, sur la piste d'atterrissage, où on lui a ordonné d'insulter de façon obscène la mère d'Ahmed Abdallah Sambi, président de l'Union des Comores.

« Ils nous ont frappés à coups de matraques, surtout sur la plante des pieds ; ils nous ont battus jusqu'à ce qu'on ne puisse même plus crier. Quand ils ont eu fini, ils nous ont dit de nous lever et de monter dans la voiture. Mais nous ne pouvions pas nous lever, nous avons dû ramper », s'est-il souvenu.

Il lui a fallu deux mois pour pouvoir marcher et uriner de nouveau sans mal. « Je sais qui sont les informateurs, et je ne les sers plus dans mon magasin ».

Page 2 of 212All

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2008 UN Integrated Regional Information Networks. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Comores

Comores


Bref Aperçu

Rubriques