Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: Les régimes militaires en Afrique ont encore la peau dure

Kinshasa — Chassez le naturel, il revient toujours au galop ! Il en est ainsi des régimes militaires en Afrique. On les croyait à jamais partis. On avait cru à un moment qu'ils n'étaient plus de saison. Mais mal en prit à tous ceux qui avaient vite fait de jouer la partition du « règne sans partage » des régimes démocratiques issus des urnes.

En fait, les régimes militaires en Afrique ont encore la peau dure. La Mauritanie est venue conforter cette vérité avec le coup d'Etat qui a permis à la junte militaire de renverser le président élu et de s'installer. Quatre mois après, les militaires laissent entrevoir qu'ils sont en train de s'installer durablement. Rien ne semble indiquer que la machine va s'arrêter bientôt même si, à l'endroit de la junte, il y a une pression exercée particulièrement par l'Union européenne, l'Union africaine et l'Organisation de la Conférence islamique.

Très forte au départ, la pression ne fait que se dégonfler au fil des jours. Aux premières prises de position musclées ont succédé des déclarations de moins en moins catégoriques. On n'entend presque plus des sommations du genre « Allez-vous en, et sans autre forme de procès, messieurs de la junte militaire » à qui l'on exigeait, au lendemain du coup d'Etat, de rétablir sans condition l'ordre constitutionnel et de libérer Sidi Ould Cheikh Abdallami.

La question aujourd'hui est celle de savoir si l'on peut espérer un jour voir le président renversé reprendre du service. Rien n'est impossible, mais une chose est au moins sûre : la junte militaire n'est pas prête à quitter le cheval sur lequel elle s'est mise à califourchon. La remise du pouvoir au président élu n'a jamais été à l'ordre du jour. Dans tous les cas, la junte ne s'en laisse pas conter. Pour preuve, jusque-là, pas un seul iota de changé dans sa position. On gesticule par-ci, par-là, mais rien n'y fait.

Il est vrai que la situation politique en Mauritanie s'est de nouveau fait inviter en Europe, trois semaines après l'expiration de l'ultimatum de l'UE contre le nouveau régime en place à Nouakchott. Autour de la table, des délégués de l'Union européenne, de l'Union africaine, de l'Organisation de la Conférence islamique, ainsi que des représentants de la junte militaire. Quand bien même l'UE brandit la menace des sanctions qui pourraient être mises en oeuvre début 2009, cela ne permet pas pour autant de se faire d'illusions : les militaires ne céderont pas.

Et la suite, dans tout cela ? Des perspectives sombres pour la Mauritanie, un pays qui va rester, pour longtemps encore, sous la coupe réglée des militaires. Avec la cohorte de malheurs que charrie toujours un régime militaire. En tous cas, c'est à cette sauce que le peuple mauritanien sera mangé. En attendant que le ciel change à Nouakchott, place à la restriction des libertés fondamentales, surtout la liberté d'expression et d'opinion, au musellement de l'opposition politique...Place aussi aux frasques dont les juntes militaires seules détiennent le secret.


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