Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: CAPES - Gérard Kango Ouédraogo, l'hôte d'une matinée

Etienne Nassa

16 Décembre 2008


Le Centre d'analyse des politiques économiques et sociales (CAPES) a reçu le lundi 15 décembre 2008, Gérard Kango Ouédraogo. C'était dans le cadre d'un atelier que l'institution a organisé pour recueillir les témoignages de l'homme en tant que personne ressource ayant occupée de hautes fonctions dans l'histoire politique de la Haute Volta, aujourd'hui Burkina Faso.

Le directeur exécutif du CAPES, le docteur Basga Emile Dialla a dit que la rencontre se situe dans le cadre des activités régulières de soninstitution. A 84 ans, Gérard Kango Ouédraogo se souvient des dates de la plupart des événements politiques qui ont jalonnés son parcours.

Le CAPES abrite un projet dénommé réseau de gestion des connaissances au Burkina. Et dans le cadre de son volet "responsabilisation sociale", l'institution organise des sessions de témoignages de décideurs politiques ou de personnes ressources afin qu'elles partagent leurs expériences.

C'est dans ce sens que Gérard Kango Ouédraogo était l'hôte du CAPES ce lundi 15 décembre 2008. Il est la deuxième personnalité après le général Tiemoko Marc Garango, à être reçue par l'institution que dirige le docteur Basga Emile Dialla.

Celui-ci en introduisant les débats, à l'intention des personnalités invitées, a indiqué que cette rencontre participait des activités régulières de sa structure. "Lorsque nous l'avons contacté, Gérard Kango nous a laissé entendre qu'il sortait d'un palu et vu son âge, il ne savait pas s'il allait pouvoir être à la hauteur de ce qu'on attendait de lui...", a indiqué le directeur exécutif du CAPES, le docteur Dialla.

Le modérateur de cette rencontre d'échanges a été Adama Fofana, ancien ministre, ancien président du Conseil supérieur de la communication. Avant de donner la parole à l'hôte du CAPES, Adama Fofana a souligné que cette session de témoignages est un cadre permettant le brassage d'un certain nombre d'idées. De l'homme, il a laissé entendre qu'il est un véritable monument, un trésor vivant.

"L'homme est béni de Dieu...", l'a-t-il qualifié. Avant de répondre à la première question du modérateur relative à ses relations avec son frère aîné du Yatenga, Bongouraoua Ouédraogo, Gérard Kango Ouédraogo a demandé à l'assistance de lui pardonner pour les confusions qu'il viendrait à faire à cause surtout de son âge. "J'ai 84 ans. Les viscissitudes du temps ont fait que Gérard Kango Ouédraogo n'est plus l'homme qu'il était...", a-t-il laissé entendre. Avec humilité, Gérard Kango Ouédraogo a dit aussi qu'il n'était pas un grand intellectuel, son niveau n'ayant pas dépassé le cycle primaire.

Mais lorsqu'il se lance dans la réponse à la question se rapportant à ses relations avec Bougouraoua Ouédraogo avant les indépendances, il étonnera tout le monde. Pour un homme de 84 ans, il se souvient avec une précision inouie des dates de la plupart des événements politiques qui ont jalonnés son parcours. "La question que vous me posez est connue de tous mes frères Yadcé...", a-t-il dit d'emblée.

Pour étayer ces relations, il raconte une anecdote qu'il a vécue à Bamako à l'école Terrasson de Fougères. Lorsque Gérard Kango débarque en 1934 dans cette école pour y poursuivre ses études, il y trouve Bougouraoua qui l'avait devancé en tant qu'aîné. Celui-ci avait été adopté par un inspecteur nommé You. Mais voilà qu'un jour, un colon arrive et traite les nègres de demi singes.

Et Gérard Kango de s'insurger contre cette considération pour rétorquer à ce colon que les nègres étaient aussi des hommes. Le même colon répètera une semaine plus tard que les nègres étaient plus que des demi singes. Ils avaient tout des singes. Qualification que Gérard n'a pas accepté. Il fut alors embarqué dans le coffre de la voiture du colon pour cette protestation, pour la prison de Bamako.

Il sera libéré quelques deux heures plus tard par un autre nègre, procureur de la république de la France d'Outre mer. "Bougouraoua était le fils adoptif de l'inspecteur You. Il aurait pu empêcher que l'on m'embarque mais il ne l'a pas fait..." souligne Gérard Ouédraogo. "Il y a eu un moment où nous ne nous sommes pas entendus...", note-t-il. La réconciliation naîtra, selon lui, lorsque Bougouraoua, reviendra de son pèlerinage de La Mecque.

Le Mouvement du regroupement voltaïque (MRV), est la première formation politique créée par Gérard Kango. "Le MRV, c'est toute une histoire...", laisse-t-il tomber. "Au départ, c'était le Mouvement démocratique voltaïque (MDV). Mais plusieurs périphéries ont été vécues avant la création du MRV qui, selon l'hôte du jour du CAPES, est intimement liée de l'histoire à Maurice Yaméogo qui fut élu conseiller le 31 mars 1957, sous la bannière de cette formation.

Gérard Kango se survient avec force détails des tractations qui ont permis la signature d'un protocole d'accord le 29 avril 1957 à Yamoussoukro, entre les acteurs politiques de la Haute Volta. Ce protocole a favorisé le retour de Daniel Ouezzin Coulibaly et permis la constitution d'un gouvernement avec sept (7) ministres du Rassemblement et sept (7) du MRV.

J'ai été proposé pour être président de l'Assemblée nationale mais j'occupais déjà à l'époque plusieurs postes de responsabilités dont celui de grand conseiller de l'AOF à Dakar. C'est Yalgado Ouédraogo qui fut désigné pour occuper le poste. Mais celui-ci meurt accidentellement sur la route de Bobo-Dioulasso, près de Houndé quelques mois après...", explique Gérard Kango.

C'est donc un cours d'histoire magistral sur la politique de la Haute Volta d'avant les indépendances que le "professeur primairien", pour reprendre les propos du professeurs Nurukuor Claude Somda, participant à la rencontre, a livré à l'assistance composée de personnalités comme le professeur Albert Ouédraogo de l'Université de Ouagadougou, le conseiller technique du ministre de la Culture, du Tourisme et de la Communication, Tiga Ernest Ilboudo et bien d'autres.

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