Issiaka Dabere et Boubakar S
16 Décembre 2008
interview
Dans une interview exclusive qu'il nous a accordée, Ousmane Guiro, directeur général des douanes aborde divers sujets concernant l'administration des douanes. Il nous parle aussi du dossier judiciaire qui le concerne et affirme haut et fort qu'il n'a rien à se reprocher dans cette affaire.
Lors de son bilan d'un an de gestion, le Premier ministre Tertius Zongo a loué l'action de la douane burkinabè. Que ressentez-vous en tant que premier responsable de cette institution ?
Je voudrais remercier tout d'abord le journal Sidwaya pour l'occasion qu'il m'offre de parler de l'administration des douanes. Pour revenir à votre question, le Premier ministre a eu à apprécier la prestation de la douane. Nous, agents de la douane, sommes honorés par cette reconnaissance. Pour nous, c'est un motif de
"Nous sommes dans un monde malade d'argent".
satisfaction et en même temps un encouragement à poursuivre le travail que nous menons tous les jours à savoir le recouvrement des recettes et la lutte contre la fraude.
Je tiens à remercier le Premier ministre qui a reconnu que la douane fait des efforts. Quand vous travaillez et que les supérieurs reconnaissent vos efforts, cela ne fait que vous donner beaucoup plus de courage pour aller de l'avant.
En même temps que le Premier ministre a reconnu les efforts que vous faites dans votre travail, l'on a aussi noté que la fraude prend de l'ampleur au Burkina Faso. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Aujourd'hui, nous sommes dans un monde malade d'argent de sorte que d'une manière générale, les gens veulent devenir riches et très vite. Résultat, le seul moyen pour atteindre cet objectif rapidement c'est de passer par la fraude.
Cette fraude s'est accentuée parce qu'il y a les nouvelles technologies de l'information qui permettent aux gens de falsifier des documents. Il y a par exemple les photocopies en couleur, les machines à scanner. Il faut y ajouter le caractère international de la fraude.
La fraude est aussi préparée en accord avec les fournisseurs. Il y a des documents originaux qui sont en fait de faux documents. Ils sont délivrés par les fournisseurs, la maison mère, mais les références qui y sont portées sont fausses.
On a diminué la valeur ou la quantité. Disons que la recrudescence de la fraude repose uniquement sur la soif d'engranger le maximum d'argent, le besoin rapide de devenir riche.
Quelles sont les actions que vous menez sur le terrain pour essayer de réprimer la fraude ?
Sur le terrain, la douane mène plusieurs actions. D'abord au niveau des bureaux, il y a les contrôles qui se font. La plupart des marchandises qui rentrent font l'objet de contrôle à plusieurs niveaux.
Ensuite, nous avons les contrôles différés, les contrôles après dédouanement. Nous avons également la surveillance du territoire. De plus en plus, nous mettons l'accent sur la surveillance du territoire par des brigades.
Egalement, nous essayons dans le cadre de la lutte contre la fraude transnationale de développer des rapports avec les autres nations. Par exemple, nous avons signé des accords administratifs mutuels avec certains pays. Nous avons déjà signé cela avec des pays comme le Mali, le Niger.
Nous avons également des accords avec la Belgique, la France, cela nous permet de rentrer en contact avec ces administrations pour avoir des informations sur certaines marchandises qui font l'objet de fraude organisée depuis les pays de départ.
Un exemple, nous avons démantelé des réseaux de fraude sur les poissons. De 2004 à 2005, la plupart des importations de poissons l'ont été avec des entreprises fictives, c'est-à-dire avec des maisons qui n'existaient pas.
Nous avons demandé à la France de nous appuyer. Elle arrivait à trouver les fournisseurs, mais parfois ce sont des entêtes des vrais fournisseurs qui ont servi à faire les factures, ou bien ce sont les entêtes de maison qui ont déjà disparues dont les entêtes ont été réintroduites uniquement pour les besoins de la fraude.
Donc, dans chaque pays, il y a des administrations qui nous soutiennent. En plus de cela, il faut reconnaître que nous développons des moyens pour mieux surveiller le transit.
Nous avons également le système informatique que nous comptons utiliser à l'avenir pour informatiser le transit. Si celui-ci est informatisé, cela nous permettra de suivre le mouvement des véhicules en temps réel. Le système informatique va rentrer en vigueur bientôt.
Si ce système est adopté, nous pouvons localiser un véhicule, quel que soit l'endroit où il se trouve à l'intérieur du Burkina. Cela nous permettra de peser les marchandises. Très souvent, quand les gens disent qu'ils ont 10 tonnes, 20 tonnes, vous trouverez que cela fait 50 tonnes.
L'Etat doit rester fort. Si nous devons tout le temps subir les caprices des opérateurs économiques ou des chauffeurs, l'Etat y perd.
C'est donc autant de mesures que nous comptons mettre en Å"uvre pour combattre la fraude. Le dernier point qui est très important est qu'aujourd'hui, nous avons fait un constat et il faut que nous arrivions à sécuriser les documents.
Nous sommes en train de travailler avec le ministère pour trouver des systèmes de sécurisation des documents et supprimer les intermédiaires. I
l faut savoir que la fraude se pratique aussi en partant des intermédiaires. Il faudra que certains documents douaniers qui sont transmis à certains services par l'intermédiaire des transitaires ou des opérateurs économiques le soient entre administrations elles-mêmes.
Nonobstant toutes ces mesures, la fraude sévit notamment dans le secteur des cyclomoteurs chinois au grand dam souvent des acheteurs. Que fait la douane pour atténuer leur calvaire.
Hier matin, (ndlr : l'interview a eu lieu mardi 2/12/2008) j'ai reçu le syndicat des vendeurs de cycles dans mon bureau. Ils sont venus me demander de diminuer les contrôles.
Celui qui est en règle n'est pas inquiété. Si nous ne contrôlons pas je ne sais pas si les brigades auront leur raison d'être. Leur rôle, c'est de lutter contre la fraude. Nous ne pouvons pas les laisser se tourner les pouces.
Il faut continuer à contrôler. Mais le problème de la fraude est devenu un problème de gain. Vous savez que la plupart des opérateurs économiques qui sont basés à Ouagadougou louent les services des petits chômeurs qui vont rouler avec les motos depuis des pays limitrophes et viennent le leur remettre.
Nous savons que les motos sont prises en grande partie à Cinkansé, à la frontière du Burkina Faso et du Togo. Nous avons avisé la douane togolaise. Nous leur avons dit que c'est Cinkansé qui approvisionne le Burkina en fraude sur tous les plans.
Il y a les motos, mais il y a d'autres marchandises aussi. Nous leur avons dit que nous avons détecté des entrepôts fictifs de Togolais qui sont basés à Cinkansé. Les entrepôts fictifs sont censés abriter des motos qui sont exportées régulièrement avec des documents douaniers. Or dans ce cas, il n'y a pas de déclaration d'exportation. Ils chargent les motos et les vendent à des clients burkinabè.
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