Simon-Pierre Butsana
16 Décembre 2008
Kinshasa — Les sociétés de communication implantées en RDC rendent certes d'énormes services en brisant les distances entre les communautés, mais elles sont aussi porteuses de quelque malheur pour la population congolaise. Mais, les sociétés de communication ne peuvent pas opérer sans parallèlement déployer des pylônes d'amplification des fréquences. Le déploiement des pylônes sur l'ensemble devient donc un problème de santé publique, pour en connaître l'impact réelle sur la physiologie humaine.
La téléphonie cellulaire utilise les ondes électromagnétiques pour transporter l'information (typiquement : les voix des deux parties en conversation) de leur source vers leur destination. Les ondes électromagnétiques peuvent être catégorisées de diverses manières. L'une des classifications la plus souvent rencontrée distingue les ondes électromagnétiques les unes des autres par une de leur caractéristiques appelée fréquence. Le lecteur peut considérer la fréquence d'une onde électromagnétique comme une mesure du nombre d'oscillations qu'elle effectue dans une période de temps déterminée.
Si l'on fait une comparaison avec les ondes acoustiques, les sons aigus correspondent à une fréquence élevée, alors que les sons graves (par exemple les basses) correspondent aux plus faibles fréquences.
La fréquence d'une onde (électromagnétique ou acoustique) permet de déterminer une autre grandeur caractéristique appelée longueur d'onde. La fréquence et la longueur d'onde d'une onde électromagnétique varient en sens inverse: pour une même onde, plus la fréquence est grande, plus petite sera la longueur d'onde et vice-versa.
L'unité physique de mesure de la fréquence est le hertz, noté Hz; la longueur d'onde est mesurée dans les unités de longueur du système métrique (mm, dm, cm, etc.) Afin de mesurer aisément les ondes de fréquences élevées, on utilise quelques multiples du hertz, notamment les kilohertz (KHz: 1000 Hz), le mégahertz (Mhz: un million de hertz), le gigahertz (GHz: un milliard de hertz)
Les ondes dont la fréquence est située entre 300 MHz et 3 GHz sont dites appartenir à la bande UHF (ultra hautes fréquences). Ces ondes sont aussi dites décimétriques à cause de l'ordre de grandeur de leur longueur d'onde. Ces ondes sont d'application pour la télévision, la radio amateur, des applications industrielles, scientifiques et médicales (ISM), la météorologie, la téléphonie cellulaire, etc. Les ondes situées entre 3 Ghz et 30 Ghz sont de la bande SHF (Supra Hautes Fréquences), aussi appelées ondes centimétriques. Elles ont notamment utilisées en météorologie, radioastronomie, communications avec les satellites, aviation, navigation, etc.
La gamme de fréquence située entre 30 Ghz et 300 Ghz, appelée gamme EHF (Extra Hautes Fréquences) ou domaine des ondes millimétriques sont utilisées pour des applications peu rencontrées couramment (radar, espace, etc.). Les ondes des gammes UHF, SHF et EHF constituent ce qui est connu des professionnels des télécommunications comme les «hyperfréquences» ou «micro-ondes» La téléphonie cellulaire GSM que nous connaissons en RDC fonctionne dans d'étroites bandes de fréquences autour de 900 MHz ou bien 1800 MHz, selon les opérateurs (sociétés).
Pylônes et antennes : termes synonymes?
Le pylône n'est pas une antenne, c'est avant tout une structure - métallique en général - haute destinée à porter des antennes en les mettant en regard d'autres antennes, de sorte à assurer la continuité d'une chaîne de communications. L'objectif ainsi visé est clair: faire passer les ondes électromagnétiques émises ou reçues par les antennes au dessus d'éventuels obstacles constructions, accidents de relief, etc.). Un simple coup d'oeil permet en général de distinguer deux types d'antennes sur les pylônes des opérateurs de téléphonie cellulaire.
Le premier type d'antenne ressemble à un petit tambour ou une petite parabole. Ce sont les antennes directives (en général une parabole munie d'un guide d'ondes améliorant la directivité) servant à établir une liaison dite point à point avec leur vis-à-vis. Ces antennes établissent le pont entre les téléphones cellulaires de la zone du pylône qui les portent et les équipements centraux de l'opérateur en présence.
Les antennes directives émettent des ondes qui se propagent presque en ligne droite, grâce à leur géométrie ainsi que la longueur d'onde utilisée (ces antennes fonctionnent, selon la technologie utilisée, en UHF, SHF ou EHF). Leurs rayonnements sont puissants et potentiellement dangereux pour la santé humaine. Elles ne représentent toutefois de manière pratique qu'un risque de santé négligeable car elles sont placées en hauteur, et les humains sont toujours loin de l'axe et la zone de propagation des ondes directives qu'elles émettent (on parle en télécommunications de l'ellipsoïde de Fresnel). (Il est évident que le niveau de risque devient beaucoup plus important si vous laissez installer une antenne à la fenêtre de votre chambre).
Les antennes sectorielles, en général au nombre de trois, ont une forme de lattes posées le long et autour de la hauteur du pylône. Ces antennes sont dites sectorielles car, contrairement aux antennes directives qui émettent un signal se propageant quasiment en ligne droite, leur diagramme de rayonnement couvre un secteur de 120 degrés. A trois elles peuvent donc couvrir 360 degrés, c'est-à-dire tout l'espace autour du pylône.
Les antennes sectorielles parlent directement avec les téléphones cellulaires servis par le site (« le pylône »), et fonctionnent ainsi soit dans la bande des 900 Mhz, soit celle de 1800 Mhz. Les émissions de ces antennes immergent aussi les populations environnantes. La puissance électromagnétique d'une onde décroissant avec la distance (on parle de pertes de propagation), ce sont les populations les plus proches du pylône qui sont exposées au plus haut niveau de puissance électromagnétique.
Interaction des hyperfréquences avec la matière
Les ondes électromagnétiques aux hyperfréquences sont absorbées de manière préférentielle, à certaines fréquences, par la matière. Cet effet est utilisé notamment dans la société pour le chauffage par micro-ondes, traitement médical (diathem1ie), détection et mesure d'humidité, etc.
L'énergie d'une onde électromagnétique croît proportionnellement avec sa fréquence. Aux fréquences inférieures à 300 Mhz, l'énergie est vraiment négligeable. L'énergie aux hyperfréquences est par plusieurs ordres de grandeur inférieure à l'énergie de cohésion moléculaire, ce qui signifie qu'une onde hyperfréquences ne peut modifier la nature chimique de la matière rencontrée. On dit en jargon technique que le rayonnement hyperfréquence est non-ionisant.
Par contre l'énergie hyperfréquences peut chauffer la matière. En effet, le rayonnement micro-ondes pénètre plus ou moins profondément dans le corps rencontré, pour autant que celui-ci ne soit pas métallique. C'est à l'intérieur que le rayonnement électromagnétique est transformé en chaleur par divers mécanismes complexes de conversion (rotation et élongation des molécules, conduction ionique, polarisation des surfaces). La chaleur apparaît ainsi de façon distribuée à l'intérieur du corps chauffé, alors que la surface extérieure du corps chauffé, reste beaucoup plus froide que lors des méthodes de chauffage classique. En effet, lorsque l'on chauffe par exemple une casserole d'eau sur le feu, la chaleur est transmise par conduction à travers la surface de la casserole exposée au feu. On peut ainsi dire que les micro-ondes chauffent un volume (intérieur) alors que les méthodes classiques chauffent une surface (intérieure atteint à travers et au départ de la surface extérieure).
Assez de théorie, du concret à présent
Les rayonnements des antennes (sectorielles) du monde cellulaires de nos téléphones GSM, chauffent-ils nos corps par micro-ondes? C'est la question. Les spécialistes ne s'accordent pas sur une réponse unique et claire sur ce sujet. La situation est sans doute compliquée par les conflits d'intérêts de différents groupes industriels, scientifiques, et même politiques. Mais que dit la science?
Le chauffage par micro-ondes est fonction de la fréquence de l'onde, du temps d'exposition, ainsi que de la capacité du corps rencontré à absorber l'onde. Cette capacité est elle-même fonction de la fréquence et de la température à l'intérieur du corps. Il n'y a pas beaucoup de données sur le comportement de la matière ... pardon, du corps humain aux fréquences utilisées par les GSM, en partie parce qu'il est difficile d'avoir des cobayes humains, et aussi la difficulté à isoler les effets lents d'autres causes possibles.
Bien que la capacité d'absorption d'hyperfréquences du corps humains aux fréquences GSM soit mal connue, le chauffage des tissus humains par absorption d'ondes de ces hyperfréquences pourrait avoir, à moyen ou long terme, divers effets néfastes sur la santé. Penser par exemple à la dénaturation des protéines lorsqu'elles sont chauffées (Que devient un oeuf de poule chauffé dans l'eau ?).
Dans une situation où des spécialistes s'opposent sur la nocivité ou risque négligeable de ces hyperfréquences, nous pensons qu'il y a lieu d'adopter des mesures conservatoires pour assurer la santé de la population.
Les utilisateurs de GSM doivent éviter de téléphoner de longues minutes avec leur mobile collé à l'oreille: cela augmente le temps d'exposition du cerveau notamment aux ondes électromagnétiques et est potentiellement nuisible, en cas d'absorption par le cerveau d'une partie de l'énergie rayonnée; dans la mesure du possible, il faut utiliser le haut parleur du téléphone ou un kit mains libres;
Les pouvoirs publics devraient: protéger la population en limitant par loi la puissance des émetteurs alimentant les antennes sectorielles sur les pylônes des opérateurs de téléphonie cellulaire : il s'agirait de normaliser (et s'assurer que la norme est respectée) la puissance maximale admissible pour les émetteurs hyperfréquences installés en zones habitées ; imposer une distance minimale entre les sites des pylônes des opérateurs du cellulaire et les premières habitations; Imposer une étude d'impact santé / environnement avant tout nouveau développement; encourager le développement de moyens de communications alternatifs car, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les hyperfréquences ne sont pas la seule technologie de télécommunications accessible et de coût raisonnable pour un pays peu ou en voie de développement.
La RDC pourrait ainsi explorer la fibre optique, les lasers en espace libre (FSO : Free Space Optics), la transmission de données sur les lignes de transport d'énergie électrique (BPL : Broadband over Power Line), etc. ; mettre en place un cadre juridique où les opérateurs de téléphonie cellulaire pourraient confier en cas de besoin le transport de leur trafic (des sites distants vers les équipements centraux et vice-versa) à des sociétés indépendantes possédant ou exploitant une infrastructure autonome approuvée; encourager la mise sur pied d'un syndicat réellement indépendant de consommateurs des services de téléphonie cellulaire.
L'emplacement de ces pylônes tiendrait compte aussi bien des avantages de relief, de visibilité et de couverture électromagnétiques que de la minimalisation de l'exposition de la population aux ondes intenses. Différents opérateurs loueraient alors de l'espace sur ces pylônes à l'autorité publique. Cette approche, tout en apportant un gage sur la préservation de la santé de la population, constituerait par ricochet une source supplémentaire de revenus pour l'Etat. D'un point de vue d'urbanisme et beauté du paysage, il y aurait moins de pylônes poussant à travers la ville.
Ceci est pour nous d'autant plus impérieux que diverses technologies sans fil se déploient à travers la RDC sans qu'aucune question ne soit posée au sujet de leur impact sur la santé publique. Outre le cellulaire, des antennes de divers types sont visibles partout à Kinshasa: WiMax, WiFi, protocoles propriétaires. Il est temps de commencer à réguler véritablement avant qu'un drame national ne s'abatte dans le pays.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2008 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.