Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Lakhdar Brahimi - « Le putsch serait préférable comme solution à la crise zimbabwéenne »

Bienvenu Ipan

16 Décembre 2008


Kinshasa — L'Algérien Lakhdar Brahimi préfère le coup d'Etat militaire contre le président Robert Mugabe au cas où les négociations entre le gouvernement et l'opposition au Zimbabwe n'aboutiraient pas.

Pensez-vous comme beaucoup que Robert Mugabe doit partir ?

Ecoutez, nous ne tranchons pas la question comme ça. Nous disons que le Zimbabwe n'est plus gouverné, les peuples du Zimbabwe souffrent le mal d'hier est qu'il est grand temps que ce pays ait un gouvernement crédible et acceptable par les peuples.

Mais que préfériez-vous, le départ de Robert Mugabe ou des négociations entre Morgan Tsvangirai et le président ?

Il n'y a pas de doute que l'impression qu'on a de l'extérieur c'est que le président Mugabe veut garder tous les pouvoirs. Et il veut donner une petite part à l'opposition qui n'acceptera pas cela.

Quelle est la solution si ces négociations n'aboutissaient pas ?

Vous savez qu'il y a le Sud-africain (Mbeki : ndlr) qui a été mandaté. Et maintenant, l'opposition Tsvangirai et compagnies commencent à décrier même la médiation de M. Mbeki.

Le Premier ministre kenyan, Raila Odinga, n'hésite pas à qualifier la médiation actuelle de médiation imbécile. Est-ce qu'il faudra changer de médiateur ?

Je crois qu'on va chercher à en arriver là parce que le médiateur était le président Mbeki, l'ex-officiel. Comme il n'est plus président, je suppose qu'il va être remplacé. Et l'impression que j'ai, c'est que à la fois le président intérimaire et Jacob Zuma auront une attitude un peu plus énergique.

Trois membres de votre groupe, Kofi Annan, Jimmy Carter et Gracia Machel ont essayé de se rendre au Zimbabwe le mois dernier, mais Robert Mugabe leur a refusé le visa. Est-ce que le président zimbabwéen écoute encore quelqu'un ?

Ecoutez, cela a été un choc, une déception. Parce que vous savez, pas seulement que nous ne voulions pas négocier avec lui, ou avec qui que ce soit de l'Afrique. Que nous voulions simplement attirer l'attention sur les souffrances et sur les besoins du peuple zimbabwéen. Et je ne comprends pas que le chef d'un Etat qui se respecte puisse refuser un coup de main comme celui-ci. On a été vraiment choqué d'apprendre qu'il ne voulait pas de cette visite. Mais finalement, cela a été mieux parce que la non visite de nos collègues a eu beaucoup plus de publicité que la visite, avec quelque chose de plus, à savoir la mauvaise presse de M. Mugabe.

Est-ce que Robert Mugabe a franchi la ligne rouge ?

Bien. Il se pourrait qu'il ait vraiment dépassé les limites. Ces trois personnes, il les connaît personnellement toutes les trois : Gracia Machel, c'est sa voisine et la veuve de Samora Machel qu'il a rencontrée à plusieurs reprises du vivant de son mari. Il l'a rencontrée aussi à l'époque de Winnie Mandela. Il sait que ce ne sont pas des ennemis du Zimbabwe mais de lui-même. Peut-être que vous allez me donner raison que la limite a été franchie.

Le 1er décembre, plusieurs dizaines de soldats (zimbabwéens : ndlr) sont descendus dans la rue et ont pillé des magasins dans la capitale. Du coup on se demande si le coup d'Etat militaire n'était pas une bonne chose ?

Nous, nous avons bien suivi cet épisode. « Est-ce que c'est bon pour le départ, ce serait préférable si c'était évité, mais si c'est la seule solution, pourquoi pas ? »

Un autre chef d'Etat africain dans le collimateur de la Communauté internationale, c'est le président soudanais Omar-El-Béchir. Pensez-vous que la procédure lancée, il y a six mois, par le procureur de la Cour pénale est justifiée ?

Moi personnellement, j'étais sûr que la limite a été franchie quand il l'a fait. J'étais encore beaucoup plus ému de parler de ce Monsieur, parce qu'en ma connaissance, les seuls qui parlent de génocide au Darfour, ce sont les Américains. Bon maintenant, cela sous entend deux choses. La première, c'est que cela finit par faire plus de mal que de bien à George Bush (président sortant des Etats-Unis : ndlr). La deuxième chose, c'est que cela finit par faire plus de mal que de bien à la Cour internationale elle-même.

Donc pour ceux qui voudraient que Béchir lâche du lest que les sages de la Cour lancent un mandat d'arrêt contre lui.

Je pense que c'est de cette manière que cela va finir et que cette plainte sera programmée pour tout le monde. Mais jusqu'à présent, on n'a pas l'impression que tout soit fait de la part du gouvernement mais aussi il ne faut jamais l'oublier, de la part de rebelles. Les rebelles pensent que la Cour internationale de justice va se débarrasser du gouvernement soudanais pour les placer au pouvoir. Ce n'est pas responsable du tout. Il y a eu de tentatives de négociations. Et bien souvent, les rebelles étaient aussi fautifs. Et je crois également qu'on devrait les indexer pour qu'une solution crédible apparaisse.

La Cour pénale internationale, c'est une avancée ou pas, dans les Relations internationales ?

Oui, c'est une bonne chose de la voir mais la condition c'est de bien la conserver. Il faudrait bien montrer que c'est une Cour pour tout le monde et que ce n'est pas simplement pour les faibles.

Pour les Africains ?

Pour les Africains exclusivement. Si c'est le cas, ce n'est vraiment pas la peine.

N'est-ce pas aussi que c'est sur le continent africain que sont commises quelque fois les pires exactions ?

Pas du tout. Sur le continent africain, il y a des choses oui, très graves qui s'y passent. Vous oubliez aussi l'Irak : un million de personnes ont perdu la vie au cours de cinq dernières années, personne n'est responsable de cela.

Pas du tout. Sur le continent africain, il y a des choses oui, très graves qui s'y passent. Vous oubliez aussi l'Irak : un million de personnes ont perdu la vie au cours de cinq dernières années, personne n'est responsable de cela.

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