Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Réduction de la dette extérieure - Tout est possible en février 2009

Coordonnateur Gooré Bi Hué

16 Décembre 2008


document

Abidjan — M. Madani M. Tall, Directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d'Ivoire.

Le Groupe de presse a donné, hier, l'occasion à M. Madani M. Tall, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d'Ivoire, de se prononcer sur les questions d'actualité.

Le mot de bienvenue du Directeur général, Jean-Baptiste Akrou

Je voudrais, au nom de madame Viviane Zunon Kipré, présidente du conseil d'administration de Fraternité Matin, au nom des rédactions du Groupe Fraternité Matin, vous dire que nous sommes très heureux de vous accueillir ce matin. Avec le scandale créé par un trader, Bernard Madoff, qui ébranle les bourses et des banques, nous avons compris que le débat sur le monde des finances est plus que d'actualité. Mais votre présence est beaucoup plus importante pour nous, au moment où la Côte d'Ivoire, dans la phase de reconstruction post-crise, attend beaucoup des institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international). Depuis un certain temps, on nous parle de cette initiative PPTE, à laquelle nous sommes presque accrochés. Selon ce que le ministre de l'Economie et des Finances a dit, régulièrement dans nos journaux, sans ce plan, c'est presque le naufrage de la Côte d'Ivoire. Et comme vous êtes de ceux qui peuvent nous éclairer et éclairer les Ivoiriens, la rencontre de ce matin est très importante pour nous. C'est pour cela que, en plus des journalistes du Groupe Fraternité Matin, nous avons la RTI et d'autres confrères. Je souhaite donc la bienvenue à tous nos confrères des organes qui sont là, parce que cela fait partie de notre mission, en tant que journal leader, journal de référence, d'organiser ces plateaux et les accueillir. Afin qu'ensemble, nous fassions avancer le débat démocratique, la bonne gouvernance. Merci à tous pour votre présence !

Le mot de bienvenue du DDR, Alfred Dan Moussa

Je voudrais, au nom de toute la rédaction et de tous les confrères qui ont voulu s'associer au groupe Fraternité Matin, remercier le Directeur des opérations de la Banque mondiale. Le remercier pour la forme qui a permis de faire passer ce fond difficile. On s'attendait à de très gros chiffres durant tout l'exposé. On s'attendait à des termes trop techniques. Mais voilà qu'il est descendu des tours de Washington, d'Abidjan, pour aller vers le quotidien. Il a comparé la Banque mondiale à une coopérative. Et au fond, on se dit que c'est bien cela. Il nous a fait promener dans les plantations de Tiassalé et San-Pedro. Il a parlé des conditions de vie des personnes vivant avec le Vih/Sida. On ne pouvait pas s'imaginer que la Banque mondiale pouvait côtoyer ou rentrer dans le quotidien des populations qu'elle aide. On la voyait plutôt en relation avec les gouvernements et rien qu'avec eux.

M. le directeur des opérations, merci d'avoir opéré de cette manière. Merci de nous avoir permis de comprendre un peu plus le mécanisme, d'approcher davantage la Banque mondiale. C'était l'objectif. Merci d'être venu et merci à vos collaborateurs.

Propos liminaires

Je suis ici avec une partie de mon équipe qui est venue pour me soutenir d'abord, mais aussi pour que vous sachiez que la Banque mondiale c'est une équipe forte basée à Abidjan, mais aussi une équipe plus forte qui est basée à Washington et qui vient de temps en temps en mission en Côte d'Ivoire. C'est vrai qu'en Côte d'Ivoire, le bureau du directeur est basé à Abidjan, mais il couvre cinq pays : la Côte d'Ivoire, le Bénin, la Mauritanie, le Togo et le Niger. Donc, je dirai que c'est un bureau régional, mais la Côte d'Ivoire reste le pays principal sur lequel nous opérons à partir d'Abidjan. Je voudrais aussi profiter de l'occasion qui m'est offerte pour remercier le ministre de la Communication, M. Sy Savané et lui manifester toute notre gratitude pour cette plateforme d'échange qui est mise à notre disposition. Je sais que les sujets sont nombreux, je sais que les journalistes en Côte d'Ivoire sont passionnés de questions économiques, parce que, qui dit question économique, dit vécu. Je pense que chacun, ici, est préoccupé par sa qualité de vie. Donc, au-delà de votre qualité de journalistes vous êtes d'abord des Ivoiriens avec des préoccupations aussi légitimes par rapport au devenir de votre pays. C'est une rencontre qui entre dans le droit fil de ce que nous essayons de faire. On ne peut pas aider un pays à se développer si l'on ne parle qu'à une partie des interlocuteurs. La Banque mondiale a pour interlocuteur traditionnel le gouvernement. Moi, mon interlocuteur principal, c'est le ministre de l'Economie et des finances. Mais il est bien évident qu'il a une perspective de développement par rapport à son mandat, par rapport à son programme. Mais elle n'est pas complète. Elle ne reflète pas l'ensemble des perspectives en Côte d'Ivoire. Donc, il est important pour nous de pouvoir échanger de temps en temps, non seulement avec le gouvernement, mais aussi avec la société civile, avec les parlementaires, avec les journalistes, avec le secteur privé et tous ces acteurs qui ont un rôle extrêmement important dans le développement de la nation. J'attache donc une grande importance à cette rencontre et c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai répondu favorablement à votre invitation.

Je vous parlerai en tant que directeur de la Banque mondiale, mais aussi, en tant que frère, parce que je suis profondément attaché à ce pays. Je n'ai pas commencé ma carrière en Côte d'Ivoire, mais à mes débuts, j'ai séjourné en Côte d'Ivoire pendant quatre ans, de 1992 à 1996. Je pense que je connais bien ce pays. Dans mes fonctions précédentes (j'ai été économiste au bureau) et j'ai beaucoup travaillé sur plusieurs dossiers, notamment le programme Crep Coopec de Côte d'Ivoire que j'ai mis en place. C'est donc avec beaucoup de plaisir que le premier juillet de cette année (2008), j'ai repris fonction en Côte d'Ivoire, mais cette fois-ci, en tant que Directeur des opérations. Je reviens donc ici avec une somme d'expérience pour essayer de voir comment la Banque mondiale peut avoir une action beaucoup plus forte, beaucoup plus soutenue pour aider les Ivoiriens, d'abord, à sortir de cette crise malheureuse pour la Côte d'Ivoire, et pour l'ensemble de la sous-région ; puisque la Côte d'Ivoire a un impact sur l'ensemble des pays de la sous région. Donc le plus tôt on sortira de cette crise, le plus tôt on parlera de développement économique et d'amélioration de la qualité de vie pour l'ensemble des Ivoiriens. Je voudrais, ici, remercier Fraternité Matin et son personnel. Je dois signaler au passage que l'un de vos journalistes a été retenu parmi les huit journalistes africains invités aux dernières assemblées de la Banque mondiale et du Fonds monétaire, de par les qualités de ses analyses économiques.

Aujourd'hui la Banque reprend en Côte d'Ivoire, après une période, pas d'absence puisque nous sommes restés présents, nous avons eu des programmes limités. La Côte d'Ivoire en 2004 avait arrêté d'assurer le service de la dette auprès des institutions de Bretton Woods, donc pendant 4 ans nous n'avons pas été en mesure d'accompagner le développement en Côte d'Ivoire. Parce que, comme vous le savez, la Banque est d'abord une banque de développement, et quand un pays n'honore pas le service de sa dette, les règles font que nous ne pouvons pas continuer à l'accompagner. Je suis heureux de dire qu'en avril 2008, la Côte d'Ivoire a pu régler ses arriérés avec le groupe de la Banque mondiale et donc, a pu reprendre sa coopération avec le Fonds monétaire et la Banque mondiale. Au départ, cette reprise nous a permis de remettre immédiatement en activité les programmes que nous avions suspendus : des projets importants dans le domaine du développement rural, de l'éducation, du transport et des infrastructures etc. Aujourd'hui, nous avons un programme important de 800 millions de dollars, c'est-à-dire près de 400 milliards de francs CFA. Au-delà de notre action au quotidien sur le portefeuille de l'Ivoirien, je sais que vous êtes préoccupés par les questions du moment, la crise financière qui vient après deux crises successives que nous avons connues : la crise des produits pétroliers mais aussi celle due à l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Deux crises qui ont touché l'ensemble des Ivoiriens et des pays voisins. Et à ce titre, je suis persuadé que nous aurons des échanges sur ces différentes crises et je vous présenterai la façon dont elles ont été abordées par la Banque mondiale et les solutions que nous envisageons d'y apporter. Pour permettre de lancer le débat, je dirai que la Banque mondiale, pour ceux qui ne le savent pas, est une banque de développement. Beaucoup de gens font la confusion entre la Banque mondiale et le Fmi. Nous avons des rôles qui sont différents mais complémentaires. Le Fonds monétaire travaille sur des questions liées au cadrage macro-économique, aux finances publiques, aux grands équilibres, l'inflation, le taux de change etc. La Banque mondiale, c'est le financement des programmes de développement. Les deux institutions ont donc des actions complémentaires. Car sans l'action du Fonds pour que les économies soient bien gérées au plan macro-économique, pour que les Etats puissent payer régulièrement les salaires, les projets que nous mettons en oeuvre auront une portée limitée. Si vous avez des inflations de 100 à 200% comme dans certains pays africains où vous vous appauvrissez tous les jours, il est bien évident que vous ne serez pas en mesure d'envoyer vos enfants à l'école. Pour nous, il est important de communiquer, il y a encore beaucoup d'a priori sur ces institutions ; ce qui peut être compris, parce que ça fait très longtemps que nous n'avons pas communiqué. Nous pensions que c'était le rôle du gouvernement de dire ce que la Banque faisait, mais je pense que de plus en plus nous communiquons, nous travaillons avec la société civile, avec les journalistes ; nous travaillons avec le parlement et nous sommes ouvert. Ce qui fait que nous sommes un peu mieux compris. Même s'il y a encore quelques doutes par rapport à la portée de nos actions. Mais nous pensons qu'aujourd'hui la Banque mondiale, ce n'est pas seulement les ajustements structurels, il y a autre chose. Pendant longtemps, la Banque mondiale ça voulait dire ajustement structurel, ça voulait dire privatisation, compression. C'est cette image négative qui, pendant des années, nous a collé à la peau et que nous avons essayé de corriger. Nous ne cherchons pas à être populaire, mais nous cherchons à être compris pour que l'image de l'institution soit un peu plus équilibrée, pour que chacun sache quel est le rôle, quelle est la portée de notre action. Nous ne pouvons pas, à nous tout seul, développer les pays. Ça, il faut qu'on soit très clair. Il faut une action conjuguée de la Banque mondiale, de tous les partenaires, le pays, où la Côte d'Ivoire en particulier, sera développée par les Ivoiriens et sera accompagnée par l'ensemble des partenaires au développement : le secteur privé, les investisseurs étrangers, les investisseurs nationaux. C'est toute cette mayonnaise qui doit prendre afin que le pays puisse sortir de la crise. Mais je pense que ce sont les Ivoiriens d'abord, en allant à la normalisation, en allant vers un apaisement généralisé, une paix irréversible qui permettra de bâtir une économie qui profitera à l'ensemble des Ivoiriens, et non pas, à une minorité.

Reprise des activités

Nous avons repris nos engagements à partir du 1er juillet, disons même avant. Les accords de nouveaux crédits ont été signés dans les premières semaines du mois de juillet juste après ma prise de fonction. Même quand la Côte d'Ivoire était en arriéré avec la Banque mondiale, nous avons eu des activités ici notamment à travers les dons en faveur des pays fragiles. Dont le financement de la cohésion sociale, des activités liées à la crise elle-même. Nous avons mis à la disposition de la Côte d'Ivoire, dès le règlement des arriérés, un programme d'appui budgétaire qui lui a permis de régler une partie de ses impayés et de commencer à travailler sur les questions de gouvernance dans les secteurs critiques de l'énergie, du pétrole notamment, du café/cacao et des secteurs liés au système financier. Pour ce qui est de la sortie de crise elle-même, la Banque mondiale a mis à la disposition du gouvernement un don de 120 millions de dollars. Il ne s'agit là ni d'un crédit ni d'un prêt. C'est un don d'appui au programme post-conflit. Cela permet de renforcer la présence de l'administration sur l'ensemble du territoire avec le redéploiement des préfets et sous-préfets. Ce redéploiement sera accompagné de moyens importants. Vous avez tous vu les véhicules mis à la disposition des sous-préfets récemment. Il y a aussi la réhabilitation de bâtiments administratifs. La modernisation de l'état civil fait également partie des aspects importants qui contribuent à la tenue d'élections dans de bonnes conditions. Elle est donc financée dans le cadre de ce programme. Il y a un troisième volet important qui a permis la mise en place de programmes visant à renforcer les infrastructures à Abidjan et à Bouaké. Cela, dans l'optique de créer des emplois pour les jeunes démobilisés. Ce sont des actions très concrètes qui ont été menées. Au-delà de celle-ci, nous avons repris nos engagements dans le domaine du transport, du développement rural et du secteur de l'éducation. Ce sont des projets que nous avons suspendus quand la Côte d'Ivoire est rentrée en arriéré avec la Banque mondiale. Quatre nouveaux projets ont été signés récemment. Ils portent sur le développement urbain: la voirie, le ramassage des ordures, l'éclairage public, etc. Ce sont des projets très concrets qui vont améliorer le quotidien des Ivoiriens. Dans un premier temps, il concerne les villes d'Abidjan et de Bouaké. Mais, ce programme sera élargi dès que nous serons dans une situation de normalisation politique si les moyens le permettent. Pour l'instant, nous sommes dans le cadre d'une stratégie intérimaire qui porte sur à peu près 18 mois. Cette stratégie intérimaire va déboucher sur un appui que la Banque mondiale et d'autres partenaires vont apporter au gouvernement pour les prochaines années dès lors que la Côte d'Ivoire aura finalisé son Document de stratégie de réduction de la pauvreté. C'est un document cadre qui va informer l'ensemble des partenaires sur ce que la Côte d'Ivoire va faire dans les années à venir. Mais très vite, nous irons dans un programme de moyenne durée dans le cadre d'une stratégie d'assistance à la Côte d'Ivoire. Nous verrons avec les autorités ivoiriennes et l'ensemble des acteurs les domaines d'intervention dans lesquels la Banque a un avantage comparatif. Car, le plus important est que les populations sentent le développement dans leur poche et dans leur vécu. C'est là notre objectif.

Nous sommes en début de reprise de coopération. Il est trop tôt pour parler d'impact des programmes qui sont assez bien enclenchés. Je pense que tous ces programmes sont en vigueur. Les décaissements ont commencé. Très rapidement, nous serons en mesure de nous prononcer sur l'impact de ces programmes. Nous pensons les renforcer dès lors que la Côte d'Ivoire aura tourné définitivement la page de la crise sociopolitique. Je pense que cela est en bonne voie.

Appui de 400 milliards

Au niveau des 400 milliards, la moitié a été faite sur appui budgétaire. Ce sont des ressources qui sont mises à disposition du budget et qui ont permis au gouvernement d'apurer une partie de ses arriérés. Ainsi 200 milliards sont destinés à l'appui budgétaire et 200 autres pour l'investissement proprement dit. Les projets étant à leur début, les montants débloqués pour les investissements sont relativement faibles. Les comptes de décaissement viennent d'être ouverts et le personnel nouvellement recruté dans les différentes unités de projets. Mais, très rapidement, les décaissements vont s'intensifier parce que de gros contrats sont attendus notamment dans le domaine du génie civil, de la réhabilitation des routes avec l'Ageroute. Cela va permettre de créer des emplois. Car, l'idée était de voir comment ces projets vont permettre de créer des emplois d'abord au niveau des jeunes démobilisés et plus tard au niveau de l'ensemble des jeunes parce que la question de l'emploi en Côte d'Ivoire est fondamentale. Selon les chiffres que nous avons, il y a environ 5 millions de jeunes sans emploi. Je pense qu'il va falloir trouver une solution à cela et plus tard, nos programmes auront pour objectif fondamental de créer des emplois, créer la richesse nationale pour l'Etat, réduire la pauvreté.

Apurement des dettes de la Bad

Il est important que les Ivoiriens comprennent pourquoi un Etat doit respecter ses engagements. La Bad est une institution importante. C'est notre banque, celle de l'Afrique. Les pays africains ne doivent pas l'affaiblir. La Bad a pris beaucoup d'engagements en Côte d'Ivoire. Elle y était présente pendant une longue période. Elle est partie à cause de la situation de crise. Il est donc important que la Côte d'Ivoire respecte ses engagements avec cette institution pour qu'elle puisse revenir et lui apporter son soutien. Car, la Côte d'Ivoire aura besoin de financement. Le traitement de la question de cette dette est une question importante. Ce n'est pas parce qu'on a payé la Banque mondiale et le Fmi qu'on ne doit pas payer la Bad. On ne peut pas aller à l'initiative Ppte quand on a des arriérés avec les institutions multilatérales et aussi en interne. Quand le gouvernement a des arriérés avec le secteur privé, il est important de faire un décompte sur ces arriérés internes. Car, le secteur privé crée des emplois, ouvre des usines. En augmentant les capacités de production, on crée des emplois, on paye la fiscalité pour l'Etat. Mais, si ce secteur est dans une situation de trésorerie difficile et ne voit pas ses caisses renflouer par l'Etat parce qu'il lui doit, il sera difficile au secteur privé de contribuer au développement. C'est la même chose pour la Bad. Elle ne sera pas en mesure d'aider la Côte d'Ivoire et d'autres pays si l'on ne rembourse ce qu'on lui doit. Juridiquement, on ne peut aller à l'initiative Ppte quand on a des arriérés avec les institutions multilatérales. Ce sont des accords internationaux que la Côte d'Ivoire connaît et appliqués à l'ensemble des pays. Je crois que le gouvernement fait un effort extraordinaire pour essayer de rembourser une partie de ces arriérés. Il faut dire que la Bad a montré une certaine compréhension compte tenu de cette situation difficile. Elle n'exige pas le remboursement total des arriérés, mais une partie pour qu'elle puisse aller à son conseil d'administration et dire que la Côte d'Ivoire est en train de faire des efforts. Et qu'on peut lui apporter de l'aide et voir comment l'Etat peut rembourser l'intégralité des arriérés plus tard. Je pense que c'est important de traiter la question des arriérés. Et si l'on se place à l'échelle humaine, il peut arriver aux uns et aux autres de prendre un prêt auprès d'un membre de la famille ou du boutiquier du quartier. Si vous ne remboursez pas, il serait difficile d'aller demander de l'argent frais. C'est une question légitime parce que la Bad a besoin de rester en vie pour pouvoir venir en aide aux pays en difficulté. Aujourd'hui, c'est la Côte d'Ivoire, demain cela peut être n'importe quel autre pays. Hier, c'en était un. Si ces pays n'avaient pas remboursé, la Bad ne serait pas en mesure de financer les infrastructures, l'emploi, l'électrification rurale, de réformer la gouvernance. Il faut la comprendre, mais il faut communiquer là-dessus pour que les citoyens le comprennent. Parce que très souvent, on entend dire : «la Côte d'Ivoire a remboursé les institutions de Bretton Woods alors que nous, secteur privé, sommes pas remboursés ou bien nous, syndicats, on nous refuse des augmentations». Je crois qu'il faut l'expliquer pour que les gens comprennent les efforts nécessaires pour arriver dans une situation à long terme. Où l'on peut réfléchir de façon sereine sur les efforts complémentaires à faire pour améliorer la qualité de vie des uns et des autres dans un contexte plus soutenable. Car si la Côte d'Ivoire se retrouvait en cessation de payement avec l'ensemble de ses partenaires, ce ne serait pas soutenable. Il n'y a aucun pays au monde qui peut se satisfaire d'être en cessation de payement.

L'Initiative Ppte

D'abord, il y a deux choses. Je pense que le programme d'urgence existe déjà pour la Côte d'Ivoire. La Banque mondiale a fait un don de 120 millions de dollars dont 60 milliards pour financer le programme de sortie de crise. Nous sommes conscients des difficultés de l'Etat et de la nécessité de financer un certain nombre de choses maintenant et pas plus tard. L'initiative Ppte a été conçue pour les pays en difficulté. Le sigle même de l'initiative c'est : Pays pauvres très endettés. C'est-à-dire que la dette de ces pays n'est pas soutenable. On demande un certain nombre de mesures qui doivent être prises par ces pays afin qu'ils puissent bénéficier de l'initiative Ppte. Le ministre de l'Economie et des Finances le dit souvent. Si la Côte d'Ivoire y accède, ce sont des montants faramineux qui vont aujourd'hui au service de la dette qui pourront être utilisés pour construire des classes et des centres de santé, électrifier des villages, réhabiliter des routes urbaines, curer les caniveaux dans les quartiers, etc. C'est important que la Côte d'Ivoire puisse accéder le plus tôt possible à l'initiative Ppte pour bénéficier de cet allègement de la dette. Qui ne servira plus à rembourser les institutions (la Banque mondiale, le Fmi, la Bad, etc.) et les partenaires que sont les banques commerciales ou privées qu'on appelle le club de Paris. Le traitement, qui sera apporté dans le cadre de l'initiative Ppte, permettra à la Côte d'Ivoire de demander aux partenaires privés de faire aussi un effort. C'est une initiative importante qui demande que l'on fasse des efforts pour y arriver. Ces efforts sont à la portée des Ivoiriens. 28 pays étaient éligibles à l'initiative PPTE. 22 ont déjà été élus. Les Ivoiriens sont aussi compétents et aussi sérieux que les autres. Il n' y a pas de raison qu'elle ne puisse pas bénéficier de cette initiative. Cela demande qu'un certain nombre de mesures soient prises et un DSRP soit exécuté en bonne et due forme pendant une année et un cadrage macroéconomique sain que sont certains investissements dans le social, des réformes dans le domaine de la gouvernance. Afin de ne pas être vulnérables. Vous ne pouvez pas aller demander de l'argent à vos partenaires quand on sait que vous avez beaucoup de corruption dans votre filière café-cacao ou quand on sait que la filière des hydrocarbures n'est pas transparente. Il faut des efforts sur ce plan pour ne pas être vulnérables le jour où la Côte d'Ivoire se présentera devant ses partenaires pour demander un effort pour l'annulation de sa dette. Voilà un peu le déclencheur sur lequel nous travaillons avec les autorités ivoiriennes pour permettre à la Côte d'Ivoire d'arriver au point de décision de l'initiative Ppte et plus tard au point d'achèvement. Et dès lors qu'elle y parviendra, elle bénéficiera d'un allègement de la dette extrêmement conséquent. Et ce sont des ressources qui resteront dans les caisses de l'Etat et qui pourront être investis au profit des Ivoiriens plutôt que de servir au remboursement de la dette des institutions et d'autres partenaires.

Point de décision

Il faut que l'Etat fasse un effort, un dernier effort, pour arriver à ce point de décision d'abord, et après au point d'achèvement. En terme de calendrier, je suis heureux de vous dire que, vendredi dernier, alors que j'étais à Washington, le Fonds monétaire international (Fmi) par le biais de son Conseil d'administration, a approuvé le Document préliminaire du point de décision ; un document présenté au Conseil d'administration et qui contient les conditions que la Côte d'Ivoire doit réunir pour aller au point de décision. Le même document doit être présenté maintenant au Conseil d'administration de la Banque mondiale, demain (Ndlr, aujourd'hui), et je serai connecté par vidéoconférence avec le Conseil. On est en passe d'amener la Côte d'Ivoire, si tout se passe bien, au point de décision qui sera déclaré, nous l'espérons, courant février 2009, si, bien sûr, il n'y a pas de dérapages budgétaires, de gros scandales de corruption. Et ce sera une étape extraordinaire pour une nation. Mais, entre le point de décision et celui d'achèvement, normalement, il y a un an. Parce qu'il faut que le gouvernement démontre qu'avec l'allègement intérimaire, puisque avec le point de décision, déjà, il y a une annulation d'une partie de la dette, il est capable d'exécuter son Document de stratégie de réduction de la pauvreté, de façon satisfaisante, c'est-à-dire investir par exemple, dans les secteurs sociaux, avec l'allègement dont il va bénéficier, en augmentant, entre autres, le nombre d'écoles de sorte, que 90% des élèves ivoiriens aient accès au moins à 3 livres, un en maths, un en français, un en éducation civique, que le taux de couverture vaccinale soit à tel niveau Donc pendant cette année-là, on va s'assurer que dans le budget, il y a des ressources qui sont prévues pour renforcer les indicateurs sociaux. Il faut bien sûr que le gouvernement reste dans le cadre d'un programme avec le Fonds monétaire! Pour qu'il n'y ait pas dérapages budgétaires, de scandales, de dépenses hors budget, etc. Il faudra instaurer une discipline que le gouvernement devra observer dans sa gestion économique pendant une année. Il y a d'autres critères, tels que la publication des audits sur Petroci, la filière café-cacao, et tout cela milite en faveur de plus transparence que tous souhaitent. Si tout ceci est fait, on espère pouvoir amener la Côte d'Ivoire au point d'achèvement de l'Initiative Ppte, courant 2010, peut-être, au grand tard 2011. Ce qui est important, c'est de comprendre le cheminement entre le point de décision, à partir duquel il y a déjà un allègement de la dette, et le point d'achèvement. Si les chiffres que j'ai sont exacts, aujourd'hui, le stock de la dette totale de la Côte d'Ivoire représente 14 milliards de dollars. Imaginez ce que c'est! Multipliez par 500 et ça vous donnera le chiffre en francs Cfa! Mais c'est très important. Il est tout aussi important, que l'on travaille sur l'Initiative Ppte. C'est véritablement l'enjeu le plus fondamental, en dehors de la paix, bien évidemment, pour la Côte d'Ivoire qui se doit de trouver réponse à la question de la dette avec notre accompagnement, en allant à la normalisation. C'est ce qui va lui permettre de respirer à pleins poumons et de projeter l'avenir en définissant les grands projets sociaux et économiques à réaliser dans ce pays de 20 millions d'habitants, qui reste un pays important pour la sous-région et qui mérite de reprendre toute sa place dans le concert des nations. La Côte d'Ivoire en a les moyens, mais il y a quelques préalables qu'il faut respecter.

L'initiative Ppte est une réalité. C'est clair qu'aucun pays ne se glorifie d'avoir eu accès à cette initiative. Au départ, ce sont des difficultés économiques de pays en face d'une situation d'incapacité d'assurer les services de la dette et pour certains pays, dont certains pour lesquels j'ai travaillé, de ne plus être en mesure d'assurer les salaires. C'est le cas de la République centrafricaine où il y avait 17 mois d'arriérés de salaires Aucun gouvernement ne peut s'en satisfaire, et s'il y a des mécanismes internationaux qui sont là pour nous aider à en sortir, on y va pas de gaité de coeur mais on y va parce qu'on est dans l'obligation d'y aller car c'est le seul salut qu'on peut avoir. Mais quand on réussit à y aller, il faut quand même s'en réjouir car les conditionnalités sont relativement, draconiennes et ça montre que les gouvernements ont fait un effort, se sont disciplinés dans leur gestion publique, ont mis en place des pratiques de gouvernance qui rassurent les investisseurs, les citoyens, la nation, par rapport à l'utilisation des deniers publics, aux recettes dans les filières importantes, etc. Il faut s'en féliciter et voir plutôt la transformation qui s'opère au sein d'un Etat qui vous amène à l'Initiative Ppte, à un allègement de la dette, plus que l'Initiative elle-même! C'est l'aboutissement d'une démarche au sein de la nation, au sein du gouvernement, avec la mise en place de pratiques et d'instruments qui permettent de garantir une certaine gestion de l'Etat. On ne sera pas malheureux le jour où on dira que la Côte d'Ivoire peut utiliser l'argent, qu'elle envoyait à l'extérieur pour servir au traitement de la dette, pour servir les Ivoiriens. Encore une fois, je pense que c'est ainsi qu'il faut percevoir l'Initiative Ppte.

La réforme des institutions financières est une question dont on parle depuis très longtemps. J'étais à Washington, il y a quelques années, où le débat sur la viabilité de Bretton Woods, 50 ans après, se tenait avec acuité. Mais, je pense que si le Fmi et la Banque mondiale n'existaient pas aujourd'hui, il aurait fallu créer une institution qui aurait, peut-être un autre nom, pour aider les pays à trouver des solutions à leurs problèmes. La preuve est qu'il y a des problèmes que l'on peut régler en interne, et d'autres qui supplantent les Etats. On ne peut pas dire que tous les problèmes de l'Afrique sont du fait des autres. Il faut faire la part des choses et prendre la responsabilité des problèmes que nous-mêmes, Africains, créons de par notre action ou notre inaction. Quand on parle de corruption, de mal gouvernance, de népotisme, ce ne sont pas les conditionnalités de la Banque qui font que les gens sont plus corrompus que par le passé. Les institutions internationales ne sont pas parfaites, loin de là ! Elles se sont trompées plusieurs fois, mais elles ont le mérite de se remettre en cause. Nous n'avons pas d'état d'âme pour dire : nous nous sommes trompés! Il ne faut pas oublier qu'au sein de ces institutions, ce sont des hommes et des femmes qui y travaillent, où il y a du très bon et du moins bon. J'ai des experts qui travaillent sur des pays avec respect et conviction, parfois 15h par jour! Quand ils viennent dans un pays, ils sont intimement liés à ce qu'ils font. Mais, il y aussi d'autres de passage, qui sont à l'hôtel plutôt que d'être sur le terrain, et qui ne savent pas parler à un ministre, qui ne se préoccupent pas du sort des populations. Ce sont des collaborateurs que je n'hésite pas à renvoyer. Ce sont donc des hommes et des femmes comme il y en a partout. Il y en a de très bons et de moins bons. C'est comme il y a des journalistes qui font un travail professionnel et d'autres que l'on doit payer pour qu'ils écrivent tel ou tel article. Fraternité Matin est un label, qu'on le veuille ou pas. S'il disparaît, il y en aura peut-être un autre. Ce sont donc des institutions qui sont nécessaires et dont il faut comprendre le rôle. Mais le monde change. Il faut comprendre que la Banque mondiale d'il y a 60 ans, n'est pas la Banque mondiale d'aujourd'hui. Il y a encore dix ans, vous n'auriez jamais eu un directeur des opérations africain à la Banque mondiale! L'institution change. Il y a 10 ans, le staff de la Banque mondiale était Washington, le directeur des opérations était à Washington et il effectuait une visite par an dans le pays. En trois jours, il rencontrait le Chef de l'Etat, le ministre de l'Economie et des Finances et repartait. Il n'était certainement pas à l'écoute des journalistes, de la société civile, des parlementaires ou de cette dame de la plantation. Cela permet, aujourd'hui, d'avoir une compréhension un plus complète, réaliste, concrète, afin de vous aider. Ou tout au moins, apporter des solutions qui sont un plus véridiques ou, en tout cas, qui sont un peu plus légitimes par rapport à vos préoccupations. L'institution change, parce qu'on a aussi écouté les critiques. Car pendant très longtemps, on a dit qu'on était distant des populations, qu'on ne travaillait qu'avec les autorités, et le fait est qu'aujourd'hui, il n'y a pas que ces institutions. La Côte d'Ivoire peut traiter avec la Banque mondiale, le Fmi, la France, l'Union européenne, mais aussi avec de nouveaux partenaires comme les pays arabes qui apportent beaucoup de financements, la Malaisie, l'Inde C'est Il faut que l'Etat fasse un effort, un dernier effort, pour arriver à ce point de décision d'abord, et après au point d'achèvement. En terme de calendrier, je suis heureux de vous dire que, vendredi dernier, alors que j'étais à Washington, le Fonds monétaire international (Fmi) par le biais de son Conseil d'administration, a approuvé le Document préliminaire du point de décision ; un document présenté au Conseil d'administration et qui contient les conditions que la Côte d'Ivoire doit réunir pour aller au point de décision. Le même document doit être présenté maintenant au Conseil d'administration de la Banque mondiale, demain (Ndlr, aujourd'hui), et je serai connecté par vidéoconférence avec le Conseil. On est en passe d'amener la Côte d'Ivoire, si tout se passe bien, au point de décision qui sera déclaré, nous l'espérons, courant février 2009, si, bien sûr, il n'y a pas de dérapages budgétaires, de gros scandales de corruption. Et ce sera une étape extraordinaire pour une nation. Mais, entre le point de décision et celui d'achèvement, normalement, il y a un an. Parce qu'il faut que le gouvernement démontre qu'avec l'allègement intérimaire, puisque avec le point de décision, déjà, il y a une annulation d'une partie de la dette, il est capable d'exécuter son Document de stratégie de réduction de la pauvreté, de façon satisfaisante, c'est-à-dire investir par exemple, dans les secteurs sociaux, avec l'allègement dont il va bénéficier, en augmentant, entre autres, le nombre d'écoles de sorte, que 90% des élèves ivoiriens aient accès au moins à 3 livres, un en maths, un en français, un en éducation civique, que le taux de couverture vaccinale soit à tel niveau Donc pendant cette année-là, on va s'assurer que dans le budget, il y a des ressources qui sont prévues pour renforcer les indicateurs sociaux. Il faut bien sûr que le gouvernement reste dans le cadre d'un programme avec le Fonds monétaire! Pour qu'il n'y ait pas dérapages budgétaires, de scandales, de dépenses hors budget, etc. Il faudra instaurer une discipline que le gouvernement devra observer dans sa gestion économique pendant une année. Il y a d'autres critères, tels que la publication des audits sur Petroci, la filière café-cacao, et tout cela milite en faveur de plus transparence que tous souhaitent. Si tout ceci est fait, on espère pouvoir amener la Côte d'Ivoire au point d'achèvement de l'Initiative Ppte, courant 2010, peut-être, au grand tard 2011. Ce qui est important, c'est de comprendre le cheminement entre le point de décision, à partir duquel il y a déjà un allègement de la dette, et le point d'achèvement. Si les chiffres que j'ai sont exacts, aujourd'hui, le stock de la dette totale de la Côte d'Ivoire représente 14 milliards de dollars. Imaginez ce que c'est! Multipliez par 500 et ça vous donnera le chiffre en francs Cfa! Mais c'est très important. Il est tout aussi important, que l'on travaille sur l'Initiative Ppte. C'est véritablement l'enjeu le plus fondamental, en dehors de la paix, bien évidemment, pour la Côte d'Ivoire qui se doit de trouver réponse à la question de la dette avec notre accompagnement, en allant à la normalisation. C'est ce qui va lui permettre de respirer à pleins poumons et de projeter l'avenir en définissant les grands projets sociaux et économiques à réaliser dans ce pays de 20 millions d'habitants, qui reste un pays important pour la sous-région et qui mérite de reprendre toute sa place dans le concert des nations. La Côte d'Ivoire en a les moyens, mais il y a quelques préalables qu'il faut respecter.

L'initiative Ppte est une réalité. C'est clair qu'aucun pays ne se glorifie d'avoir eu accès à cette initiative. Au départ, ce sont des difficultés économiques de pays en face d'une situation d'incapacité d'assurer les services de la dette et pour certains pays, dont certains pour lesquels j'ai travaillé, de ne plus être en mesure d'assurer les salaires. C'est le cas de la République centrafricaine où il y avait 17 mois d'arriérés de salaires Aucun gouvernement ne peut s'en satisfaire, et s'il y a des mécanismes internationaux qui sont là pour nous aider à en sortir, on y va pas de gaité de coeur mais on y va parce qu'on est dans l'obligation d'y aller car c'est le seul salut qu'on peut avoir. Mais quand on réussit à y aller, il faut quand même s'en réjouir car les conditionnalités sont relativement, draconiennes et ça montre que les gouvernements ont fait un effort, se sont disciplinés dans leur gestion publique, ont mis en place des pratiques de gouvernance qui rassurent les investisseurs, les citoyens, la nation, par rapport à l'utilisation des deniers publics, aux recettes dans les filières importantes, etc. Il faut s'en féliciter et voir plutôt la transformation qui s'opère au sein d'un Etat qui vous amène à l'Initiative Ppte, à un allègement de la dette, plus que l'Initiative elle-même! C'est l'aboutissement d'une démarche au sein de la nation, au sein du gouvernement, avec la mise en place de pratiques et d'instruments qui permettent de garantir une certaine gestion de l'Etat. On ne sera pas malheureux le jour où on dira que la Côte d'Ivoire peut utiliser l'argent, qu'elle envoyait à l'extérieur pour servir au traitement de la dette, pour servir les Ivoiriens. Encore une fois, je pense que c'est ainsi qu'il faut percevoir l'Initiative Ppte.

La réforme des institutions financières est une question dont on parle depuis très longtemps. J'étais à Washington, il y a quelques années, où le débat sur la viabilité de Bretton Woods, 50 ans après, se tenait avec acuité. Mais, je pense que si le Fmi et la Banque mondiale n'existaient pas aujourd'hui, il aurait fallu créer une institution qui aurait, peut-être un autre nom, pour aider les pays à trouver des solutions à leurs problèmes. La preuve est qu'il y a des problèmes que l'on peut régler en interne, et d'autres qui supplantent les Etats. On ne peut pas dire que tous les problèmes de l'Afrique sont du fait des autres. Il faut faire la part des choses et prendre la responsabilité des problèmes que nous-mêmes, Africains, créons de par notre action ou notre inaction. Quand on parle de corruption, de mal gouvernance, de népotisme, ce ne sont pas les conditionnalités de la Banque qui font que les gens sont plus corrompus que par le passé. Les institutions internationales ne sont pas parfaites, loin de là ! Elles se sont trompées plusieurs fois, mais elles ont le mérite de se remettre en cause. Nous n'avons pas d'état d'âme pour dire : nous nous sommes trompés! Il ne faut pas oublier qu'au sein de ces institutions, ce sont des hommes et des femmes qui y travaillent, où il y a du très bon et du moins bon. J'ai des experts qui travaillent sur des pays avec respect et conviction, parfois 15h par jour! Quand ils viennent dans un pays, ils sont intimement liés à ce qu'ils font. Mais, il y aussi d'autres de passage, qui sont à l'hôtel plutôt que d'être sur le terrain, et qui ne savent pas parler à un ministre, qui ne se préoccupent pas du sort des populations. Ce sont des collaborateurs que je n'hésite pas à renvoyer. Ce sont donc des hommes et des femmes comme il y en a partout. Il y en a de très bons et de moins bons. C'est comme il y a des journalistes qui font un travail professionnel et d'autres que l'on doit payer pour qu'ils écrivent tel ou tel article. Fraternité Matin est un label, qu'on le veuille ou pas. S'il disparaît, il y en aura peut-être un autre. Ce sont donc des institutions qui sont nécessaires et dont il faut comprendre le rôle. Mais le monde change. Il faut comprendre que la Banque mondiale d'il y a 60 ans, n'est pas la Banque mondiale d'aujourd'hui. Il y a encore dix ans, vous n'auriez jamais eu un directeur des opérations africain à la Banque mondiale! L'institution change. Il y a 10 ans, le staff de la Banque mondiale était Washington, le directeur des opérations était à Washington et il effectuait une visite par an dans le pays. En trois jours, il rencontrait le Chef de l'Etat, le ministre de l'Economie et des Finances et repartait. Il n'était certainement pas à l'écoute des journalistes, de la société civile, des parlementaires ou de cette dame de la plantation. Cela permet, aujourd'hui, d'avoir une compréhension un plus complète, réaliste, concrète, afin de vous aider. Ou tout au moins, apporter des solutions qui sont un plus véridiques ou, en tout cas, qui sont un peu plus légitimes par rapport à vos préoccupations. L'institution change, parce qu'on a aussi écouté les critiques. Car pendant très longtemps, on a dit qu'on était distant des populations, qu'on ne travaillait qu'avec les autorités, et le fait est qu'aujourd'hui, il n'y a pas que ces institutions. La Côte d'Ivoire peut traiter avec la Banque mondiale, le Fmi, la France, l'Union européenne, mais aussi avec de nouveaux partenaires comme les pays arabes qui apportent beaucoup de financements, la Malaisie, l'Inde C'est une bonne chose, ça répond à un souci des populations. C'est une nouvelle forme de coopération dont il faut se féliciter. Avec ce monde qui change, les institutions sont obligées de changer également pour tenir compte des pays qui sortent de crise. Beaucoup de personnes ne savent pas que le premier prêt de la banque mondiale a été accordé à la France! Il y a encore 10 ans, le Portugal bénéficiait des prêts de la Banque mondiale. Les critiques, il faut les appréhender de façon constructive pour pouvoir se remettre en cause et changer

Filière café-cacao

La filière café-cacao a toujours été la symbolique même de ce pays. Pendant longtemps, la Côte d'Ivoire a pu bâtir son développement, le miracle ivoirien, cette image d'un pays rayonnant, avec ses infrastructures, ses routes, ses grattes ciels grâce à ce binône etc. Au moment où des pays voisins étaient dans des situations de développement, précaires ou marginales.

Le café et le cacao sont des ressources stratégiques pour le pays et le resteront encore pendant quelques années, même avec l'avènement du pétrole. Mais, il faut aussi reconnaître que si l'Etat s'est enrichi et a propulsé le développement de la Côte d'Ivoire, à travers la filière café-cacao, la majorité des paysans n'a pas profité pleinement de cette richesse. Nous étions à Tiassalé, il y a deux mois, où nous avons rencontré une femme qui a deux hectares et demi de cacao. Et qui nous dit : «Je ne peux pas envoyer mes enfants à l'école». Elle fait du cacao depuis 20 ans. Elle a 50 ans. Mais, elle donnait l'impression d'en avoir 90. Alors, c'est clair que cette dame n'a pas profité de cette richesse. Beaucoup de gens ont profité de cette richesse. Mais, cette femme, malgré ses deux hectares et demi de cacao, ne peut en profiter. Voilà la situation qu'il faut changer. C'est pourquoi, il faut amener la transparence dans la gestion de cette ressource. Et nous avons, avec le gouvernement, réfléchi sur ces questions-là. Mais, cette question dépasse le simple cadre des relations entre les bailleurs de fonds et un gouvernement. La Banque mondiale ne peut pas être la seule à dénoncer le manque de transparence dans la filière café-cacao. Vous journalistes, avez l'obligation de faire des analyses. De comparer par exemple combien les paysans ivoiriens touchent sur le prix mondial du cacao. Et je peux vous dire que c'est moins de 40% du prix international qui est payé au paysan ivoirien, comparé au Ghana où il touche 70%, au Nigeria, où il touche 90% du prix international. En Indonésie, c'est la même chose. Comment se fait-il qu'en Côte d'Ivoire, le paysan ivoirien touche moins de 40% du prix international? Nous sommes en discussion avec le gouvernement pour ramener cette quotité au niveau le plus acceptable. Parce qu'il faut aussi que l'Etat puisse générer des ressources sur ces richesses. Parce que l'Etat fait des routes, des écoles, etc. L'Etat doit gagner de l'argent sur la filière café-cacao. Mais, pas au dépend du paysan qui, à la sueur de son front, n'a que ces produits pour survivre. Cette réflexion est importante. Mais, chacun a son mot à dire sur la question. Je pense aux journalistes, aux parlementaires, aux exportateurs, etc. Tout le monde doit s'intéresser à cette filière et faire en sorte que quand nous, Banque mondiale, nous parlons de bonne gouvernance dans la filière café-cacao, nous ne soyons pas les seuls. Ce n'est pas une question qui peut être traitée qu'avec une conditionnalité de la Banque mondiale. On n'y arrivera pas. C'est un problème national. On peut donc se féliciter des récentes mesures. Des décisions de justice qui ont été prises pour mettre, en tout cas, certains responsables de cette filière en prison. Mettre en place un comité intérimaire qui va réfléchir sur le futur de cette filière, voir comment, il va être géré, je pense que tout ceci est appréciable. Mais, au dela des réformes institutionnelles qu'on veut amener dans la filière, il est important de faire trois choses: D'abord, réduire la fiscalité dans ce secteur pour que le maximum de ressources aille aux paysans. Ça, c'est notre combat. Le maximum des ressources du cacao doit aller chez les paysans. Et non aux intermédiaires, aux commerçants, aux exportateurs. Cette femme qui fait du cacao depuis 20 ans doit être en mesure d'envoyer ses enfants à l'école, de construire son habitat, de l'améliorer. Elle doit être en mesure de bien s'habiller, de faire face à ses frais de santé. Ça, c'est incontournable. Si l'on n'arrive pas à avoir une filière qui améliore la qualité de vie des paysans, on aura tous échoué. Je pense que l'Etat a le droit d'attendre les ressources de cette filière. Parce que c'est sa richesse nationale. Les pays qui produisent le pétrole, les mines, etc., contrôlent leur produit. Mais, cela doit se faire de manière raisonnable. Et que la filière café cacao ne soit pas la seule taxée, pendant que d'autres filières ne subissent pas les mêmes poids en termes de fiscalité. Les paysans doivent être responsables de la gestion de leurs filières. Et quand je dis paysans, je veux parler des vrais paysans. Et pas des faire-valoir qui parlent au nom des paysans, mais, en fait qui sont là pour s'enrichir eux-mêmes. Je dis les choses telles qu'elles se présentent. Je parle en tant que frère. Parce qu'on sait comment ça se passe ici. Il y a des gens qui parlent et qui s'enrichissent au nom des paysans. Et donc, il faut une véritable représentativité des paysans dans les organes qui vont gérer la filière. Quels que soient les organes. Si on décide d'avoir une seule entité, comme ce fut auparavant avec la Caistab, que ceux des représentants des paysans qui sont dans ces organes soient de vrais représentants des paysans. S'il s'agit de deux ou trois structures - je ne peux pas préjuger de la forme institutionnelle que va prendre la nouvelle structure après les travaux de la commission intérimaire - que cette ou ces structures soient gérées par et pour les paysans. Je pense qu'il est raisonnable d'aller dans ce sens. Troisième chose, je pense qu'il faut voir comment on va améliorer la productivité de ce secteur. Il faut reconnaître que si la Côte d'Ivoire mérite quand même le respect de premier producteur mondial de cacao, sa productivité ne s'est pas améliorée. Cette productivité en l'état est à quatre cents kilos. Pourquoi? Parce que les plantations sont vieillissantes. La moitié des plantations cacaoyères a plus de trente ans. Ce n'est pas ainsi qu'on va rester performant dans un secteur qui reste le plus important. Nous, nous sommes tout à fait volontaires pour réfléchir avec le gouvernement, les organisations professionnelles, avec tous ceux qui sont concernés par le devenir de cette filière pour voir comment on pourrait accompagner la filière à être moderne, plus efficace, avec des rendements meilleurs de sorte qu'au final, l'argent aille dans la poche des paysans. Là-dessus, il n'y a pas de compromis. C'est notre objectif. Et à travers les calculs budgétaires que nous faisons, c'est une des conditions sur laquelle nous insistons. Nous demandons donc au gouvernement de faire des efforts.

Sécurité des investissements

La question sécuritaire est liée à la normalisation politique. Elle est liée au processus de sortie de crise. On est tous attentifs à ce processus de sortie de crise. Mais, moi, je suis convaincu aujourd'hui que la très grande majorité des Ivoiriens veut aller à la paix. J'en suis convaincu.

J'ai confiance. En même temps, je sais aussi que c'est un processus difficile. C'est un processus qui manifestement n'arrange pas tout le monde. Parce que dans toute situation de crise, il y a des gens qui ne souhaitent pas le retour à la normale. C'est clair qu'il y aura des secousses ici et là. Mais, la majorité des Ivoiriens veut aller à la paix. Et la communauté internationale, je pense, accompagne le pays dans ce sens à faire des élections transparentes, démocratiques, à une normalisation politique. Encore une fois, il est nécessaire que ce pays reprenne toute sa place. Ceci étant, il faut savoir que dans les institutions comme la Banque mondiale, nous avons les procédures de décaissement pour sécuriser les fonds. Nous avons des procédures où nous payons directement les fournisseurs. Nous avons les procédures où nous renforçons les pratiques d'exécution budgétaire pour nous assurer que les financements vont aux fins auxquelles ils sont destinés.

Il faut voir le budget dans sa globalité. Quand je parle donc de bonne gouvernance, je suis intéressé par l'ensemble des ressources mises à la disposition de l'Etat pour le bien des Ivoiriens. En somme, Donc, je ne suis pas seulement préoccupé par le financement de la Banque mondiale. Ce financement représente d'ailleurs un petit pourcentage du budget général de la Côte d'Ivoire. Je suis aussi préoccupé par l'ensemble du budget. Si je demande au gouvernement ivoirien de mettre en place des pratiques transparentes en matière d'appel d'offre, de limiter les gré à gré, c'est parce que je veux qu'il y ait une bonne utilisation du budget de l'Etat, des ressources publiques au profit, encore une fois, des Ivoiriens. Cette question est donc vitale. Elle concerne la gouvernance générale. Pas seulement pour les financements mis à la disposition des pays par les partenaires. Mais, l'ensemble des financements mis à la disposition de l'Etat.

Communication

Pendant très longtemps, la Banque mondiale ne communiquait pas du tout. En 1994, à Abidjan, dans le cadre d'un projet d'appui à la gestion économique au ministère de l'Economie et des Finances, permis d'informatiser ledit ministère, de renforcer les capacités de certains agents des différentes régies financières, la Banque mondiale avait décaissé 20 millions de dollars, soit 10 milliards de fcfa. Cette année-là, j'ai été aussi invité, pour représenter le représentant résident, à une cérémonie de remise de remise de 3 ordinateurs par une ambassade au même ministère. Il y a eu une grande cérémonie pour ça. Pendant ce temps, mon institution mettait vingt millions de dollars. Et personne n'en parlait. Pour trois ordinateurs, on fait tout un show. Ça passe à la télé. Il y a eu une autre institution qui a financé la formation des cadres, tous les systèmes informatiques et personne n'en a parlé. C'est donc important de communiquer. Les gens m'attaquent sur l'ajustement structurel, les privatisations, les compressions Je dois bien prendre des coups sur les mesures difficiles que je suggère. Et là effectivement, je dis au gouvernement que si vous voulez aller au point d'achèvement de l'initiative Ppte, il faut la gouvernance, la transparence. Et que tout le monde ait l'information. C'est normal que le citoyen sache en Côte d'Ivoire ce que représente la quantité de pétrole extrait. Si c'est cinquante mille barils jour comme c'est annoncé. Ou encore les recettes qui sont allées au budget. Quand je me bats pour ça, c'est surtout par souci de transparence. Encore une fois, je ne veux pas qu'il y ait une image déséquilibrée de l'institution. Je veux que l'on sache que je finance les routes, la voirie. Et que la lagune, c'est moi qui vais la nettoyer, etc. Ça c'est important. Si l'on dit que la banque, c'est seulement l'ajustement, je dirai non. Puisque le dernier programme d'ajustement date de 1987. Il y a plus de 20 ans. On ne peut donc pas continuer à lier l'image de la Banque mondiale à la notion d'ajustement structurel. Mais si je ne communique pas sur ces faits-là, les gens ne seront pas en mesure de faire la part des choses. C'est pour ça que nous communiquons à travers ce genre de rencontres.

Et je m'appuie aussi sur une expérience qui a réussi au Sénégal. Il s'agit de pouvoir instaurer un magazine trimestriel qui communiquerait sur les differents sujets et projets. Il faut dire aussi que la communication est utilisée par les autorités. Parce que les gens aiment bien les effets d'annonce. Çomme pour dire qu'un ministre a bien travaillé. Je pense que le travail de vous autres, journalistes est aussi de dire que ces montants ont été annoncés etc. Ça permet, encore une fois, d'équilibrer la communication et de donner une image un peu plus réelle de la Banque.

Sur le pétrole, la vérité est que nous avons un dialogue avec le gouvernement. Nous avons insisté. Et dans le cadre du programme avec le Fonds monétaire et la Banque mondiale, il est prévu que trimestriellement, les quantités produites, les recettes et les paiements faits au gouvernement, soient publiées. Ce qui est tout à fait bon .

Propos recueillis par

Cissé Mamadou

Landry Kohon

Ya David

Nimatoulaye Ba

Barthélémy Kouamé

Rémi Coulibaly

Adam Khalil

Carol Offi

(Stagiaire)

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