Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Réduction de la dette extérieure - Tout est possible en février 2009

Coordonnateur Gooré Bi Hué

16 Décembre 2008


document

Abidjan — M. Madani M. Tall, Directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d'Ivoire.

Le Groupe de presse a donné, hier, l'occasion à M. Madani M. Tall, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d'Ivoire, de se prononcer sur les questions d'actualité.

Le mot de bienvenue du Directeur général, Jean-Baptiste Akrou

Je voudrais, au nom de madame Viviane Zunon Kipré, présidente du conseil d'administration de Fraternité Matin, au nom des rédactions du Groupe Fraternité Matin, vous dire que nous sommes très heureux de vous accueillir ce matin. Avec le scandale créé par un trader, Bernard Madoff, qui ébranle les bourses et des banques, nous avons compris que le débat sur le monde des finances est plus que d'actualité. Mais votre présence est beaucoup plus importante pour nous, au moment où la Côte d'Ivoire, dans la phase de reconstruction post-crise, attend beaucoup des institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et le Fonds monétaire international). Depuis un certain temps, on nous parle de cette initiative PPTE, à laquelle nous sommes presque accrochés. Selon ce que le ministre de l'Economie et des Finances a dit, régulièrement dans nos journaux, sans ce plan, c'est presque le naufrage de la Côte d'Ivoire. Et comme vous êtes de ceux qui peuvent nous éclairer et éclairer les Ivoiriens, la rencontre de ce matin est très importante pour nous. C'est pour cela que, en plus des journalistes du Groupe Fraternité Matin, nous avons la RTI et d'autres confrères. Je souhaite donc la bienvenue à tous nos confrères des organes qui sont là, parce que cela fait partie de notre mission, en tant que journal leader, journal de référence, d'organiser ces plateaux et les accueillir. Afin qu'ensemble, nous fassions avancer le débat démocratique, la bonne gouvernance. Merci à tous pour votre présence !

Le mot de bienvenue du DDR, Alfred Dan Moussa

Je voudrais, au nom de toute la rédaction et de tous les confrères qui ont voulu s'associer au groupe Fraternité Matin, remercier le Directeur des opérations de la Banque mondiale. Le remercier pour la forme qui a permis de faire passer ce fond difficile. On s'attendait à de très gros chiffres durant tout l'exposé. On s'attendait à des termes trop techniques. Mais voilà qu'il est descendu des tours de Washington, d'Abidjan, pour aller vers le quotidien. Il a comparé la Banque mondiale à une coopérative. Et au fond, on se dit que c'est bien cela. Il nous a fait promener dans les plantations de Tiassalé et San-Pedro. Il a parlé des conditions de vie des personnes vivant avec le Vih/Sida. On ne pouvait pas s'imaginer que la Banque mondiale pouvait côtoyer ou rentrer dans le quotidien des populations qu'elle aide. On la voyait plutôt en relation avec les gouvernements et rien qu'avec eux.

M. le directeur des opérations, merci d'avoir opéré de cette manière. Merci de nous avoir permis de comprendre un peu plus le mécanisme, d'approcher davantage la Banque mondiale. C'était l'objectif. Merci d'être venu et merci à vos collaborateurs.

Propos liminaires

Je suis ici avec une partie de mon équipe qui est venue pour me soutenir d'abord, mais aussi pour que vous sachiez que la Banque mondiale c'est une équipe forte basée à Abidjan, mais aussi une équipe plus forte qui est basée à Washington et qui vient de temps en temps en mission en Côte d'Ivoire. C'est vrai qu'en Côte d'Ivoire, le bureau du directeur est basé à Abidjan, mais il couvre cinq pays : la Côte d'Ivoire, le Bénin, la Mauritanie, le Togo et le Niger. Donc, je dirai que c'est un bureau régional, mais la Côte d'Ivoire reste le pays principal sur lequel nous opérons à partir d'Abidjan. Je voudrais aussi profiter de l'occasion qui m'est offerte pour remercier le ministre de la Communication, M. Sy Savané et lui manifester toute notre gratitude pour cette plateforme d'échange qui est mise à notre disposition. Je sais que les sujets sont nombreux, je sais que les journalistes en Côte d'Ivoire sont passionnés de questions économiques, parce que, qui dit question économique, dit vécu. Je pense que chacun, ici, est préoccupé par sa qualité de vie. Donc, au-delà de votre qualité de journalistes vous êtes d'abord des Ivoiriens avec des préoccupations aussi légitimes par rapport au devenir de votre pays. C'est une rencontre qui entre dans le droit fil de ce que nous essayons de faire. On ne peut pas aider un pays à se développer si l'on ne parle qu'à une partie des interlocuteurs. La Banque mondiale a pour interlocuteur traditionnel le gouvernement. Moi, mon interlocuteur principal, c'est le ministre de l'Economie et des finances. Mais il est bien évident qu'il a une perspective de développement par rapport à son mandat, par rapport à son programme. Mais elle n'est pas complète. Elle ne reflète pas l'ensemble des perspectives en Côte d'Ivoire. Donc, il est important pour nous de pouvoir échanger de temps en temps, non seulement avec le gouvernement, mais aussi avec la société civile, avec les parlementaires, avec les journalistes, avec le secteur privé et tous ces acteurs qui ont un rôle extrêmement important dans le développement de la nation. J'attache donc une grande importance à cette rencontre et c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai répondu favorablement à votre invitation.

Je vous parlerai en tant que directeur de la Banque mondiale, mais aussi, en tant que frère, parce que je suis profondément attaché à ce pays. Je n'ai pas commencé ma carrière en Côte d'Ivoire, mais à mes débuts, j'ai séjourné en Côte d'Ivoire pendant quatre ans, de 1992 à 1996. Je pense que je connais bien ce pays. Dans mes fonctions précédentes (j'ai été économiste au bureau) et j'ai beaucoup travaillé sur plusieurs dossiers, notamment le programme Crep Coopec de Côte d'Ivoire que j'ai mis en place. C'est donc avec beaucoup de plaisir que le premier juillet de cette année (2008), j'ai repris fonction en Côte d'Ivoire, mais cette fois-ci, en tant que Directeur des opérations. Je reviens donc ici avec une somme d'expérience pour essayer de voir comment la Banque mondiale peut avoir une action beaucoup plus forte, beaucoup plus soutenue pour aider les Ivoiriens, d'abord, à sortir de cette crise malheureuse pour la Côte d'Ivoire, et pour l'ensemble de la sous-région ; puisque la Côte d'Ivoire a un impact sur l'ensemble des pays de la sous région. Donc le plus tôt on sortira de cette crise, le plus tôt on parlera de développement économique et d'amélioration de la qualité de vie pour l'ensemble des Ivoiriens. Je voudrais, ici, remercier Fraternité Matin et son personnel. Je dois signaler au passage que l'un de vos journalistes a été retenu parmi les huit journalistes africains invités aux dernières assemblées de la Banque mondiale et du Fonds monétaire, de par les qualités de ses analyses économiques.

Aujourd'hui la Banque reprend en Côte d'Ivoire, après une période, pas d'absence puisque nous sommes restés présents, nous avons eu des programmes limités. La Côte d'Ivoire en 2004 avait arrêté d'assurer le service de la dette auprès des institutions de Bretton Woods, donc pendant 4 ans nous n'avons pas été en mesure d'accompagner le développement en Côte d'Ivoire. Parce que, comme vous le savez, la Banque est d'abord une banque de développement, et quand un pays n'honore pas le service de sa dette, les règles font que nous ne pouvons pas continuer à l'accompagner. Je suis heureux de dire qu'en avril 2008, la Côte d'Ivoire a pu régler ses arriérés avec le groupe de la Banque mondiale et donc, a pu reprendre sa coopération avec le Fonds monétaire et la Banque mondiale. Au départ, cette reprise nous a permis de remettre immédiatement en activité les programmes que nous avions suspendus : des projets importants dans le domaine du développement rural, de l'éducation, du transport et des infrastructures etc. Aujourd'hui, nous avons un programme important de 800 millions de dollars, c'est-à-dire près de 400 milliards de francs CFA. Au-delà de notre action au quotidien sur le portefeuille de l'Ivoirien, je sais que vous êtes préoccupés par les questions du moment, la crise financière qui vient après deux crises successives que nous avons connues : la crise des produits pétroliers mais aussi celle due à l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Deux crises qui ont touché l'ensemble des Ivoiriens et des pays voisins. Et à ce titre, je suis persuadé que nous aurons des échanges sur ces différentes crises et je vous présenterai la façon dont elles ont été abordées par la Banque mondiale et les solutions que nous envisageons d'y apporter. Pour permettre de lancer le débat, je dirai que la Banque mondiale, pour ceux qui ne le savent pas, est une banque de développement. Beaucoup de gens font la confusion entre la Banque mondiale et le Fmi. Nous avons des rôles qui sont différents mais complémentaires. Le Fonds monétaire travaille sur des questions liées au cadrage macro-économique, aux finances publiques, aux grands équilibres, l'inflation, le taux de change etc. La Banque mondiale, c'est le financement des programmes de développement. Les deux institutions ont donc des actions complémentaires. Car sans l'action du Fonds pour que les économies soient bien gérées au plan macro-économique, pour que les Etats puissent payer régulièrement les salaires, les projets que nous mettons en oeuvre auront une portée limitée. Si vous avez des inflations de 100 à 200% comme dans certains pays africains où vous vous appauvrissez tous les jours, il est bien évident que vous ne serez pas en mesure d'envoyer vos enfants à l'école. Pour nous, il est important de communiquer, il y a encore beaucoup d'a priori sur ces institutions ; ce qui peut être compris, parce que ça fait très longtemps que nous n'avons pas communiqué. Nous pensions que c'était le rôle du gouvernement de dire ce que la Banque faisait, mais je pense que de plus en plus nous communiquons, nous travaillons avec la société civile, avec les journalistes ; nous travaillons avec le parlement et nous sommes ouvert. Ce qui fait que nous sommes un peu mieux compris. Même s'il y a encore quelques doutes par rapport à la portée de nos actions. Mais nous pensons qu'aujourd'hui la Banque mondiale, ce n'est pas seulement les ajustements structurels, il y a autre chose. Pendant longtemps, la Banque mondiale ça voulait dire ajustement structurel, ça voulait dire privatisation, compression. C'est cette image négative qui, pendant des années, nous a collé à la peau et que nous avons essayé de corriger. Nous ne cherchons pas à être populaire, mais nous cherchons à être compris pour que l'image de l'institution soit un peu plus équilibrée, pour que chacun sache quel est le rôle, quelle est la portée de notre action. Nous ne pouvons pas, à nous tout seul, développer les pays. Ça, il faut qu'on soit très clair. Il faut une action conjuguée de la Banque mondiale, de tous les partenaires, le pays, où la Côte d'Ivoire en particulier, sera développée par les Ivoiriens et sera accompagnée par l'ensemble des partenaires au développement : le secteur privé, les investisseurs étrangers, les investisseurs nationaux. C'est toute cette mayonnaise qui doit prendre afin que le pays puisse sortir de la crise. Mais je pense que ce sont les Ivoiriens d'abord, en allant à la normalisation, en allant vers un apaisement généralisé, une paix irréversible qui permettra de bâtir une économie qui profitera à l'ensemble des Ivoiriens, et non pas, à une minorité.

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