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Sénégal: Le professeur Papa Salif Sow - « Nous avons été les premiers à démontrer la prise unique quotidienne »

Fréderic Atayodi (Stagiaire)

16 Décembre 2008


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Si on est positif on rentre dans le circuit de prise en charge, si on est négatif on fera tout pour ne pas se contaminer. Si vous prenez globalement l'Afrique, il y a que 10 à 12% des personnes qui connaissent leurs statuts sérologiques.

C'est dire donc que c'est le dépistage qui pose le grand problème en Afrique ?

C'est le dépistage qui ne marche pas du tout en Afrique. Donc c'est une forte recommandation pour que d'ici trois ans, d'ici la prochaine ICASA qu'on passe de 10 à 15% pour aller à 50, 60%.

Et si on arrive à ces chiffres là, on dira que ça a réussi. Regardez la prévention de la transmission mère – enfant. Seules 30% des femmes africaines enceintes connaissent leur statut sérologique.

C'est extrêmement bas. Et on a vu dans la conférence pourquoi ça ne marche pas. On a vu des pays qui sont à plus de 90%. Comment ils ont fait ? C'est aussi la décentralisation de la prise en charge. C'est pays sont allés là où on reçoit les femmes qui sont enceintes, ce qu'on appelle la consultation prénatales.

Une fois de plus, ce n'est pas uniquement nous médecins, mais il faut associer les infirmiers, il faut associer les sages femmes et avec ça, on multiplie les champs d'avoir beaucoup plus de femmes dépistées. Qu'est ce qui fait que depuis 25 ans on parle du sida mais il y a certains pays où ça augmente ? C'est ce qu'on appelle les moteurs, que les anglo-saxons appellent ''the driving forces", c'est-à- dire les forces qui tirent (il tire sur le verbe)l'épidémie.

Parmi ces moteurs on a l'alcool. Il y a beaucoup de pays où la consommation excessive d'alcool conduit à l'absence d'utilisation de préservatif lors des rapports sexuels. Qu'est ce qu'on a vu aussi ? On a vu que quand on néglige certains groupes vulnérables, ça flambe.

A qui faites vous allusion en parlant de groupes vulnérables ?

Les minorités sexuelles. En Afrique, on ne reconnaît pas l'homosexualité et pourtant c'est une réalité. Prenons un pays comme le Sénégal, la prévalence globale du Vih au niveau nationale varie entre 0,7% et 1%. Donc elle est faible. Mais si vous regardez chez les homosexuels elle est de 21% (il traîne sur le chiffre). Mais si vous négligez ce groupe là, vous n'allez pas être efficace !

Si vous regardez les travailleuses du sexe ici au Sénégal, la prévalence est de 15 à 30% ! Donc ce sont des groupes vulnérables qu'il faut prendre en charge. Et la conférence de Dakar, je pense a été l'une des conférences africaines qui a donné la parole à tout le monde, qui s'est appesantie sur les homosexuels.

Qu'est ce que la conférence de Dakar a apporté pour la recherche sur le sida ?

Si vous avez bien suivi à la conférence de Dakar, on a parlé aussi des microbicides. Les microbicides, c'est dans un domaine de recherche extraordinaire (traîne sur l'adjectif). Ce sont des ovules que la femme peut mettre dans son vagin et qui vont la protéger même si son mari ou bien son partenaire infecté ne porte pas de préservatif, elle est protégée. Mais c'est extraordinaire ! Et on a montré les résultats ici à Dakar.

Ces microbicides sont ils accessibles pour toutes les femmes ?

Pour le moment nous sommes à l'état de recherche,papillomavirus. de démontrer que ça marche. Et ça marche. Les résultats l'ont montré. Les différentes équipes dans le monde, qu'il s'agisse des équipes américaines, européennes ou africaines ont montré à Dakar que les microbicides, ça fonctionne. C'est une avancée extraordinaire.

Maintenant ce qu'il faut faire, c'est de mettre ça sur recommandation et surtout de se donner les moyens pour que ça soit accessible financièrement et géographiquement. Et je pense que d'ici les 5 ans à venir ces microbicides seront disponibles et seront efficaces pour tous.


Donc vraiment, globalement la réunion de Dakar, pour nous aussi comme l'a dit le président, ne voulions pas que ce soit une réunion de plus. Mais surtout qu'il y ait un suivi. Et d'ailleurs, nous avons un comité de suivi pour que tous les 6 mois, on évalue pour savoir où est ce que nous en sommes.

D'aucuns estiment que le sida en Afrique on en parle trop, oubliant de facto qu'il y a des maladies plus graves qui déciment les populations. Quel est votre avis ?

Non, non. Le sida est un moteur pour renforcer le système de santé. Regardez le service des maladies infectieuses, vous constaté que ça a été repeint, c'est bon. Ca, c'est l'argent du sida. Mais dans ce service, il y a d'autresmaladies. Il y a le tétanos, les méningites, la tuberculose etc. Donc le sida est une opportunité pour renforcer le système de santé.

Mon service avant, je ne sais pas si vous le connaissiez, était dans un état extrêmement difficile. (petit silence) Mais c'est à cause du plaidoyer que nous avons fait que les acquis sur la lutte contre le sida aident aujourd'hui. Nous avons aujourd'hui des microscopes dans nos laboratoires qui ne servent pas uniquement au sida.

Ils servent aussi au paludisme, à la tuberculose, aux méningites aux autres infections sexuellement transmissibles etc. Donc pour nous, c'est une opportunité.

L'argent de sida, il faut qu'il serve aux autres maladies aussi. Et partant de là, c'est tout le système de santé qui en bénéficie. Si vous traiter uniquement le sida avec les anti rétroviraux  et que vous ne diagnostiquez pas et ne traitez pas les infections opportunistes votre malade va mourir donc ça va de paire.

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