Kamel Amghar
17 Décembre 2008
L'OPEP est aujourd'hui au rendez-vous avec l'histoire à Oran, la capitale de l'Ouest algérien. Les membres du cartel planchent, en session extraordinaire, sur un dossier brûlant de l'actualité internationale : la crise économique mondiale et la chute dramatique des cours de l'or noir. Une équation complexe qui préoccupe le monde entier depuis des mois déjà. Il faut souligner que la dépression, qui affecte présentement de plein fouet les grandes puissances économiques, est de nature à transformer bien de rapports de force.
La récession planétaire en cours, qualifiée d'événement majeur de ce début du XXIe siècle, risque affectivement de chambouler l'ordre établi de longue date dans les relations internationales. Le brut, énergie dominante dans tous les modes de production contemporains, se trouve ainsi au centre de toutes les convoitises. La décision des membres de l'Organisation est, à ce propos, sujette à des pressions exercées de part et d'autre. Il s'agira de concilier les consommateurs, réunis au sein de la puissante agence internationale de
l'énergie, et les pays producteurs dont les impératifs de développement se trouvent sérieusement menacés par la chute dramatique des cours du brut. Néanmoins, un consensus semble s'être déjà dégagé avant même l'ouverture de cette conférence exceptionnelle quant à une réduction sensible de l'offre pour maintenir les prix à un seuil acceptable pour tous les acteurs du marché.
En effet, les principaux producteurs de l'OPEP sont unanimes quant à la nécessité de réduire substantiellement leurs quotas respectifs pour stabiliser durablement la situation. L'Iran, le Venezuela, la Libye et l'Algérie, qui comptent parmi les membres les plus influents de l'Organisation, plaident invariablement pour une coupe sévère de la production afin de ramener les prix dans la fourchette comprise entre 70 et 90 dollars le baril. En pratique, il est question de résorber progressivement un excédent quotidien de 2 millions de barils.
Même l'Arabie saoudite et le Koweït, traditionnellement hostiles à ce genre de décisions sous l'influence de leurs alliés occidentaux, semblent s'en accommoder eu égard à la gravité de la crise. Par ailleurs, des pays hors-OPEP, comme la Russie -premier producteur mondial- adhèrent pleinement à cette option pour sauver les investissements colossaux engagés dans le secteur. C'est un point de vue également défendu par les Majors, ces puissantes multinationales présentes aux quatre coins du monde. En somme, cette
réunion d'Oran marque un début dans la coopération étroite entre tous les producteurs pour réguler le très stratégique marché de l'énergie. L'OPEP s'apprête visiblement à vivre un moment fort dans la mesure où cela lui permettrait de retrouver sa puissance et son influence dans ce secteur extrêmement sensible de l'économie mondiale. La présidence algérienne de l'Organisation est en train de réussir un grand pari : rendre au cartel pétrolier son autonomie de décision après 48 ans de pressions et d'ingérences multiples.
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