Roger A. Taakam
17 Décembre 2008
Les jeunes des lycées et collèges ont repris le chemin de l'école depuis quelques jours. Exit donc les vacances. Moment de joie et de liberté, période de trêve qui ouvre souvent les portes aux aventures prodigieuses de la vie extrascolaire, beaucoup en garde un souvenir ému. Loin du choc des explosions émotionnelles, loin des mondanités passagères qui ont ponctué cet intermède, la rentrée des classes offre un temps de reconversion, souvent brutal, mais aussi de transition laborieuse vers l'atmosphère studieuse de l'année scolaire. Voici venu le temps des classes. Le temps des défis ! On peut refermer la parenthèse. Mais pas si vite ! Quelques leçons s'imposent.
Au risque de se perdre dans les effluves d'une période de libertinage désormais révolue, il est bon, pour l'élève, de marquer résolument un temps d'arrêt. Un temps de réflexion. Pour repartir. Pour revisiter les transes mondaines de ces vacances qu'on a bues jusqu'à la lie, pour se remémorer les moments indicibles de ces retrouvailles qu'on voudrait tant inoubliables, mais surtout, pour conjurer à jamais les démons de la perversité et de l'immoralité qui ont souvent mené bien des jeunes à tant de compromissions, tant de laisser-aller et autant de dégâts.
La réalité est bien plus troublante et dépasse souvent de loin l'inconscience d'un acte posé au hasard d'une rencontre fulgurante ou encore d'un baiser à l'emporte-pièce arraché au détour d'une soirée sulfureuse. Ce qui ce passe en ces moments-là est souvent hors de toute logique, loin de l'appel à la responsabilité qu'on demande pourtant aux jeunes d'observer vu les temps qui courent...
Nous ne parlons pas de ces bobos qui perturbent passagèrement les jeunes corps fragiles les soirs de grand froid, nous ne parlons point de ces accidents, du reste nombreux, qui jonchent le chemin des réjouissances juvéniles. Nous parlons bien de ces troubles de jouissance qui s'arriment à la sexualité pour lui extirper tout ce qu'il a de purement naïf et d'innocence. Nous parlons de ces maladies liées à la pratique de la sexualité qui ont investi le champ de l'amour pour ne laisser que l'arrière goût d'un piège à cons. Nous parlons du sida et autres maladies sexuellement transmissibles dont les ravages ont déjà laissé plus que des plaies béantes en milieux jeunes.
On en a parlé tout au long de ces derniers mois sous le signe de " Vacances sans sida ". On en sait un peu plus désormais sur le bilan de cette vigoureuse campagne. Mais on n'a pas tout dit. Car il faudra attendre encore quelques mois, lorsque les ventres de certaines jeunes demoiselles auront laissé voir leur protubérance, lorsque le malin virus d'une Mst intrépide aura eu raison des corps vigoureux des garçons imprudents. Ce sera le temps du vrai bilan : celui de ces tragédies humaines qui se nouent à l'ombre des amours de vacances.
On a beau mener des campagnes tambours battant, on a beau impliquer les jeunes, ceux-ci ne donnent jamais l'air que de porter timidement le flambeau de cette nouvelle lutte contre le fléau du sida, dont on voudrait pourtant qu'ils soient des héros. C'en est donc terminé pour " Vacances sans sida " 2008. Une campagne qui a le mérite de cibler les jeunes sexuellement actifs en s'accompagnement d'activités de dépistage volontaire. Là s'arrête un programme intense de sensibilisation des jeunes dont on aimerait tant qu'il aille au-delà de la période des vacances.
Car le sida mérite bien plus que des campagnes passagères. Il est donc impératif, dans un contexte de relâchement des pratiques préventives chez les jeunes, de repenser les stratégies de prolongement des campagnes " Vacances sans sida" en investissant sur la durée. Trouver des moyens de relais afin que l'éducation à la vie sexuelle soit une préoccupation de tous les instants chez les jeunes. Une préoccupation pour l'école. Pour la vie.
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