Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Insécurité dans l'Est de la RDC - Human Rights Watch dénonce le viol et le recrutement de mineurs

19 Décembre 2008


Kinshasa — Le Conseil de sécurité de l'Onu devrait réagir face à l'escalade des violations perpétrées contre les enfants dans l'Est de la République démocratique du Congo, notamment le recrutement d'enfants soldats et les violences sexuelles, a déclaré Human Rights Watch dans une lettre.

Le groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés doit se réunir cette semaine pour examiner les mesures à prendre à cet égard.

Au moins 175 enfants ont été recrutés de force pour servir au sein de troupes armées depuis que les intenses combats ont repris en août entre l'armée nationale congolaise (FARDC) et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP)de Laurent Nkunda.

Selon certaines sources, ce nombre pourrait être beaucoup plus élevé. Des dizaines de filles ont été violées par les parties au conflit. Human Rights Watch a observé certaines de ces exactions lors d'une visite effectuée la semaine dernière.

«Si seulement les membres du Conseil de sécurité avaient pu accompagner nos chercheurs », a déclaré Jo Becker, directrice de campagne à la division des droits de l'enfant à Human Rights Watch.

Les chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à Nyamilima et Ishasha dans la province du Nord-Kivu, où ils ont vu au moins 30 enfants gardant des barricades et patrouillant dans les rues avec des armes qu'ils arrivaient à peine à porter. Certains n'avaient pas plus de 12 ans et quatre d'entre eux étaient des filles. Ils opéraient dans des zones aujourd'hui sous le contrôle des milices Maï Maï et du groupe armé rwandais, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Dans certaines zones des territoires de Rutshuru et de Masisi, au Nord-Kivu, les rebelles de Nkunda et d'autres groupes armés sont allés de maison en maison, forçant les jeunes garçons et adultes, dont certains n'avaient pas plus de 14 ans, à servir dans leurs rangs. Dans d'autres zones, à proximité des camps de déplacés, le groupe a recruté des garçons qui n'avaient pas plus de 12 ans. Certains ont été envoyés au combat sans entraînement militaire.

Fin octobre, les groupes pro-gouvernementaux Maï-Maï ont recruté des dizaines d'enfants pour servir dans leurs rangs et l'armée congolaise a également recruté des enfants pour transporter et distribuer des armes.

Dans le monde, depuis 2002, 14 parties à des conflits armés ont été épinglées par le secrétaire général de l'Onu pour des violations régulières et répétées des lois internationales interdisant le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats. Quatre de ces « violateurs récidivistes » recrutent actuellement des enfants en RDC - l'armée congolaise (FARDC), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les groupes pro-gouvernementaux Maï Maï et l'Armée de résistance du seigneur (LRA).

recommandations

«Ce qui est tragique, c'est que bon nombre des enfants saisis récemment sont des 're-recrues' qui sont déjà passées par les programmes de démobilisation », a déploré Jo Becker. «Ces programmes sont trop courts et les enfants ont de toute urgence besoin de davantage de soutien et de protection pour qu'une fois rentrés dans leurs familles, ils ne soient pas de nouveau recrutés».

Human Rights Watch a également recueilli des informations sur des viols de filles et de femmes commis par des soldats de l'armée congolaise et des combattants du CNDP, des FDLR et des milices Maï-Maï. Au cours des dernières semaines, des dizaines de femmes et de filles de Nyamilima et d'Ishasha ont été violées par des combattants Maï Maï, dont des fillettes qui n'avaient pas plus de 9 ans, attaquées alors qu'elles travaillaient au champ ou dormaient chez elles la nuit. Certains témoins ont reconnu que des combattants des FDLR avaient essayé de contenir les exactions des Maï Maï, mais dans de nombreuses zones, les deux groupes ont collaboré lors des attaques.

Des soldats de Nkunda ont violé au moins 16 femmes et filles fin octobre et en novembre suite à la prise de Rutshuru et de Kiwanja par leurs forces. Des soldats de l'armée congolaise qui battaient en retraite devant la progression du groupe ont violé plus d'une douzaine de femmes et de filles alors qu'ils fuyaient Goma, le 29 octobre.

Des dizaines de milliers de femmes et de filles ont été violées depuis le début de la guerre en 1998, et un récent rapport du secrétaire général a révélé qu'entre juin 2007 et juin 2008, l'ONU avait recensé 5 517 cas de violences sexuelles sur des enfants en Ituri ainsi que dans les deux Kivus - soit 31 pour cent de toutes les victimes de violences sexuelles. Human Rights Watch a appelé l'Union européenne à envoyer de toute urgence une force «relais» dans l'est du Congo pour aider les casques bleus de l'ONU à prévenir de nouvelles attaques contre les civils, notamment les enfants.

Human Rights Watch a vivement recommandé au Conseil de sécurité de prendre des mesures, y compris des sanctions supplémentaires, contre les parties responsables du recrutement et de l'utilisation d'enfants soldats ainsi que des viols et violences sexuelles.

Cette ONG internationale a également prié les membres du Conseil de sécurité et les gouvernements de la région d'appréhender les personnes recherchées par la Cour pénale internationale (CPI), dont le chef d'état-major du CNDP, Bosco Ntaganda, accusé par la CPI de crimes commis en Ituri en 2002 et 2003 en lien avec les enfants soldats et veiller à ce que l'UNICEF, la Monuc ainsi que les autres agences de l'Onu compétentes reçoivent les ressources et le personnel adéquats pour promouvoir la démobilisation et la réinsertion des enfants soldats, notamment des filles associées aux groupes armés.

Be the first to Write a Comment!

Copyright © 2008 Le Potentiel. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.


SELECT
SELECT

Le top des actualités: Congo-Kinshasa

Ask Obama a Question