D. Evariste Ouédraogo
18 Décembre 2008
Dimanche 9 novembre 2008. Rose Kabuye, chef du protocole du président rwandais, est arrêtée à l'aéroport de Francfort en Allemagne, en vertu d'un mandat d'arrêt international lancé par le juge Bruguière en 2006. Proche de Paul Kagamé, elle était membre de l'état-major rwandais soupçonné d'avoir commandité le meurtre du président Habyarimana en avril 1994, attentat aujourd'hui considéré comme point déclencheur du génocide au Rwanda, qui fit environ un million de morts parmi la population.
On lui reproche d'avoir hébergé le commando responsable de l'explosion de l'avion présidentiel. Depuis, Mme Kabuye est mise en examen en France pour « complicité d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste ». Elle reconnaît que les accusations portées contre sa personne sont graves, mais clame haut et fort son innocence. La suspicion demeure cependant, ce qui, nullement, ne dissipe pas le brouillard entre Paris et Kigali qui ont vu leurs relations diplomatiques prendre un coup de froid.
Si pour l'ancien lieutenant-colonel de l'armée rwandaise, l'espoir d'être blanchi un jour subsiste, tel n'est plus le cas pour son compatriote le colonel Théoneste Bagosora, un Hutu de 67 ans, hier encore « cerveau » présumé du génocide au Rwanda, aujourd'hui condamné par le TPIR. Le 28 mai 2007, devant le Tribunal d'Arusha (nord de la Tanzanie), celui dont la culpabilité dans les tueries entre pasteurs Tutsi et cultivateurs Hutus est maintenant prouvée soutenait que : « Je n'ai tué personne, ni donné aucun ordre de tuer à qui que ce soit (...).
Vous seuls pouvez me réhabiliter dans la société ». Le souhait du colonel de l'apocalypse, ex-directeur de cabinet au ministère de la Défense à l'époque de l'extermination ethnique, ne sera donc plus exhaussé, puisque hier 18 décembre 2008, le ciel est lourdement tombé sur lui à l'annoncé d'un verdict qui était très attendu.
Il a été jugé pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, en complicité avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'état-major de l'armée, le brigadier général Gratien Kabiligi ; l'ex-commandant des opérations dans le secteur militaire de Gisenyi (nord-ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva ; et le major Aloys Ntabakuze, qui commandait un bataillon paracommando dans la zone de l'aéroport de la capitale Kigali.
Le colonel Bagosora avait été arrêté au Cameroun le 9 mars 1996 et transféré au centre de détention du TPIR en janvier 1997, avant l'ouverture de son procès le 2 avril 2002. Il écope d'une condamnation à perpétuité pour avoir organisé le génocide en 1994.
Même sort pour Aloys Ntabakuze et Anatole Nsengiyumva. Le président norvégien de la chambre, Erik Mose, a prononcé l'acquittement et une mise en liberté immédiate d'un membre du quatuor, en l'occurrence le brigadier général Gratien Kabiligi. Pour l'avocat de Bagosora, Me Raphael Constant, « c'est la déception ». Son client fera appel du verdict, a-t-il indiqué à la presse.
Quand on a été un acteur direct d'un carnage comme celui du Rwanda, il est absurde de rêver d'une clémence d'un TPIR tenace. L'accusé principal ne se faisait en réalité pas d'illusions quant au sort qui l'attendait. Pour beaucoup d'observateurs, c'est justice faite aux victimes du génocide de 1994, et déjà, les regards se tournent vers les autres commanditaires non encore punis... à la hauteur de leur ignominie.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2008 L'Observateur Paalga. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.