L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Enlèvement des diplomates au Niger - La stratégie de banalisation de Tandja

Boureima Diallo

18 Décembre 2008


Voilà déjà un demi-siècle que bien des territoires d'Afrique noire ont quitté, de manière formelle en tout cas, le joug colonial pour accéder à la souveraineté internationale. Cinquante ans, même pour une république, est un âge de raison et de responsabilité. Ainsi, dans la quasi-totalité des ex-colonies françaises, les festivités se suivent et se ressemblent : réjouissances populaires, défilé, parade militaire, multiples discours dont celui très attendu du premier magistrat du pays, faisant le bilan de sa gestion. Et la dernière en date, c'était hier 18 décembre, où le Niger célébrait avec faste sa proclamation en tant que république.

C'est Tillabéry, ville située à 150 km de la capitale, Niamey, qui, pour la circonstance, a été relookée avec un stade omnisports neuf, 15 kilomètres de routes bitumées avec en prime la réfection et le renforcement de l'éclairage public, qui a été choisie cette année pour être l'hôte de la troisième édition de la fête tournante du 18 décembre.

Dans son discours de circonstance, le président Mamadou Tandja s'est longuement appesanti sur ce qui a été réalisé au cours des années écoulées et en particulier les réalisations sous son magistère de huit ans à la tête de ce pays à la lisière du Sahara.

La veille de ce cinquantenaire, le N°1 nigérien s'est longuement prononcé sur tout, tout, sauf sur la récente disparition dans son pays de l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU pour le Niger, Robert Fowler, et de son assistant, Louis Guay, deux diplomates canadiens qui se sont volatilisés comme par enchantement, dimanche 14 décembre dernier à une quarantaine de kilomètres de Niamey.

Troublant vraiment, le fait que le président Tandja ait soigneusement omis d'évoquer cette grave situation, qui pourrait faire déteindre sérieusement sur la notoriété de son pays, en faisant du Niger un Etat où il ne fait pas bon y aller surtout en ce qui concerne les personnalités de premier choix.

Acte crapuleux ou politique, la disparition inexpliquée des deux hommes, et de leur chauffeur, tombe en effet à un mauvais moment pour les autorités de Niamey, qui sont en pleine fête avec leurs centaines d'invités de marque. L'affaire est d'autant plus gênante que les deux diplomates n'ont pas disparu dans la zone de conflit avec la rébellion (interdite depuis deux ans aux étrangers et à la presse), mais à une encablure de la capitale.

Alors, si le président Tandja a choisi d'ignorer l'enlèvement de ces diplomates, est-ce dû au fait d'un grand embarras pour son régime ou peut-on croire à une stratégie de banalisation de cette grave affaire ? Nous sommes enclin à pencher pour la seconde hypothèse, ce, d'autant plus que l'homme fort de Niamey semble avoir opté depuis longtemps pour la stratégie de banalisation, même des choses les plus sérieuses .

C'est pour cela qu'en dépit des graves pertes subies par l'armée et le peuple nigériens face aux rebelles du MNJ, le président nigérien continue, comme si de rien n'était, de parler de « bandits armés ». Tout comme il refusait obstinément de reconnaître, il y a deux ans, l'existence d'une famine dans son pays bien que la situation fût dramatique au point de nécessiter une urgente aide extérieure.

Sacré Tandja !

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