Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Cinq questions et quelques vérités sur le conflit du Kivu

19 Décembre 2008


Kinshasa — A l'issue des deux guerres du Congo (1996/1997 et 1998-2002) le Rwanda est devenu la puissance incontournable de l'Afrique des Grands Lacs ; sans son accord il est impossible d'envisager une solution au conflit du Kivu. Depuis 1994, il poursuit deux objectifs avec obstination : placer au pouvoir à Kinshasa un allié stratégique et balkaniser le Congo en faisant basculer le Kivu dans sa zone d'influence.

La guerre dans l'Est de la RDC relancée en août 2008 par Laurent Nkunda sert cet objectif. La guerre s'autofinance par le pillage systématique des richesses naturelles du Kivu, sans que la « communauté internationale » ne s'en offusque vraiment.

Trois raisons expliquent l'impunité dont le Rwanda jouit dans sa politique de déstabilisation du Congo : son rôle de sous-traitant dans le transfert des ressources pillées au profit de consortiums occidentaux ; les Etats-Unis se sentent toujours coupables de n'avoir pas cru au génocide des Tutsi en 1994, ni pu l'empêcher ; et enfin, le Rwanda sait se rendre utile : il est partie prenante à la « coalition des volontaires » ralliée à la guerre américaine en Irak ; il coopère à la lutte contre le terrorisme menée par les Etats-Unis en envoyant des soldats au Darfour.

Peu importe alors que le Rwanda soutienne ou non Nkunda : il en a la légitimité car selon ses alliés (Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne) la RD Congo et la MONUC n'ont jamais rien tenté pour désarmer les génocidaires hutu Interahamwe (FDLR) réfugiés au Kivu.

2.- Quels sont les acteurs de la guerre ?

Le CNDP de Laurent Nkunda Nkunda s'est proclamé le défenseur de sa communauté tutsi, banyarwanda du Nord-Kivu, banyamulenge du Sud-Kivu, qu'il estime menacée par la présence des FDLR dans la région. A cause de lui, jamais depuis 2002, le Kivu n'a connu la stabilité. La dernière offensive du CNDP, débutée en août 2008, est toujours en cours ; avec l'aide du Rwanda : un rapport d'experts de l'ONU (12/12/2008, à lire sur le site www.un.org/sc/commitees/1533/egroup.html ou encore http://daccessdds.un.org/) affirme avoir réuni des preuves de cette aide multiforme.

Il apparaît évident que le mobile ethnique avancé par Nkunda pour justifier sa présence armée au Kivu n'est qu'un prétexte masquant la convoitise du Rwanda sur cette partie du Congo. Les FDLR. La lutte du CNDP de Nkunda contre les FDLR est l'expression de la volonté de Kigali d'empêcher le réarmement et l'éventuel retour au pouvoir au Rwanda des 5 à 6000 ex-Interahamwe que le Congo utilise, ainsi que le confirme le rapport d'experts de l'ONU du 12 décembre 2008, comme supplétifs de son armée (FARDC). Il est vrai que, malgré la conférence de Nairobi (novembre 2007) sur leur rapatriement au Rwanda et l'accord de paix de Goma (janvier 2008), la question des FDLR n'a pas été réglée.

Les FARDC. Depuis le début de la réouverture des hostilités, les forces armées congolaises (FARDC) ont connu déconvenues sur déconvenues. L'explication en est assez claire : ses unités sont issues du « brassage » des ex-milices armées qui dévastaient la région, intégrées au processus de paix de Sun City (17 décembre 2002) ; ce « brassage » n'a, de fait, été qu'un simple démantèlement des divers groupes armés mais n'a pas donné naissance à une véritable armée nationale dont l'hétérogénéité est la caractéristique essentielle.

Les Maï-Maï. Ils représentent une nébuleuse de milices et de gangs ruraux appartenant à divers groupes ethniques autochtones (Nande, hunde, bembe), tous victimes d'une dynamique d'exclusion sociale. Dès mai 1997, inquiets de la mainmise des tutsi sur les 2 Kivu, ils sont farouchement hostiles à cette présence qu'ils considèrent comme étrangère et prônent l'expulsion de tous les tutsi. Evidemment opposés au CNDP de Laurent Nkunda ils affrontent aussi parfois les troupes régulières de la RDC.

La MONUC. Prisonnière de ce pandémonium, la Mission des Nations Unies pour le Congo a démontré son inefficacité à protéger les populations civiles. Plusieurs raisons à cette faillite : ses contingents sont hétéroclites, pour la plupart indiens et pakistanais qui ne s'entendent pas et coordonnent mal leurs efforts ; forte pourtant de 17 000 hommes, bientôt renforcés de 3 000 supplémentaires, seuls 800 sont opérationnels au Kivu (Goma) ; son équipement militaire est obsolète. L'implication avérée de plusieurs casques bleus dans des affaires de viols et de trafics de minerais ont achevé de discréditer la MONUC. A juste titre, les Congolais s'interrogent sur la nécessité de sa présence.

3.- Quelles sont les causes de la guerre ?

Une constante séculaire : les conflits entre communautés ont toujours été une résultante des problèmes liés au contrôle de la terre, aux appétits de pouvoir et d'argent. En faire des conflits ethniques, c'est ressortir la vulgate raciale de l'époque coloniale. La lutte pour la propriété foncière au Kivu, entre éleveurs banyarwanda (Tutsi) et agriculteurs autochtones (Nande, Hunde, Bembe, Nyanga etc ) s'exacerbe toujours davantage en raison du déséquilibre démographique de la région : le Rwanda est exigu, très peuplé, dépourvu de richesses naturelles et sa démographie galopante explique ses visées hégémoniques sur le Kivu voisin, qu'il considère comme un lebensraum indispensable dont il pille les ressources minières.

Le pillage du Kivu. Pays-entrepôt, c'est par le Rwanda que transitent les minerais exploités illégalement au Kivu : son activité de sous-traitant au profit de consortiums occidentaux lui vaut une aide massive des institutions financières internationales, telles que le FMI et la Banque mondiale qui financent plus de la moitié de son budget annuel. En agissant ainsi, les Occidentaux financent la guerre et les massacres, favorisent le trafic d'armes et contribuent à la criminalisation de l'Etat rwandais. Avant le traité de paix Rwanda/RDC (30 juillet 2002), l'armée rwandaise supervisait cette prédation systématique ; après son retrait du Kivu, le pillage a continué par l'intermédiaire de réseaux structurés et par milices interposées, notamment celle de Nkunda dont la présence empêche l'Etat congolais d'exercer son autorité sur la région.

Le Rwanda conserve ainsi la mainmise sur les richesses de l'Est du Congo mais le coltan et la cassitérite du Kivu attirent d'autres prédateurs : les FDLR, pour la cassitérite du Sud-Kivu ; certains commandants des FARDC eux-mêmes, tel le colonel Samy Matumo qui exploite pour son compte la mine de cassitérite de Bisiye au Nord-Kivu, territoire de Walikale (cf. Lydia Polgreen,Congo's Riches looted by Renegade Troops, New York Times, 15/11/2008, à lire sur le site www.nytimes.com/2008/11/16/world/africa/16congo.html); des hommes d'affaires locaux soupçonnés de verser leur cotisation au CNDP de Nkunda comme une sorte d'impôt révolutionnaire à la congolaise, transporteurs, douaniers, s'enrichissent à partir de cette économie illégale et, au bout de la chaîne, des courtiers occidentaux qui en tirent le plus de profit.

La concurrence Occident/Chine

Il n'est pas indifférent de noter que la guerre du Kivu a été relancée alors que le gouvernement congolais cherche, en signant avec la Chine en septembre 2007 d'importants contrats miniers (au Katanga) et de coopération, à diversifier ses partenaires pour la reconstruction et le développement de la RDC. Les Occidentaux ont marqué leur mécontentement en refusant de reconsidérer la dette de la RDC auprès du FMI et craignent que la Chine en RDC ne vienne contrarier fortement leurs intérêts. Leur soutien traditionnel au Rwanda est plus que jamais d'actualité et pourquoi pas une partition du Congo et un changement de pouvoir à Kinshasa ; en tout état de cause, l'exigence de Nkunda de voir remis en cause les contrats de coopération avec la Chine et son appel, début octobre, à renverser le gouvernement congolais ne doivent rien au hasard.

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