La Presse (Tunis)

Tunisie: Collecte et transport des déchets en plastique - Une initiative qui donne le ton

Kamel Ferchichi

19 Décembre 2008


14 mars 2005 : cette date restera certainement gravée dans la mémoire de ce technicien supérieur en génie mécanique, diplômé de l'Institut supérieur d'enseignement technologique de Gafsa en 2003. C'est en effet ce jour que Salem Ouelhezi fait ses premiers pas dans le monde du travail. La collecte des déchets : une mine de petits emplois

Depuis, ce jeune s'est installé à son propre compte, en tant que promoteur d'un microprojet environnemental monté dans le cadre du réseau "Cheb", destiné particulièrement à la collecte et au transport des déchets en plastique. Il s'agit du premier jour où il s'est senti capable de prendre son destin en main, mais aussi d'avoir la possibilité d'employer d'autres personnes.

Son projet, financé par la Banque tunisienne de solidarité avec un crédit de 31 mille dinars, compte bientôt quatre ans d'activité. «Outre un fonds de roulement estimé à 1.200 dinars, ce crédit, remboursable sur neuf ans, à raison de quelque 269 dinars par mois, m'a été accordé sous forme d'une camionnette, d'un ordinateur portable et d'une bascule», précise le jeune homme.

2005, décrétée année nationale de lutte contre la pollution due aux déchets plastiques : Salem y a été l'un des vingt-quatre jeunes à s'engager dans l'initiative privée au service de cette cause. Les jeunes ont été répartis à travers plusieurs régions, mais chacun ayant sa propre zone d'intervention suivant une délimitation géographique bien déterminée, préétablie par l'Agence nationale de gestion des déchets (Anged).

Chef d'orchestre sur la scène de la lutte contre la pollution par les déchets, cette dernière ne manque pas de tout organiser à sa manière. Salem reçoit pour mission de couvrir la partie ouest de la capitale, à savoir les cités huppées d'El Menzah, El Manar et d'Ennasr. Très tôt le matin, le jeune promoteur dans ce métier vert n'hésite pas à parcourir, quotidiennement, les épiceries, les grandes surfaces, les écoles, les lycées et les immeubles d'habitation à la recherche des moindres déchets plastiques.

Qu'il s'agisse de bouteilles d'eau ou de boissons gazeuses, de sachets noirs ou blancs, l'essentiel est d'accumuler autant qu'il est possible ces déchets dans des conteneurs réservés. «Un métier, certes, propre et profitable, mais qui requiert beaucoup d'efforts et de patience. Car, pour obtenir un seul kilo de déchets, il me faut au moins trente bouteilles d'eau», estime-t-il. De plus, à l'en croire, l'opération est loin d'être rentable en hiver, basse saison pour la consommation des boissons.

Le tour laborieux des cités concernées pour le bilan journalier lui a appris la portée du travail collectif. Salem a initié, au départ, deux jeunes à la recherche d'un emploi. L'un l'accompagne pour la collecte, l'autre s'est investi dans le tri sélectif des déchets au dépôt de la cité Ettadhamen : un lieu loin du point «Ecolef» situé dans le quartier Montplaisir de la capitale, où les déchets doivent être transportés.

«J'achète auprès des habitants et des commerçants à 300 millimes le kilo pour revendre à 500», révèle le jeune homme, qui se montre satisfait. Malgré une marge modeste de 200 millimes par kilo, un salaire mensuel de 300 dinars qu'il paie à chacun de ses agents-collaborateurs et les frais qu'il consacre au véhicule, carburant et entretien, le jeune homme se déclare content de son sort.

«Je réalise actuellement un chiffre d'affaires mensuel de 6 mille dinars». Sachant que le Fonds national de l'emploi 21-21 a pris en charge le salaire des employés durant les trois premières années à hauteur respectivement de 75, 50 et 25 %. Un soutien matériel au titre du nouveau recrutement.

Partenaire dans la bataille de l'emploi, l'environnement est devenu, depuis que le besoin de sa protection s'est fait sentir de façon aiguë, un des secteurs générateurs d'opportunités de travail. Et la gestion des déchets, en tant que défi de propreté et enjeu écologique, s'est érigée en véritable source de richesses.

Investir dans la collecte et le transport des déchets plastiques pour atténuer le fléau de la pollution, c'est associer le professionnel à une culture citoyenne du développement durable. Toutefois, selon le jeune promoteur, ce créneau, si porteur soit-il, n'est pas tout à fait épargné par l'effet des négligences. «Le désordre des ordures et leur rejet n'importe où par les habitants sont des facteurs qui rendent ma tâche encore plus difficile», fait-il remarquer.

En dépit de ces contraintes, dues essentiellement aux lacunes d'une vraie éducation environnementale saine, traduite dans les esprits et les comportements, les ambitions de Salem Ouelhezi sont grandes. Il forme le souhait de voir son petit projet prendre de l'élan pour se transformer en une entreprise de gestion, de valorisation et de recyclage du plastique. Un rêve fort réalisable.

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