Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Crise sanitaire, pénuries et marasme économique

20 Décembre 2008


analyse

L'aggravation de la crise sanitaire, des pénuries alimentaires et du marasme économique, dans un contexte où le dialogue politique est dans l'impasse au Zimbabwe, ajoute de l'eau au moulin des leaders des puissances occidentales pour qui Mugabe est et demeure la seule cause de la descente aux enfers de ce pays qu'il régente depuis 28 ans.Au cours de ces deux dernières semaines, Georges Bush le président américain sortant, Condoleeza Rice, son secrétaire d'Etat, le Premier ministre britannique Gordon Brown, Nicolas Sarkozy, le chef de l'Etat français ainsi que Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne ont radicalisé la pression occidentale sur le président Mugabe, pour son éviction par toutes les voies possibles, en raison de son « incapacité à sauver son pays du naufrage ».

Il ne fait pas de doute que Robert Mugabe et son camp, le ZANU PF, ont une très large part de responsabilité dans la crise exécrable dans laquelle le Zimbabwe est empêtré. Mais il est tout aussi certain que la situation aurait été bien meilleure si les puissances occidentales ne s'étaient pas liguées dès après sa révolution agraire pour faire rendre gorge à Mugabe, l'acculant jusqu'à ces derniers retranchements de vieux lion blessé et plus que jamais aux abois.

Il n'a assurément pas tort de croire et de penser qu'il serait resté dans leurs bonnes grâces s'il avait continué d'être un pion dans leur jeu politique pour le maintien de leurs positions dominantes sur l'échiquier économique et géostratégique zimbabwéen et alentours. Mugabe ne peut pas ne pas voir à travers la pression accentuée des Occidentaux sur son régime et les appels à son éviction un « complot récurrent » visant à le remplacer par quelqu'un de beaucoup plus malléable et de « politiquement correct », du point de vue de leurs intérêts, quitte à fomenter une invasion armée pour arriver à cette fin.

UNE SOLUTION DE RECHANGE PLUS POLITIQUEMENT CORRECTE...

Comme le faisait récemment remarquer Aminata D. Traoré, une ancienne ministre malienne de la culture, « La Grande-Bretagne prendrait une sacrée revanche sur l'histoire et rendrait un immense service aux fermiers blancs qui attendent, si elle parvenait à porter au pouvoir dans son ancienne colonie, un dirigeant de son choix ou tout au moins acquis au libéralisme économique. Au-delà de la Grande-Bretagne, les puissances coloniales et leurs alliés n'ont jamais eu autant besoin de renforcer leur présence en Afrique, l'avancée de la Chine étant une véritable menace pour eux. Ils y arrivent au prix de l'ingérence, de la subversion et de la guerre. C'est dire jusqu'à quel point le fossé est abyssal entre la rhétorique sur la démocratie, les droits de l'homme et les desseins des Etats libéraux d'Europe et d'Amérique sur le Continent noir ».

Le président Mugabe fait certes dans la paranoïa en présentant l'épidémie de choléra au Zimbabwe comme « une force de guerre biologique et chimique, une attaque génocidaire sur le peuple du Zimbabwe par les Britanniques », « une attaque raciste et planifiée sur le Zimbabwe par l'ancien colonisateur obstiné qui a enrôlé ses alliés américains et de l'Ouest pour qu'ils puissent envahir le pays ».

Mais il n'a absolument pas tort de craindre qu'une ingérence des Occidentaux dans les affaires intérieures zimbabwéennes, sous quelque forme que ce soit, ne vise qu'à le débarquer et imposer la solution de rechange qui a leur faveur : Morgan Tsvangirai, le leader du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC).

Cette crainte, Mugabe l'exprimait encore le 15 septembre 2008, après la signature de l'accord jetant les bases d'un partage assez équitable du pouvoir et des portefeuilles ministériels qui s'y rattachent entre le ZANU PF, le MDC et la faction dissidente de ce parti que dirige Arthur Mutambara, suite à la difficile médiation de l'ex-président sud-africain, Thabo Mbeki. Il disait alors que, « pour que ce gouvernement d'unité puisse durer, il faut respecter le principe fondamental qui fait du Zimbabwe un Etat souverain que seul le peuple zimbabwéen doit gouverner. Aucun pays n'a le droit de décider d'un changement de régime chez nous ».

Le processus est certes bloqué, le président Robert Mugabe et le Premier ministre Morgan Tsvangirai n'arrivant toujours pas à s'accorder sur la répartition de certains ministères-clés et la gouvernance des régions. Alors qu'ils s'étaient engagés à la signature de l'accord à taire leurs divergences politiques pour consacrer leur énergie à l'essentiel, à la reconstruction économique et sociale du Zimbabwe.

Mais, dans le reste de l'Afrique qui les observe, à Dakar comme dans d'autres capitales, l'on demeure largement convaincu que la seule voie de sortie de crise qui sied au Zimbabwe passe d'abord par un gouvernement d'union nationale qui préparerait une retraite honorable à Mugabe, après des élections libres et démocratiques auxquelles il y a fort peu de chance qu'il participe. C'est l'option privilégiée par l'Afrique du Sud qui s'est nettement démarquée des appels au dépôt de Mugabe. Il en est de même pour les responsables de Human Right Wath ou du Groupe des Anciens constitué par l'ex-secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, Nelson Mandela, son épouse Graça Machel, le président Jimmy Carter, notamment.

Et l'Union Africaine dans tout cela ? Sans doute impatient de voir la médiation de la SADCC évoluer dans un sens qui lui confère l'essentiel du pouvoir, Morgan Tsvangirai voudrait que le dossier Zimbabwe lui soit transféré. Mais le désaveu des négociateurs de l'Afrique australe risquerait de semer la division au sein de l'UA et de plomber les acquis engrangés à ce stade de la médiation pilotée par l'Afrique du Sud. L'UA doit soutenir les efforts de la SADCC et non être poussée à se substituer à elle.

Il reste évident que l'Union Africaine ne saurait faire mieux que la communauté régionale à laquelle appartient le Zimbabwe, cette ligne de front qui a le plus intérêt à ce qu'il sorte de l'impasse. Des tiraillements africains sur la question zimbabwéenne, signe de l'incapacité totale de tout un continent à lui apporter une solution viable, par elle-même, serait la porte ouverte à une intervention occidentale musclée. A un nouveau risque d'embrasement et de guerre civile à l'irakienne dont le continent se passerait bien...

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