Lobservateur
21 Décembre 2008
Ainsi donc, le général-président du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), qui ne prenait pas part au dialogue entre pouvoir, opposition, société civile et mouvements rebelles pour sortir la Centrafrique des rébellions, exactions, et de l'instabilité politique chronique, auxquelles elle est en proie depuis des années, a finalement assisté aux travaux de clôture de ces pourparlers.
Quel ralliement inespéré, pour ne pas dire quelle caution de taille ! une caution de taille, car sa non-participation au dialogue faisait peser une lourde hypothèque sur ses résultats. Comme Miskine était à Tripoli alors même que se déroulait le dialogue, on en était venu à se demander à quel jeu trouble jouait le Guide en Centrafrique, mais le communiqué de presse du FDPC ayant laissé entendre depuis que c'est, entre autres, à la demande de la "Joumhouria libyenne" et de la CEN-SAD, donc encore de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine qu'il se joint aux travaux...
Toujours est-il que les parties prenantes au dialogue sont tombés d'accord sur la formation d'un gouvernement d'union, finalement présidé par Bozizé et censé diriger le pays jusqu'à une élection présidentielle en 2010. Les questions que tout le monde se pose à présent, c'est : est-ce que cela restaurera la stabilité politico-institutionnelle du pays ?
Est-ce que cela améliorera la situation, très critiques, des populations, les malades ne pouvant accéder aux hôpitaux et dispensaires, des milliers d'étudiants aller au cours, des maîtres et professeurs dont la chaire se trouve à Bozoum,Bcocaranga, Koui, Nyaundaye ou Ndim refusant de s'y rendre de peur de perdre la vie et de mettre en danger leur famille, insécurité oblige, sans même parler des morts, viols, blessures, saccages et incendies des maisons ainsi que de l'impossibilité pour bon nombre d'agriculteurs de cultiver (ou de pêcher) et de vendre leurs produits ?
D'autant plus que, jusque-là, dit-on, beaucoup considéraient (et considèrent encore ?) le recours aux armes comme l'ultime moyen de mettre fin à la crise et s'y préparaient. D'ailleurs, pour un dialogue, dit inclusif pis est, l'esprit n'y était pas du tout : refus initial du trouble-fête ou trouble-paix en chef du moment d'y assister, volonté de certains partis de l'opposition de transformer le dialogue en assemblée constitutionnelle ou constituante ad hoc (allez savoir comment les juristes appellent ça) ayant compétence pour démettre le président Bozizé et former un gouvernement de transition qui préparera la présidentielle de 2010, opposition catégorique de l'entourage du chef de l'Etat à la moindre concession..., bref, les ingrédients n'ont pas manqué, tant les positions étaient distantes au départ, pour que, à l'instar du Forum de réconciliation nationale présidée par l'actuel Archevêque Séraphin Rouamba, le dialogue inclusif en Centrafrique échoue avant même d'avoir commencé.
C'est pourquoi cette fois-ci, il vaut peut-être mieux, notamment pour les Centrafricains, que les fruits de leur dialogue inclusif n'en tiennent pas la promesse des fleurs. Autre difficulté, et pas des moindres, à surmonter pour un retour de la paix en Oubangui-Chari : l'attitude de la communauté internationale. Ainsi, en faisant organiser les états généraux des forces armées à part (c'était en début d'année), les bailleurs de fonds n'ont-ils pas vidé le dialogue national de son contenu sécuritaire, substantiel ?
Plus généralement, certains analystes lui reprochent d'être disposée à renoncer à la réconciliation nationale en échange d'un simple désarmement, ce qui encouragerait des nouvelles insurrections du fait de l'accord, sans contreparties souligne-t-on, de concessions aux chefs de guerre pour peu qu'ils soient ultérieurement prêts à réinvestir le champ de la légalité. N'est-ce pas vrai, Président Jean-Jacques Démafouth de l'Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) ?
Toujours à propos justement de la communauté internationale, des observateurs font remarquer que la décision que le Conseil de sécurité des Nations unies doit prendre en décembre relative à la relève de l'actuelle Force européenne déployée au Tchad et dans le nord-est de la Centrafrique (Eurofor RCA/Tchad) revêtira une importance capitale, puisque l'accalmie sécuritaire prévalant aujourd'hui dans le nord du pays en dépend.
La communauté internationale doit donc, à leurs yeux, maintenir la Mission des Nations unies en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) ou harmoniser et coordonner son retrait avec le renforcement conséquent de la Force régionale de maintien de la paix, Micopax.
C'est dire qu'actuellement, la Centrafricaine fait face à une situation interne, très préoccupante, à une incertitude internationale majeure, et il n'est pas sûr que le dialogue inclusif suffise à y remédier. Mais, comme chaque millier de kilomètres a ses premiers pas, nous enseigne le livre rouge de Mao...
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