L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: ZANU-PF : Congrès sur un cimetière

H. Marie Ouédraogo

21 Décembre 2008


« Le Zimbabwe m'appartient. Je ne me rendrai jamais », a clamé le pugnace Robert Mugabe en réponse aux appels internationaux à sa démission. Un ton impérial, que le président de droit divin n'a pas manqué d'employer pour s'adresser à ses fidèles sujets, réunis ce week-end dans la ville minière de Bindura. Son parti, la ZANU-PF (Zimbabwe African National Union-Patriotic Front), y tenait son congrès annuel autour du slogan « restons unis pour soutenir le parti de la révolution ».

Un thème ô combien d'actualité pour le vieux, vu les difficultés que traverse le camp présidentiel depuis le fiasco aux élections générales de mars dernier, qui ont porté l'opposition de Morgan Tsvangirai au premier plan. Au point de contraindre le dictateur, réélu par la force et en dépit de toute logique démocratique, à négocier, honte suprême, l'accord de partage du pouvoir, signé le 15 septembre dernier.

« Restons donc unis pour que je puisse jouir en toute quiétude de mon bien, et pour que vous, mes fidèles serviteurs, vous puissiez aussi en tirer quelque profit », aurait pu dire le dictateur. A 84 ans, dont 28 au pouvoir, il est clair que, pour rien au monde, Robert Mugabe ne lâchera l'affaire, persuadé qu'il est d'avoir tous les droits sur son pays, à l'instar d'un certain Roi Soleil qui, des siècles avant lui, affirmait tout aussi péremptoirement : « L'Etat, c'est moi ». Ce week-end donc, les barons du régime se sont réunis autour du héros de l'indépendance dans le but bien compris de régler les problèmes pendants.

Or des difficultés, le Zimbabwe en a à revendre, lui qui fait face à la famine, à un chômage endémique, doublé d'une inflation qui a, depuis longtemps, crevé tous les plafonds, atteignant le pic faramineux des 231 millions pour cent, et, last but not least, au choléra, qui y a fait plus de 1100 morts. Rien, absolument rien ne va plus au Zimbabwe. Mais sa majesté de droit divin Mugabe 1er n'en a cure, lui qui, il y a peu, affirmait que l'épidémie était sous contrôle, alors qu'elle franchissait sans peine les frontières du pays, faisant peser la sinistre menace sur le reste de la région.

Malgré la tenue de ce congrès dit de l'unité, c'est un parti en crise, dirigé par un dictateur mégalomane et en proie à des divisions internes, qui doit maintenant faire face à la longue litanie des malheurs d'un pays qui, il y a encore quelques années, pouvait se vanter de sa prospérité. Pour Sean McCormack, porte-parole du département d'Etat américain, la dernière déclaration du vieux Bob synthétise, de façon très concise, ce qui est à la racine des problèmes du Zimbabwe.

Devenu, pour plus d'un observateur, la source première des nombreux maux dont souffre son pays, Robert Mugabe n'a qu'une idée en tête : se maintenir coûte que coûte au pouvoir. Et peu importent les ravages de la misère et de la maladie sur les populations, devenues exsangues à force de privations. Et si, officiellement, la succession n'était pas à l'ordre du jour de ce congrès, quelques caciques, parmi les plus hardis, lorgneraient le fauteuil présidentiel. Ce sont là des choses qui arrivent, même dans les régimes les plus autocratiques. Et le Zimbabwe de Robert Mugabe ne fait pas exception à la règle.

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