La Tribune (Algiers)

Algérie: Zone grise

Youcef Salami

22 Décembre 2008


L'intervention, hier du gouverneur de la Banque d'Algérie devant les établissements financiers publics était très attendue. Mohamed Laksaci s'est essayé de nouveau à un exercice difficile au sujet de la crise financière mondiale et de ses effets sur l'économienationale.

Il est appelé à rassurer tout le monde, investisseurs nationaux et étrangers, ménages, entreprises... Il a eu à en parler et à foison devant le Parlement, il y a quelques mois, au début de la crise des crédits hypothécaires née aux Etats-Unis.

A l'APN, le patron de l'autorité financière et monétaire s'est voulu rassurant, en notant que l'Algérie «n'est pas concernée» par les conséquences de cette crise qui s'abat sur le monde de la finance. Mohamed Laksaci, donnait, en fait, lecture d'une note de conjoncture faite d'indices

positifs sur l'évolution de l'économie nationale dans son ensemble. Dans la foulée, il a évoqué la crise mondiale. Il a avancé, entre autres, que l'Algérie s'est acquittée de la dette extérieure et qu'elle a du cash-flow.

C'est un atout en ces temps de crise. A-t-il convaincu pour autant ? Aux dires de beaucoup, le gouverneur de la Banque d'Algérie voulait enjoliver, brosser un tableau idyllique d'un pays en marche.

N'en faisait-il pas trop ? Il est vrai que l'Algérie dispose d'une économie qui n'est pas intégrée à l'économie mondiale et qu'elle n'a pas de marché boursier. Et, conséquemment, les effets de la crise dont il s'agit seraient minimes, du moins dans l'immédiat, sur l'équilibre de l'économie nationale.

Cependant, sur le moyen et le long terme, des effets néfastes ne seraient pas à exclure, si la chute des cours du pétrole se poursuivait. Un budget de l'Etat élaboré sur la base d'un baril de pétrole à trente-sept dollars, c'est de l'optimisme démesuré, disent certains. Dans les propos de Laksaci, il y a comme une zone grise. Une sorte de vérité tronquée ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le gouverneur de la Banque d'Algérie est dans «son rôle», il n'a pas à se montrer «alarmiste», pourraient dire les plus optimistes. Une opinion qui a du sens, parce que les patrons de la Fed et de la Banque centrale européenne, concernées directement par ce qui se passe sur les marchés financiers, n'ont pas fait mieux.

Et en privé, ils en expliquent la raison : ne pas faire perdre de confiance aux marchés. Le patron de l'autorité financière et monétaire s'inscrit en réalité dans une logique qu'il pense cohérente et qui cadre avec le discours du gouvernement.

Ahmed Ouyahia, le Premier ministre, devant les députés, à la faveur des débats autour du plan d'action de son gouvernement, a souligné que le pays est à l'abri des retombées de la crise et que ce n'est pas la chute des prix du pétrole qui pose problème mais l'épuisement de cette matière.

Il a dévoilé les contours d'un programme de cent cinquante milliards de dollars étalé sur cinq années. Un pays qui s'offre pareil plan renvoie l'image d'un pays sûr de ses revenus. C'est aussi un pays qui ne risque pas le défaut de paiement.

C'est un atout qui vaut son pesant d'or en ces temps de crise. Crise ou pas, l'Algérie doit, cependant, et c'est un impératif, passer d'un plan de relance par la demande, rendu possible grâce à une embellie financière suite à la bonne tenue des marchés pétroliers, à un plan de relance par l'offre à travers la démultiplication des revenus du pays hors hydrocarbures. C'est le souhait de tous les acteurs économiques.

Des pays pétroliers ont réussi, en mettant à profit leur économie pétrolière, à asseoir une économie diversifiée, soutenue, tournée vers l'exportation.

Si, demain, les gisements pétrolifères ou gaziers qu'ils recèlent se mettaient à décliner, il n'y aurait pas péril en la demeure.

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