R.s.
22 Décembre 2008
Le Conseil des ministres qui s'est tenu vendredi sous la présidence du Chef de l'Etat a arrêté un certain nombre de décisions et d'orientations en ce qui concerne les quatre grands axes du secteur primaire de notre économie : secteur qui constitue la base de notre sécurité alimentaire et une composante essentielle de notre politique de souveraineté nationale. Ces grands axes sont les grandes cultures, l'élevage, l'oléiculture et la pêche.
Il faut rappeler dès à présent que ces dernières mesures viennent s'inscrire dans une politique de mobilisation renouvelée des moyens de production dans un contexte de crise alimentaire mondiale qui, même si elle a baissé d'intensité, même si elle a été plus ou moins éclipsée par la crise financière qui secoue en ce moment les économies des différents pays de la planète, demeure d'actualité quant à ses causes profondes.
Il est digne de remarquer que notre pays, au moment même où les dernières pluies marquent une embellie dans la configuration de la saison agricole en général, et céréalière en particulier, ne relâche pas sa vigilance, bien au contraire, quant à la nécessité de mener avec succès la bataille, tant de la quantité que de la qualité, dans le domaine de sa production agroalimentaire.
Une bataille qui, bien entendu, a des retombées directes sur le niveau de vie et les revenus de cette catégorie de la population que sont les exploitants agricoles et les pêcheurs, conformément aux engagements pris par le Président de la République dans son programme électoral, lesquels engagements restent plus que jamais une référence en matière de gestion du dossier agricole.
D'autant plus que, de façon paradoxale, mais somme toute logique du point de vue des lois du marché, le contexte de crise alimentaire crée de nouvelles opportunités pour les producteurs, et en particulier pour ceux qui parviennent à s'insérer dans les circuits de distribution étrangers.
En matière d'augmentation de la production, le Conseil des ministres a arrêté les décisions suivantes. Tout d'abord, dans le domaine des grandes cultures, doter la vulgarisation agricole, c'est-à-dire l'accompagnement technique des céréaliculteurs, de nouvelles conditions dans l'exercice de sa mission sur le terrain, à travers une structure unifiée qu'est l'Institut national des grandes cultures et, surtout, d'un encadrement de nature à organiser et redynamiser ses interventions sur le terrain autour d'objectifs clairs.
Qu'il s'agisse de production de blé, d'orge, d'avoine ou encore de légumineuses, les marges demeurent importantes en vue de hisser les niveaux de rendement à des seuils supérieurs. Le paquet technologique existe pour y arriver.
Mais faire parvenir ce paquet technologique à l'exploitant spécialisé dans les grandes cultures, à travers la diversité de ses profils psychologiques et intellectuels, de telle sorte que cela se traduise effectivement par des gains de production substantiels, c'est le travail propre de la vulgarisation, qui doit pour cela disposer d'un outil pédagogique pertinent et performant. Or cela va de pair avec l'existence d'un bon encadrement au profit des agents vulgarisateurs eux-mêmes.
Une deuxième mesure relative aux grandes cultures concerne la création de groupements de céréaliculteurs. Ces groupements permettent aux exploitants d'échanger et de confronter leurs expériences au sein d'une structure constituée, laquelle sert aussi de base pour la collecte et la valorisation d'informations techniques utiles.
La loi qui régit les groupements agricoles prévoit que les adhérents puissent même faire appel à des compétences nationales ou étrangères pour apporter des réponses à des questions qui se posent concernant tel ou tel aspect de leur activité, en l'occurrence céréalière.
Des groupements existent aujourd'hui: il s'agit cependant d'en augmenter le nombre, de sorte qu'ils deviennent un élément prépondérant du secteur de la céréaliculture, et un indicateur de son dynamisme propre ainsi que de sa capacité à suivre de façon spontanée les évolutions techniques qui le concernent.
Dans le domaine de l'élevage, où se pose actuellement un problème d'insuffisance des ressources fourragères, le Conseil des ministres a pris des dispositions afin que les superficies cultivées soient élargies.
Une mesure d'autant plus importante qu'elle préserve les conditions de rentabilité d'une activité synonyme d'autosuffisance en matière de production de lait et de viande, mais aussi de sources de revenus pour une très large portion de la population rurale.
Réduire la pénurie des fourrages, c'est ramener aussi leurs prix sur le marché à des niveaux qui redonnent au petit élevage tout son attrait pour de nombreuses familles qui en ont fait un de leurs moyens de subsistance, à travers les campagnes et les villages du pays.
S'agissant de l'oléiculture, qui constitue une des grandes spécificités de notre agriculture,comme chacun sait, il s'agit de veiller à la régénération des oliveraies, dont la production peut connaître des baisses importantes de production en raison du vieillissement des arbres : la sénescence.
La mesure prise lors du Conseil des ministres vise à encourager les exploitants à procéder au remplacement des vieux arbres par de jeunes plants, à travers l'extension de la prime d'acquisition accordée aux oléiculteurs qui souhaitent faire pousser des variétés spécifiquement tunisiennes.
Dans le domaine de la pêche, la bataille de la production a pris depuis plusieurs années une double orientation, qui a été à la fois confirmée et précisée lors du dernier Conseil des ministres: veiller de façon toujours plus scrupuleuse à faire respecter le repos biologique dans les zones où les conditions de régénération des ressources halieutiques ne sont plus assurées et, d'un autre côté, encourager et développer une pêche alternative, une pêche qui est en même temps élevage de poissons et autres produits de la mer, et non pas simple ponction dans des réserves maritimes déjà surexploitées.
Plusieurs décisions ont été prises dans ce domaine: prolongation du repos biologique de trois mois dans les zones de pêche menacées, renforcement de la lutte contre la pêche à la senne et le chalutage et, par ailleurs, mise en place d'une stratégie complémentaire destinée à renforcer les mesures déjà existantes en matière d'encouragement des projets piscicoles, en particulier ceux qui recourent à la technique des cages flottantes en mer, qui sont des techniques moins coûteuses que celles qui engagent la construction de bassins sur terre.
De tels projets, en plus, sont encouragés sous la forme de partenariats avec des promoteurs de pays frères, devant s'installer sur les côtes de leur pays.
Cette démarche, à la fois de préservation des ressources en mer et de diversification des moyens de production dans le domaine de la pêche, est assortie de mesures au profit de la profession.
Le Conseil des ministres a prévu une majoration de la prime de compensation sur les hydrocarbures, ainsi que de nouvelles mesures en vue de préparer une couverture sociale unifiée pour les pêcheurs.
S'agissant du volet de la qualité, qui revêt une dimension stratégique du point de vue de la compétitivité de notre agriculture, il faut signaler que la réorganisation de la vulgarisation agricole en constitue une des assises : il ne s'agit pas seulement d'indiquer les voies permettant de produire plus, mais aussi celles qui permettent de produire mieux et dans le respect des normes de qualité. Dans le domaine des grandes cultures, la même remarque s'applique aux groupements de céréaliers.
Mais, de façon plus spécifique, le Conseil des ministres a décidé d'instaurer, dans le domaine de l'élevage, une prime à la qualité liée à des spécifications contenues dans un cahier des charges.
Une certification sanitaire va s'appliquer, en aval, aux centres de collecte de lait, ainsi qu'aux unités de transformation.
La mise en application de ces deux mesures a été fixée à une échéance précise, et devrait marquer une étape nouvelle dans la politique de qualité du secteur laitier : fin 2009.
Enfin, pour ce qui est de l'oléiculture, on relèvera la décision du Conseil des ministres de créer pour l'huile tunisienne des labels de qualité, de nature à améliorer son image de marque comme produit typiquement tunisien et de hisser aussi les marges de gain pour la commercialisation à l'étranger de ce produit noble à des paliers nettement plus élevés que ceux qui existent en général à ce jour.
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