Laure Ngatsing Tchuente Et Christian Tchapmi
23 Décembre 2008
La ville de Yaoundé a abrité du 10 au 20 décembre la première édition des Jeux nationaux du Cameroun. La région du Centre a largement dominé cette compétition.
Une domination sur tous les fronts
Les athlètes et hommes de culture de la région du Centre ne sont pas des adeptes de la règle de l'hospitalité. Ils l'ont prouvé de long en large lors de la première édition des jeux nationaux (Dixiades) clôturée samedi 20 décembre à Yaoundé. D'aucuns diraient que c'est parce que la région du Centre est la plus outillée en matière d'infrastructures sportives au Cameroun.
Les infrastructures sont-elles outils de transmission de talents sportifs et culturels ? Que non ! C'est juste que la région du Centre regorge une multitude de talents. Cent six (106), c'est le nombre de médailles que ces athlètes ont glanées aux dernières Dixiades. Ils n'avaient pas trop d'appétit pour les métaux de petite valeur. Ils remportent ainsi 64 médailles en or, 28 en argent et 14 en bronze.
La discipline qui a le plus lancé cette région c'est l'athlétisme. Elle a rapporté à elle seule 29 médailles, toutes natures confondues. Ce qui a valu la distinction de deux athlètes du Centre. Mbeumi Sandrine et Ismaëla Teila ont remporté les titres de meilleur athlète de la compétition, respectivement chez les dames et chez les messieurs, avec chacun trois médailles d'or.
Les responsables sportifs de la région du Centre ne semblent pourtant pas rassasiés. Jean Claude Atchom, encadreur d'athlétisme pour le Centre souhaite que : « les années à venir le calendrier soit publié à temps pour que nous puissions nous préparer également à temps. Aussi, il faudrait que la compétition se tienne pendant les congés de noël afin de permettre aux jeunes scolaires d'y participer également. Si ces enfants avaient été là, les jeux auraient été plus beaux. Nous aurions remporté plus de médailles ».
La suprématie de la région du Centre s'est étalée dans le domaine de la culture également. Lors du concours des différents groupes culturels, elle s'est également offerte le métal d'or, avec à la clé, une enveloppe de 200.000Fcfa.
Les secrets d'une réussite
« La magie dans le sport, c'est le travail ». Augustin Mouellé, encadreur de la sélection de basket ball dames du Centre a fait de cette phrase le leitmotiv de ses pouliches. Pour lui, le travail et la détermination sont les principaux ingrédients qui ont accompagné ses filles à la médaille d'or de cette discipline. Mais aussi, « il faut pouvoir donner le meilleur de soi et croire en la victoire à chaque fois qu'on se trouve devant l'adversaire », ajoute Metala Blandine, double médaillée d'or en lutte dames du Centre.
Et de préciser que « quels que soient les temps durs que nous avons traversés, la concentration et la volonté de gagner sont restées les maîtres mots qui nous ont guidés tout au long de cette compétition. Sans ces paramètres, nous n'en serions pas là aujourd'hui ». Pour la majorité des encadreurs, le travail, la bonne préparation des athlètes, la disponibilité du matériel, la discipline des athlètes sont autant d'éléments qui ont permis à la région du Centre de se hisser à la plus haute marche des performances. « Pour avoir livré la compétition face aux adversaires des autres régions, j'estime que nos athlètes ont plus de volonté, d'expérience et d'esprit de compétitivité. Ce sont ces atouts de plus qui ont fait toute la différence », déclare Grégoire Alain Tengue, coach de lancer.
Dans les rangs de la délégation du Centre, l'argument selon lequel cette région aurait été favorisée par rapport aux autres, du fait qu'elle abritait les jeux, est balayé du revers de la main par les responsables et les athlètes. Ils soutiennent plutôt que les raisons de cette « obésité en lauriers » résident dans la solidarité et la disponibilité des athlètes. Bien plus, « se sentir chez nous a été un facteur stimulant pour notre victoire. Malgré tous les problèmes qui ont émaillé la compétition, nous nous sommes dit : ici c'est chez nous, nous courrons devant notre public, alors, prouvons le à nos visiteurs », témoigne Jean Claude Atchom, coach de sprint.
Certains athlètes originaires des autres régions reconnaissent que la région du Centre s'est distinguée par rapport aux autres, en mettant un point d'honneur sur la discipline, l'expertise des coaches, l'esprit de groupe et la qualité du travail produit dans les différentes disciplines. « Ce n'est pas parce que nous n'avons pas pu avoir autant de médailles que nous allons nier la performance de nos adversaires. Bonne préparation, synergie, discipline et ardeur au travail sont là les « gris gris » de la région du Centre », reconnaît Sandrine Assou, capitaine de l'équipe de basket ball dames de l'Adamaoua.
Solange Ebondji, une secrétaire dans les rangs des basketteuses
Sur seulement quatre rencontres livrées, la capitaine de l'équipe de basket-ball du Centre, a inscrit soixante-dix points. Un record.
Vendredi, 19 décembre 2008, le public du stade de basket-ball de l'Institut national de la jeunesse et des sports n'avait d'yeux que pour le dossard numéro 5. Les paniers, Solange Ebondji en a mis plein la vue à l'équipe des filles de la région du Littoral, son adversaire du jour. Au total, une trentaine de points au compteur.
Une véritable reine des airs. C'est que « So'o », comme l'appelle affectueusement ses coéquipières, est avant tout « une joueuse hors du commun, une plaque tournante dans l'équipe du Centre. Avec son poste d'ailier, elle est en quelque sorte le supplément d'âme de cette jeune équipe », soutient Séphora Pokam, sa coéquipière. D'ailleurs, « C'est grâce à elle que nous avions massacré tous nos adversaires. Technique, expérience et volonté rythment son jeu. Elle sait ce qu'on attend d'elle, elle le fait à ravir et le résultat ne peut qu'en être satisfaisant », reconnaît Augustin Mouellé, son coach.
Toutes ses coéquipières ne parlent que du bien d'elle. Même si cette dernière pense sincèrement que certaines ont encore du chemin à faire. « Ce n'est pas toujours facile de se rencontrer dans une même équipe, de jouer avec des filles qui ont été jadis vos adversaires, qui n'ont même pas l'expérience que vous avez, et de vous en sortir haut la main », explique-t-elle. Comme pour dire que dans les sept victoires remportées en sept matches joués, elle y est pour beaucoup. Solange ne se prend pas la tête. « Elle est juste franche, elle a de l'expérience et c'est une vrai rassembleuse », témoigne une coéquipière.
Et pourtant, lorsqu'elle n'est pas dans les parquets, l'ailier de Béac basket-ball de Yaoundé depuis l'an 2000, affiche plutôt l'air timide, un tempérament contenu, une mine de « petite fille bien sage ». Bonne blagueuse par moments, c'est la soif de jouer qui guide ses pas vers la victoire.
A seulement vingt et un an pour 1m 80, Solange Ebondji, en dehors de son amour pour la balle orange a aussi un faible pour le secrétariat bureautique. D'ailleurs, elle suit une formation en première année dans un institut de Yaoundé. En plus, elle caresse le rêve de faire plutôt carrière dans le secrétariat parce que « au Cameroun, le sportif n'a pas la place qu'il mérite. Il n'a aucun suivi, aucune motivation etc. Le métier ne nourrit vraiment pas son homme », regrette-t-elle.
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