23 Décembre 2008
Kinshasa — La Banque centrale du Congo entrevoit de mettre en circulation des billets à valeur faciale élevée - coupures de 1.000 à 20.000 Fc - et cela, avant fin premier semestre 2009. Si cette information se confirmait, il serait alors important de nous interroger sur l'opportunité d'une telle opération dans le contexte actuel de l'économie congolaise, d'autant plus que les avis restent partager. Qu'en est-il au juste ?
Comme ce fut le cas au cours de la décennie 1990, la mise en circulation répétée des billets à valeur nominale élevée n'a pas cessé de hanter et surtout de tenter l'autorité monétaire congolaise. L'institut d'émission a toujours tenté, depuis 2003, de mettre en circulation les billets à valeur faciale élevée mais l'environnement macroéconomique instable a toujours constitué un obstacle majeur dans la matérialisation de ladite opération. Si tel est le cas, pouvons dire qu'actuellement l'environnement économique permet-il l'effectivité de l'opération ?
Un environnement macroéconomique inapproprié.
Depuis un certain temps, des rumeurs courent au sein de l'institut d'émission, selon lesquelles la Banque centrale du Congo envisagerait, dans les prochains jours, de mettre en circulation de nouvelles coupures de 1.000 Fc, 5.000 Fc, 10.000 Fc et 20.000 Fc. Au plan économique, la Banque centrale, par sa voix la plus autorisée, justifie l'émission et la mise en circulation de ces signes monétaires, par la réforme de la structure de la circulation fiduciaire du fait de l'accentuation du phénomène de dollarisation, de l'expansion de la croissance économique et de l'accroissement de la demande de la monnaie.
A cette argumentation, nous pouvons y ajouter deux autres raisons qui furent avancées lors de la première tentative de la mise en circulation des billets à valeur faciale élevés en 2004 : la nécessité d'adapter les signes monétaires à l'évolution des prix de la monnaie nationale par rapport à la valeur de la devise américaine, l'impératif de rendre commode des transactions et le souci de rationnaliser les coûts d'impression des billets.
Bien que l'argument avancé par la Banque centrale du Congo parait économiquement soutenable, il convient toutefois de nous interroger si le contexte macroéconomique actuel permet de rendre envisageable une telle opération. Il nous semble que l'opération de mise en circulation des billets à valeur faciale élevée n'est envisageable que dans un contexte de stabilité économique garantie et durable sinon, l'on exposerait l'économie congolaise à un « tourbillon inflationniste » et hyper « dépréciationniste » comme ce fut le cas au cours de la décennie 1990 avec la mise en circulation de billets de 200.000 NZ, 500.000 NZ, 1.000.000 NZ et 5.000.000NZ, ayant entraîné la paupérisation de la population congolaise. Serait-il approprié d'envisager cette opération actuellement ? Qu'en est-il au juste de l'environnement macroéconomique actuel ?
Nous savons que depuis le début de l'année en cours, nous vivons dans une phase de surchauffe des prix et du taux de change, résultant non seulement de la crise énergétique, alimentaire et financière actuelle que des facteurs internes due à une gestion financière laxiste. En effet, l'inflation a clôturée l'année 2007 avec un taux de 9,9%. Depuis le début de l'année 2008, nous sommes en train dans une phase caractérisée par la recrudescence des tensions inflations et la dépréciation du franc congolais par rapport aux principales devises de référence.
Ainsi, entre fin décembre 2007 au 19 décembre 2008, le franc congolais a enregistré une forte dépréciation de -16,46% passant de 502,99 francs congolais le dollar à 602,5429 francs congolais le dollar, ce qui revient à dire qu'un bien importé qui coûtait 502,99 francs congolais à fin décembre 2007, coûte actuellement 602,5429 francs congolais.
De même, l'inflation passe de 9,9 % à plus 21,12 % à fin septembre 2008 et se situe actuellement à plus de 28%, ceci veut dire que pour acquérir un bien qui valait 10.000 Fc en décembre 2007, le même bien revient aujourd'hui à 12.800 francs congolais. Bien que les facteurs exogènes soient cités comme ayant renforcés les déséquilibres macroéconomiques actuels (avec la crise financières et la chute libre des prix de principaux produits d'exportation), le laxisme dans la gestion des finances publiques et monétaires restent le seul facteur-clé dans la détérioration de l'environnement économique congolais au cours de ce dernier mois de l'année 2008.
D'un excédent cumulé des finances publiques évalué à 33 442,0 millions de francs congolais au 5 octobre, nous sommes passés à plus de 35.500 millions de francs congolais de déficits à fin novembre 2008, ce déficit fait suite surtout aux événements de l'Est du pays et aux effets de la crise financière internationale entraînant la chute de principaux cours des matières premières d'exportation.
De ce qui précède, hormis les effets de la crise actuelle et de la récession de l'économie mondiale, le canal de transmission le plus régulier de l'inflation au Congo-Kinshasa a fortement joué dans la détérioration de l'environnement économique actuel. En effet, les déséquilibres macroéconomiques à la base de l'inflation et de la dépréciation de la monnaie nationale au Congo- Kinshasa passe généralement par la relation entre la masse monétaire via la base monétaire pour se répercuter sur le niveau général des prix avec le taux de change comme force de rappel selon la séquence suivante : tout part du financement monétaire du déficit public qui occasionne un accroissement de la base monétaire tout en augmentant les moyens de paiement dans l'économie.
Ce surplus de liquidité injectée dans une économie sans qu'il y ait une production proportionnelle correspondante exerce une pression sur demande des devises avec une offre quasi rigide et conduit à une dépréciation du taux de change de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères et une poussée à la hausse du niveau général des prix. Le marché de change développant en premier la tendance à la dépréciation, celui des biens et services venant valider celle-ci. Risque d'inflation
L'annonce de la mise en circulation des billets à valeur faciale élevée a toujours suscité un débat au sein de l'opinion publique pour qui ceux-ci ont toujours été inflationnistes. Ils estiment que chaque fois qu'une nouvelle coupure à valeur faciale élevée est injectée dans l'économie, il s'en suit une hausse immédiate des prix sur les marchés des biens et services, et une dépréciation du taux de change de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères. Est-il vrai que ces billets sont source d'inflation ?
La réponse est non. Théoriquement, la hausse des prix, mieux l'inflation vient du fait que l'injection de nouvelles coupures à valeur faciale élevée occasionne un accroissement de la masse monétaire sans une contrepartie en termes de production nationale, créant ainsi un déséquilibre au sein de l'économie. Déséquilibre qui se trouve corrigé par le mécanisme d'ajustement à la hausse des prix et une dépréciation de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères.
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