Nord-Sud (Abidjan)

Mali: ATT veut en finir avec la rébellion touareg

Nomel Essis

23 Décembre 2008


L'attaque samedi par les rebelles touaregs a fait 9 morts dans les rangs de l'armée malienne. Pour le président Amadou Toumani Touré, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Exaspération. «Trop, c'est trop! Nous ne pouvons pas continuer à subir. Nous ne pouvons continuer à compter nos morts». L'embuscade des rebelles touaregs samedi contre l'armée malienne dans la localité de Nampala, a fait sortir le président Amadou Toumani Touré (ATT) de ses gonds.

L'affrontement, selon le ministère de la Défense, a fait 9 morts et 12 blessés dans les rangs de l'armée régulière et 11 morts du côté des assaillants. Cette attaque a été revendiquée par les hommes d'un des chefs rebelles, Ibrahim Ag Bahanga réfugié depuis octobre à Tripoli. Le discours du locataire du palais de Koulouba tenu dimanche à Kayes, marque un tournant dans le bras de fer qui oppose Bamako aux «hommes bleus du désert».

Ayant toujours prôné le dialogue depuis l'attaque le 23 mai 2006, de deux garnisons à Kidal, par des mutins d'ethnie touareg, ATT laisse entrevoir un changement de stratégie après l'attaque de samedi. Contre les durs de son armée, contre son opinion appelant ouvertement à éliminer la rébellion par la force, le président malien, a, jusque là, opté pour la négociation en vue de résoudre la crise.

Son discours au lendemain de l'attaque de Nampala, une localité située à 500 Km de Bamako à la frontière mauritanienne, fait croire à un durcissement de sa position. Il faut s'attendre sur le terrain, à une armée malienne plus offensive. A en croire un de ses proches, bien qu'appelant à respecter l'accord de paix signé à Alger, il n'est pas exclu que l'auteur du putsch du 26 mars 1991 change de position. «Mais cet accord n'a jamais demandé au Mali de rester les bras croisés et de laisser des groupes de rebelles attaquer l'armée nationale», a fait remarquer cette source.

«Nous ne pouvons pas continuer à ne chercher que la paix», a-t-il prévenu. Pour ATT, les rebelles qu'il qualifie de «bandes isolées au sein de la communauté touareg», n'ont en réalité aucune revendication identitaire. Il en veut pour preuve 4 soldats touaregs tués au cours de l'attaque de Nampala. Ce qui à ses yeux, enlève tout crédit à la marginalisation de ce peuple du désert évoquée par les rebelles pour justifier leurs attaques contre le pouvoir de Bamako. Un des proches du chef rebelle Ag Bahanga lie l'attaque de Niampala au "le double jeu"des autorités maliennes. «En dépit des déclarations d'Amadou Toumani Touré, on assiste depuis septembre à un rejet du dialogue par le pouvoir malien.

Aucun effort n'est fait pour revenir à la table des négociations, au contraire, des milliers de militaires occupent le Nord du Mali», se défend le porte-parole de l'Alliance du Nord pour le changement, Hama Ag Sid'Hamed interrogé par une radio internationale. «Nous n'avons jamais quitté cette table, bien au contraire», rétorque un officiel. Avec la mort samedi de 9 soldats de l'armée malienne tués par une attaque des rebelles, de nombreux observateurs s'interrogent si ATT pourra résister encore longtemps à tous ceux qui lui demandent d'utiliser la méthode forte face aux «sauvages du désert».

Le Mali, depuis son indépendance en 1960, fait face à l'irrédentisme touareg que les différents locataires du palais de Koulouba ont tenté de résoudre chacun avec sa méthode. La première révolte qui éclate en 1963 est matée et le Nord-Mali est placée sous administration militaire par le président Modibo Keïta. Quand le monstre se réveille en 1991 cette fois-ci sous la conduite de plusieurs mouvements rebelles en fonction de l'appartenance tribale, le colonel Amadou Toumani Touré sollicite la médiation de l'Algérie.

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Un accord de paix est signé le 11 avril 1992 sans pour autant mettre fin aux attaques des groupes rebelles contre les biens et les personnes s'aventurant dans le septentrion malien. Le nouveau président Alpha Oumar Konaré obtient le désarmement des insurgés et le 27 mars 1996, la Flamme de la paix, organisée à Tombouctou met officiellement fin à la deuxième révolte touareg.

Mais le 23 mai 2006, la troisième rébellion apparait au grand jour avec l'attaque des garnisons de Kidal et de Ménaka. Les insurgés conduits par un quatuor d'officiers déserteurs de l'armée malienne: Iyad Ag Ghali et son lieutenant de toujours Ahmed Ag Beiba, Ibrahim Ag Bahanga et Hassan Fagaga (tué récemment), revendiquent un statut particulier pour la région de Kidal. «L'éternelle oubliée du développement» selon eux.

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