Augustin Kouyo
24 Décembre 2008
L'Afrique de l'ouest est confrontée à un déficit infrastructurel en matière de transport. Le plan d'actions proposé par le président Gbagbo et adopté le vendredi 19 décembre à Abuja par la 35ème conférence ordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement de la communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) vise à corriger cette carence.
«D'aucuns disent que la route du développement passe par le développement de la route, il est plus juste de dire que la route du développement passe tout simplement par le développement des transports dans leur globalité».
Telle est la brillante conclusion du président Laurent Gbagbo à l'issue de la présentation «du plan d'actions relatif aux infrastructures et services de transport», lors du huis clos de la 35ème conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) qui s'est tenue, le vendredi 19 décembre 2008 à Abuja, capitale fédérale du Nigeria.
Un an plus tôt, le chef de l'Etat ivoirien avait été chargé par ses pairs de la CEDEAO de proposer des solutions aux difficultés inextricables de transport dans l'espace ouest-africain.
Naturellement, l'état des lieux fait par le président Gbagbo en terme de développement des infrastructures et des services de transport n'est pas reluisant.
L'état des lieux
En effet, a indiqué Laurent Gbagbo, «bien que 97% du réseau routier inter-Etat soient bitumés, nos routes se trouvent aujourd'hui dans un état de délabrement avancé, ce qui est à l'origine de nombreux accidents».
Le chef de l'Etat ivoirien a ajouté qu'au mauvais état des routes, viennent se greffer «les contrôles intempestifs qui occasionnent le rallongement des temps de parcours et des piétinements extra légaux s'y ajoutent pour renchérir les produits mis à la consommation».
Il a rappelé une étude récente de la Banque mondiale qui situe entre 35 à 40% la part du transport dans le prix des produits de consommation.
«Le réseau ferroviaire est quant à lui vétuste et inadapté aux besoins du transport moderne par rail», a fait remarquer le président Gbagbo.
Parlant du transport aérien, il a dénoncé son manque de capacité en termes de sièges offerts et sa mauvaise organisation qui transforme en calvaire pour les voyageurs les déplacements entre deux capitales de la sous-région. «Les vols sont inutilement longs et souvent annulés à la dernière minute au grand dam des usagers», a-t-il déploré.
Pire, selon Laurent Gbagbo, les avions sont souvent d'un âge avancé et constituent un réel danger pour tous. «Tout cela a une incidence sur les tarifs pratiqués qui sont hors de portée du plus grand nombre», a-t-il reconnu.
Le diagnostic du président Gbagbo concernant le transport maritime est sans appel. «Le transport maritime lui est tout simplement inexistant depuis la disparition des armements nationaux.
Le transport maritime en Afrique de l'ouest est dominé par les armements étrangers. Ce qui n'est pas forcément dans l'intérêt de nos économies», a-t-il fait savoir.
C'est pour résoudre tous ces problèmes que le président Gbagbo a demandé aux commissions de la CEDEAO et de l'UEMOA de lui soumettre un plan d'actions consolidé. C'est ce plan qu'il a soumis à ses pairs lors du sommet d'Abuja le vendredi dernier.
Il s'agit d'un plan qui propose une série de solutions aux problèmes que rencontre le transport dans l'espace CEDEAO.
L'idée directrice, c'est d'abord de réaliser, en priorité, l'interconnexion de l'existant pour faciliter les déplacements. Cela donne, en matière de transport routier, la mise en place de deux réseaux routiers principaux.
Il s'agit d'une part de la Trans-côtière (Lagos-Nouakchott) subdivisée en Trans-côtière-sud (Lagos-Abidjan) et Trans-côtière-ouest (Abidjan-Nouakchott).
Les solutions proposées
Et d'autre part, du Trans-sahélien (Dakar-Ndjamena).
En matière de transport aérien, l'interconnexion devrait se traduire par la création d'un marché commun dans l'espace CEDEAO. Cela implique un droit de cabotage, la coordination des programmes de vol et la coopération entre les compagnies aériennes opérant dans l'espace ouest-africain.
De même, il est proposé l'interconnexion des réseaux des chemins de fer.
Mais cela ne suffira pas à créer, dans l'espace ouest-africain, les conditions optimales de transport. Parce que comme l'a dit le président Gbagbo, l'existant est souvent dans un état de délabrement avancé. D'où la nécessité de créer des structures nouvelles et/ou de réaliser de nouveaux investissements.
Ce que Kabran Appiah, ancien ministre des transports qui a travaillé sur le dossier appelle la politique des «chaînons manquants». C'est-à-dire, réaliser ce qui manque pour compléter l'existant.
Ainsi, le plan Laurent Gbagbo prévoit la création d'une compagnie maritime régionale, et d'une compagnie aérienne dans l'espace CEDEAO. Et ce n'est pas tout.
Le plan prévoit également la mise en place de deux agences régionales de la sécurité et de la sûreté de l'aviation civile et d'un centre régional de maintenance des avions.
Le tout complété par diverses études et des mesures de mise en oeuvre des réglementations en vigueur, de sessions de renforcement des capacités. Tous ces projets ont été chiffrés en plusieurs milliards de dollars qu'il faudra bien trouver quelque part.
Les sources de financement
L'argent est le nerf de la guerre, dit-on. Et les idées les plus généreuses ne valent rien du tout s'il n'y a pas d'argent pour les mettre en oeuvre.
Pour le financement de son plan d'actions sur le transport dans l'espace CEDEAO, le président Gbagbo a recommandé la tenue d'une réunion des ministres des Finances avec les institutions régionales de financement que sont la BIDC et la BOAD sous la direction de la BAD afin de proposer des solutions idoines.
Mais d'ores et déjà, les choses sont claires dans les esprits. Selon Kabran Appiah, il n'est nullement question de reproduire ce qui a échoué, c'est-à-dire, créer des sociétés sur la base des cotisations des Etats sur le modèle d'Air Afrique.
Il n'est pas non plus question de faire comme le NEPAD qui a fait des projets mirobolants en comptant sur l'argent des autres. Ici, c'est le partenariat public-privé qui est privilégié.
«Ces projets ne pourront pas être financés selon la méthode classique qui consiste à s'adresser à une banque», avoue Kabran Appiah.
L'idée originale que le président Gbagbo privilégierait serait la constitution d'un fonds d'investissement par des prélèvements opérés directement sur les richesses des pays membres de la communauté. «Ce sont des milliers de dollars en perspective», s'émerveille déjà Kabran Appiah.
La balle est désormais dans le camp des chefs d'Etat et de gouvernement de la CEDEAO qui ont le choix entre se prendre entièrement en charge et continuer de compter sur les autres avec ce que cela implique de contraintes.
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