Agence Nouakchott d'Information (Nouakchott)
24 Décembre 2008
Le National Endowment for Democracy (NED) et le National Democratic Institute (NDI) ont organisé jeudi 18 décembre dernier à Washington un débat public sur la situation en Mauritanie suite au coup d'état du 6 aout 2008. Plusieurs personnalités représentant des organisations américaines et mauritaniennes ont pris part à ce débat.
Ce fut l'occasion pour L'Ambassadeur des Etats-Unis en Mauritanie Monsieur Mark Boulware d'ouvrir la discussion par un mot dans lequel il indiqué que les Etats-Unis et le reste de la communauté internationale rejettent le coup d'état en Mauritanie et appellent a la restauration du Président démocratiquement élu, Abdallahi et au retour du régime constitutionnel en Mauritanie.
Voici dans son intégralité le discours de l'Ambassadeur :
"C'est un plaisir d'être avec vous au j o u r d ' h u i. C h a q u e Ambassadeur aime parler du pays auprès duquel il est accrédité et je ne suis pas une exception. Bien que je l'avoue j'ai pris un plus grand plaisir à discuter de la Mauritanie démocratique. Le monde a correctement pris note lorsque la Mauritanie, pour la première fois dans son histoire, a établi un gouvernement démocratique à travers des élections libres. Avides d'aider une démocratie naissante, les Etats-Unis se sont mobilisés rapidement pour augmenter leur assistance à la Mauritanie. L'USAID est revenue au pays après une absence de vingt ans, la Société du Compte du
Millénaire a commencé à planifier un accord seuil qui aurait pu mener en fin de compte à des centaines de millions de dollars en assistance, nous avons ouvert nos marchés en vertu de la Loi Africaine sur la Croissance et l'Opportunité et nous avons activement recruté des exportateurs mauritaniens. Contents d'aider les militaires de la nouvelle démocratie, les Etats Unis ont initié un programme de formation intensif et ont mis des plans pour fournir de l'équipement de grande envergure et autre soutien. Avec le coup du mois d'août, notre assistance, à l'exception de l'aide humanitaire, a été terminée.
Comme le Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi le disait fréquemment, "Si le démocratie peut réussir dans un pays pauvre, Arabo/Africain, multiethnique, et Islamique comme la Mauritanie, elle peut réussir partout. " Je demanderais, inversement, si nous sommes disposés à regarder la démocratie être étouffée en Mauritanie, où autre dans le monde pouvons nous aspirer à la voir émerger et survivre. Combien de la planète et combien de ses gens sommes-nous prêts à écrire comme "non-prêts " pour la démocratie ou " indignes " de l'effort requis pour la défendre.
Pour moi, ceux-ci sont les enjeux pour la démocratie en Mauritanie et je ne les trouve pas des enjeux insignifiants. De l'aveu général, l'histoire de la Mauritanie en coups, tentatives de coups et contre coups n'est pas une histoire encourageante mais il est important de ne pas écarter l'histoire récente. Pour la première fois dans l'histoire de la Mauritanie il y a une opposition réelle et ouverte à un coup.
Les responsables de l'Ambassade entendent à plusieurs reprises des Mauritaniens, " Maintenant que nous avons gouté la liberté nous ne pouvons pas revenir. " La condamnation de la communauté internationale a été pratiquement unanime. Conduite par l'Union Africaine, les organisations multilatérales aussi diverses que l'Union Européenne, la Ligue Arabe, l'Organisation de la Conférence Islamique, et l'Organisation Internationale de la Francophonie ont condamné le coup et appelé à un retour à l'ordre constitutionnel.
Les groupes de syndicats internationaux et des ONG se sont joints à cet appel, comme l'ont fait plusieurs pays individuels, y compris, évidemment les Etats Unis. Par conséquent, la junte qui par la force a pris la présidence n'a pas encore complètement consolidé sa prise de pouvoir. Comme l'un de nos interlocuteurs mauritaniens dit, "Ceci est la plus longue tentative de coup encore en cours dans l'histoire de la Mauritanie."
Il ya aussi ceux qui, tout en admettant que la promotion de la démocratie est importante, disent que nous devons compromettre ce principe, si seulement temporairement, afin d'engager un partenaire disposé dans la lutte contre l'extrémisme violent. Ceci est une autre question de "grands enjeux" qui mérite considération.
Dans le contexte mauritanien, certainement, Je ne vois pas notre intérêt en promouvant et défendant la démocratie comme étant en aucune façon incompatible avec la lutte contre l'extrémisme violent. Au contraire, nous voyons la démocratie comme la meilleure arme contre l'extrémisme en Mauritanie. Nous sommes très instruits de la menace posée à la Mauritanie, à la région et aux Etats-Unis par Al-Qaïda dans le Maghreb
Islamique. Nous sommes prêts à agir - même avec la junte militaire - pour combattre des menaces crédibles et spécifiques. Notre humanité commune dicte qu'on ne reste pas sans rien faire alors des innocents souffrent du mal. Néanmoins, nous devons être attentifs au fait que lorsqu'un militaire prend le pouvoir il a effectivement doublé sa mission.
Inévitablement la nouvelle mission - défendre un pouvoir politique - distrait de la vraie mission de défense du pays. Pour cette simple raison, les juntes font des partenaires très douteux pour la coopération militaire.
Le plus important cependant, c'est la réponse non militaire qui vraisemblablement sera décisive dans cette lutte. Comme nous avons exploré les voies pour aider le gouvernement de Abdallahi à traiter l'extrémisme, nous avons pris note sérieuse des études indiquant l'injustice sociale et l'impunité dont jouissent les officiels corrompus comme moteurs pour l'extrémisme. Nous notons que la répression et la torture jouent des rôles similaires, comme le font la marginalisation et la privation des droits de représentation. Le gouvernement démocratique peut aborder toutes ces questions par des voies qu'un puissant militaire ne le peut.
Finalement, en choisissant le côté de la démocratie en Mauritanie, les Etats- Unis ont reçu une réévaluation de leurs motifs en s'opposant à l'extrémisme et ont gagné un nouveau respect réticent de ceux qui étaient les plus sceptiques sur nos intentions. Comme un politicien islamiste modéré aurait dit à un autre, "Ces américains, ils ne vont tout juste pas cesser jusqu'à que nous serions obligés de les aimer."
La Mauritanie peut être petite par quelques mesures, mais il est difficile de voir comment les principes qui y sont en enjeux pourraient être plus grands. Parce qu'ils le sont, les Etats Unis continueront à être avec les autres dans la communauté internationale pour rejeter ce coup et appeler à la restauration du Président élu et le retour au régime constitutionnel en Mauritanie. Le peuple Mauritanien mérite cela et nos principes et nos intérêts tout à la fois le requièrent."
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