Propos Recueillis Par J-S Lia
26 Décembre 2008
interview
Expert en assurance et réassurance, l'ex-directeur général de CICA-RE, Maurice Kipre-Digbeu, veut mettre sa riche expérience dans le secteur au service des Ivoiriens.
Quelle est la situation de l'assurance dans l'Uemoa et en Côte d'Ivoire ?
Il faut reconnaître que globalement, au niveau de la CIMA (Conférence interafricaine sur les marchés de l'assurance, ndlr), les compagnies d'assurance connaissent quelques difficultés sur certains marchés. Il y en a, par exemple, qui n'arrivent pas à respecter les règles de fonctionnement d'une entreprise financière, notamment les ratios prudentiels. Mais tout n'est pas sombre. Il existe, malgré tout, des sociétés pour lesquelles bon nombre de clignotants sont au vert, qui fonctionnent correctement selon les règles de l'art. Il est à noter que sur le marché ivoirien, malgré la crise, le marché d'assurance a connu une progression régulière de l'ordre de 5%. Pour bon nombre de personnes qui ne sont pas très au fait des problèmes d'assurance, c'est une situation exceptionnelle. Mais, pour nous les professionnels, cette situation parait normale parce que, en temps de crise, le réflexe normal des citoyens est de rechercher la sécurité. Or, la sécurité, on la retrouve auprès des sociétés d'assurance. Et c'est ce qui justifie le regain d'activités des sociétés d'assurance pendant les périodes de crise. Toutefois, nous n'excluons pas que sur tout marché, il y a des sociétés en moins bonne santé financière. Certaines sont placées sous administration provisoire, d'autres sous surveillance rapprochée. La CIMA joue un rôle de régulateur qui permet aux sociétés d'assurance de maintenir à tout moment un niveau de solvabilité qui soit compatible avec leurs niveaux d'engagements.
C'est dans ce contexte hybride que vous créez une société d'assurance en Côte d'Ivoire. Quelle est la conviction qui vous anime ?
Nous avons pour ambition d'apporter la sérénité aux Ivoiriens après tous ces moments de crise qu'ils ont subis. C'est pourquoi cette société s'appelle simplement Serenity qui signifie «sérénité». Je disais tout à l'heure que l'assurance, c'est la sécurité. On recherche la sécurité quand on se sent menacé. Et après la sécurité, on a un peu plus de sérénité. Dans ce contexte de crise, si nous sommes venus créer une société d'assurance, c'est de par l'expérience que j'ai acquise au cours de ma riche carrière professionnelle. J'ai 30 années d'expérience en matière d'assurance. J'étais directeur général d'une multinationale de réassurance (CICA-RE). Mon métier, c'est l'assurance. Il paraissait évident pour moi que la sortie la plus normale soit de créer une société d'assurance. Des amis m'ont encouragé et soutenu. Aujourd'hui, Serenity existe avec un certain nombre d'actionnaires nationaux et non nationaux. Car après la période de crise et eu égard au nombre important de grands travaux qui vont se réaliser, il me paraissait normal d'être présent sur le marché de l'assurance, non seulement pour capitaliser les acquis du secteur, mais surtout pour donner une alternative crédible aux concitoyens qui veulent des garanties d'assurance.
Il est reproché aux compagnies d'assurance de ne pas payer les sinistres, sinon à temps. Quelle assurance apportez-vous auprès de la clientèle ?
C'est un procès de mauvaise intention qui est fait aux compagnies d'assurance. Car leur raison d'être, c'est de payer les sinistres. Ce qu'il y a lieu de savoir, c'est qu'on ne paye pas les sinistres n'importe comment. Un contrat d'assurance est un contrat entre les parties. Il y a des dispositions que chacune des parties doit respecter. Le code CIMA permet aujourd'hui de mettre en gras toutes les exceptions du contrat. Les exclusions sont consignées en de gros caractères pour que l'information au public soit la plus étendue possible. Il se trouve que beaucoup de gens ne lisent pas leur contrat. Et en cas de survenance d'un sinistre, ils veulent être indemnisés alors que toutes les conditions ne sont pas réunies.
Il est vrai qu'il existe sur le marché des assurances des compagnies qui ont des problèmes de tous ordres et qui n'arrivent pas à faire face à leurs engagements en temps réel, quelquefois même pas du tout. La CIMA intervient pour que de tels cas ne se produisent pas. Quand une société n'a plus de répondant vis-à-vis de ses assurés, la CIMA intervient pour mettre fin à ses activités. Mais le reproche principal qui est fait aux clients repose sur la méconnaissance des dispositions contractuelles. C'est après sinistre qu'on se rend compte qu'il y avait des dispositifs à respecter. Je crois que les sociétés d'assurance ont un rôle à jouer dans l'éducation de la clientèle pour qu'on arrive un tant soit peu à atténuer cette image négative des compagnies d'assurance qu'on retrouve partout dans le monde entier.
Pour ce qui concerne Serenity, c'est la première société d'assurance créée après la réforme qui fixe le capital social à 1 milliard FCFA. Ça veut dire que nous débutons nos activités avec un capital très important. Par le passé, une société d'assurance se créait avec un capital de 300 millions FCFA. Puis, le code CIMA a fixé le capital à 500 millions FCFA, et à 1 milliard FCFA actuellement. Donc, nous arrivons avec une assise financière un peu plus importante. En plus, on arrive avec une expérience de plus de 30 ans. Et je fais partie des personnes qui ont participé à la mise en place du code CIMA. Nous allons nous comporter différemment. Nous allons payer nos sinistres à due date. C'est-à-dire que dès qu'un sinistre sera à maturité, nous payerons. Nous sommes dans un milieu où les positions sont déjà établies. Il nous faut agir différemment. Nous voulons faire partie des meilleures. Le client sera au centre de nos préoccupations. Il sera reçu avec courtoisie et professionnalisme. S'il a un problème, il sera indemnisé le plus rapidement possible. Notre cadence de règlement de sinistre sera conforme à celle des plus grandes sociétés d'assurance du monde.
Pour le futur, dès que nos logiciels seront prêts, nous allons attaquer progressivement l'intérieur du pays. Notamment à Daloa, Abengourou, et Bouaké. Nous sommes suffisamment expérimentés pour conquérir le marché ivoirien à terme. J'invite tous les Ivoiriens à nous faire confiance, à venir en toute sérénité s'assurer auprès de nous parce que nous savons répondre à chacune de leurs préoccupations.
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