Republic of Togo (Lomé)
26 Décembre 2008
Le gouvernement a annoncé il y a quelques jours une baisse du prix des carburants au grand bonheur des automobilistes. Les autorités ont également demandé aux transporteurs (bus et camions) de répercuter cette baisse sur leurs prestations. Mais ça coince, observe l'hebdomadaire L'Union publié vendredi.
La profession est réticente à faire un geste et avance comme argument l'attente de l'annonce d'une décision gouvernementale. Or, il n'appartient pas à l'Etat de règlementer le secteur privé mais à ce dernier à faire preuve de bon sens et d'un certain civisme.
Voici une sélection d'articles publiés par L'Union
Nouvelle flambée des prix du maïs
Deux sociétés sollicitées par le PAM en cause
On peut être tenté de croire qu'au-delà du discours officiel à la sortie des audiences, le représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) au Togo a été convoqué à la primature pour revoir l'autorisation d'achats locaux de denrées sur le marché togolais. Alors même qu'on tente de sortir d'une crise de flambée des prix des céréales. Il s'agit de corriger une faute officielle ou une oeuvre humaine.
Depuis trois semaines, le prix du maïs connaît de nouveau une augmentation spectaculaire. A l'analyse, rien ne peut justifier un tel phénomène, même si des femmes commerçantes doigtent, contre tout bon sens, les tracasseries dans le transport voire l'effet des récentes inondations. Des arguties qui avaient pourtant maintenu le prix à 350 F Cfa le bol de 2,5 kg, avec la chute du coût du pétrole sur le marché mondial.
Autrement, on a de la peine à expliquer une flambée subite du prix du maïs plutôt envisageable en temps de soudure. Ce que reconnaît le directeur de l'Agence nationale de sécurité alimentaire du Togo (ANSAT) : «Au mois de décembre, nous avons relevé sur l'ensemble du territoire national un pic des prix au niveau de tous les marchés de consommation.
Le bol de maïs était monté jusqu'à 700 F, ce qui est anormal ; on n'a jamais vécu cela au Togo. Nous avons eu des flambées qu'on peut comprendre, mais avoir une telle flambée en période de récolte qui coïncide en plus avec les fêtes de fin d'année où généralement on constate une certaine abondance de l'offre tant sur les marchés de production que de consommation veut dire que les mobiles sont ailleurs».
L'erreur du ministère qui profite au PAM
Interrogé par L'Union, le Colonel Ouro-Koura Agadazi, directeur de l'ANSAT, retrouve les mobiles d'un phénomène incompréhensible par les foyers déjà affaiblis. «Maintenant, les faits sont clairement établis. L'ANSAT a relevé un certain nombre de réseaux qui écument nos marchés de consommation, depuis le début décembre.
Et selon les recoupements de nos services techniques et des infos données par les paysans et la société civile, il y a une intrusion des organisations de renom sur le territoire. Au bout de 2 semaines, tout est dirigé vers le PAM». Et de poursuivre : «Malheureusement, je pense que c'est un oubli, le ministre a eu lui-même à glisser le 21 octobre une autorisation au PAM qui lui permet de mobiliser les stocks sur le plan local. Fort de cet appui, le PAM s'est investi à travers des collectes au niveau des marchés de consommation.
C'est là le problème, car en matière de collecte si vous voulez faire des collectes qui ne perturbent pas les prix, vous êtes tenu d'aller sur les marchés de production. Pour être sûr que les montants que vous engloutissez vont à l'endroit des paysans». Autrement dit, il s'agit d'une façon de lutter contre la pauvreté et stabiliser les prix sur les marchés de consommation qui sont souvent dans les grandes villes.
Ainsi, l'organisation onusienne a mobilisé plus de 15 millions de dollars US en faveur du Togo pour l'achat des céréales en vue de constituer ses stocks communautaires. Ces stocks seront ensuite destinés aux multiples interventions d'assistance en temps de crise alimentaire, soit en direction du Togo ou d'autres pays. Dans la pratique, le Programme alimentaire mondial a simplement donné un marché acquis à des bandes de spéculateurs. Sans le savoir, peut-être.
Aisément, les commerçants mis au devant ont trouvé motif pour jouer sur le prix, ce qui a eu pour conséquence directe la flambée des prix dans les grandes villes. Alors qu'un bilan prévisionnel de la production pour l'année 2008-2009, établi par la direction de la statistique agricole, relève un excédent de céréales, malgré les inondations. Un volume théorique excédent de céréales de 32.556 tonnes a été relevé, ce qui veut dire qu'au niveau du territoire on peut envisager une suffisance alimentaire.
Selon la lettre d'autorisation, tout s'est donc joué entre le ministre de l'agriculture et le secrétaire général du ministère d'une part et les autorités locales du PAM d'autre part.
Le maïs togolais exporté
En réunion de crise cette semaine, le ministre en charge du Commerce a tout de go reconnu qu'il y a des sorties de denrées du Togo vers les pays voisins. Conformément à l'autorisation à lui donnée, le PAM a coopté deux sociétés étrangères (béninoise et burkinabé) pour organiser la collecte du maïs togolais sur le marché local. Ce qui est regrettable, nous confie-t-on, le ministère de l'Agriculture a mis gracieusement à la disposition de ces sociétés un magasin dans les locaux de la SOCOSA (Société cotonnière des Savanes). Ainsi, les deux sociétés achètent le maïs surtout dans les Plateaux et le convoient sur Dapaong qui n'est que la première destination avant l'extérieur. Le second canal utilisé consiste en des achats directs avec sortie vers la frontière du Bénin.
Aujourd'hui, après intervention du ministre Guy Lorenzo du Commerce, le PAM a dû faire une marche arrière ; ce qui est déjà formalisé par une nouvelle lettre adressée au PAM par le ministre Kossi Ewovor de l'Agriculture lui demandant de surseoir à cette activité. Qu'à cela ne tienne, la plaie est déjà ouverte avec le maïs à 700 F en décembre. Une situation inquiétante à court terme si rien n'est fait, alerte le Colonel Agadazi avant de préciser : «avec la cessation provisoire de cette activité du PAM, on a un petit fléchissement des prix au niveau de la Maritime (entre 600 et 550)».
La solution
Selon les explications du directeur de l'ANSAT, c'est au cours d'une réunion que le ministre du Commerce a réclamé une cessation de la pratique de collecte du maïs par le PAM dont le représentant au Togo a reconnu par ailleurs que ce sont les fournisseurs dans les centres villes au détriment des producteurs qui ont eu le marché.
Ce qui a amené le ministre de l'Agriculture à saisir le PAM par lettre en date du 5 décembre 2008 pour la suspension de l'activité. Désormais, la précision est faite que si davantage le PAM doit retrouver l'opération de collecte du maïs sur le marché local, il doit composer non seulement avec les paysans mais rester dans le cadre traditionnel de collecte organisé par l'ANSAT. Jusque-là, l'ANSAT qui est une structure technique qui joue un rôle dans la mobilisation des stocks, n'a point été associé.
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