Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Lallé Coulibaly - "Nous voulons contribuer à la culture du crédit et de l'épargne"

Rabankhi Abou Bâkr Zida

29 Décembre 2008


interview

Une nouvelle structure de micro-crédit vient de voir le jour au Burkina Faso. Denommée "Microfinance Plus", elle est l'oeuvre de Lallé Coulibaly, un ancien cadre de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Avec la première agence ouverte à Banfora, "Microfinance Plus" nourrit l'ambition de lutter activement contre la pauvreté à travers une autre culture du crédit axé vers l'épargne, l'investissement, la production. Dans cet entretien, le fondateur Lallé Coulibaly affiche son optimisme quant à l'aboutissement d'un tel tritype dans le monde rural.

Comment l'idée de monter une institution de microfinance est-elle née ?

Ce projet procède d'une réflexion que j'ai menée depuis longtemps quand j'étais encore en activité. Au début des années 80, on a pris conscience qu'une frange de la population était exclue du système bancaire classique. Il fallait alors oeuvrer à remédier à cela.

Dans l'espace UEMOA, notamment au Burkina Faso, on a alors assisté à la création de structures."Il faut oeuvrer à ce qu'il y ait une jonction entre la microfinance et le système bancaire".décentralisées de financement pour offrir aux moins nantis une autre alternative en termes de financement.

Ces différentes structures ont certes apporté quelque chose, mais très souvent, elles n'ont pris en compte qu'un seul aspect de la question.

On a pensé qu'il suffisait de trouver des moyens extérieurs de financement pour couvrir les besoins des exclus du système bancaire en oubliant que ceux-ci avaient des capacités d'épargne.

Si cet aspect avait été pris en compte, cela aurait permis également une jonction entre ces structures et le système financier classique. Soutenir qu'il n'y a pas d'épargne dans le milieu rural est une erreur.

En effet, nos parents des campagnes possèdent bel et bien une épargne même sous forme matérielle (céréales, animaux vivants, etc.) mais elle est généralement détruite lors des cérémonies de mariage ou de funérailles.

Certains socioéconomistes ont appelé cela "l'économie de la destruction", c'est-à-dire accumuler pour détruire.

En outre, il existe, même si elle est moins importante, une épargne liquide.

C'est ainsi que pendant l'opération de démonétisation des billets de la BCEAO, les équipes de collecte des anciennes coupures pouvaient ramener jusqu'à 200 millions F CFA par jour des zones les plus reculées.

Il y a donc des possibilités d'épargne dans le milieu rural. Mais comment voulez-vous que quelqu'un épargne son argent si vous ne lui donnez pas la possibilité de le faire à travers la sensibilisation et la création d'une structure habilitée à collecter l'épargne ?

C'est pour toutes ces raisons que nous avons créé cette structure appelée "Microfinance Plus" et qui a ouvert sa première agence à Banfora pour couvrir la région des Cascades. En effet, les études ont révélé que dans toute la région des Cascades, il n'y a que quatre agences bancaires, toutes basées dans la ville de Banfora.

Cela donne, selon les statistiques, 240 000 habitants pour un guichet de banque. La répartition de ces quatre agences bancaires dans toute la région des Cascades donne l'image suivante : une agence de banque à tous les 300 km.

A côté de ces banques, il y a des structures de microcrédit qui, malheureusement, ne s'intéressent essentiellement qu'aux salariés du secteur privé ou public et accessoirement, aux opérateurs économiques urbains.

Vous voyez donc l'intérêt d'avoir sur le terrain une structure de microfinance avec une autre vision, à savoir que l'agent économique est un tout. Cela signifie qu'il est à la fois consommateur, épargnant, producteur et investisseur.

Aussi, il faut lui permettre de transformer son épargne matérielle en épargne monétaire liquide, et ensuite, recycler cette épargne liquide pour financer des opérations de production, de consommation, d'investissement. Il faut aussi Å"uvrer à ce qu'il y ait une jonction entre la microfinance et le système bancaire classique.

En dehors de l'épargne que les banques collectent en ville, il y a celle qui "dort" dans le milieu rural. L'accès à ce type d'épargne est difficile pour les banques. Aussi, ces dernières doivent s'adosser aux structures de microfinance pour accéder à ce type d'épargne.

La création de la Banque régionale de solidarité (BRS) par la BCEAO répond-elle au souci qu'ont les banques classiques de s'intéresser aux plus démunis ?

Ancien cadre de la BCEAO, j'ai vu naître la Banque régionale de solidarité (BRS). C'est une idée de l'ancien gouverneur de la BCEAO, Charles Konan Banny.

La BRS devait offrir l'opportunité aux ruraux, aux jeunes diplômés porteurs de projets... à tous ceux-là qui n'ont pas les garanties exigées par les banques de bénéficier d'un financement.

Le gouverneur Banny a souhaité ainsi offrir une opportunité de financement aux moins nantis en vue de contribuer à la réduction de la pauvreté par la promotion de l'auto-emploi. L'autre idée est que la BRS soit pour les structures de microfinance, ce qu'est la banque centrale pour les banques primaires en matière de financement et de refinancement

 Quelle est votre vision de la microfinance ?

Nous avons une autre vision de la microfinance. C'est d'ailleurs pour cela que nous parlons des "micro-finance plus". Nous voulons faire de la microfinance autrement.

Il s'agit de considérer l'agent économique comme un tout. Pour nous, l'acteur du monde rural n'est pas qu'un cultivateur ou un éleveur mais un entrepreneur rural.

Cela signifie que nous allons financer des gens du monde rural qui veulent faire de l'agriculture, de la pêche, de l'embouche bovine, de la culture de contre-saison et même de la transformation artisanale de leurs productions.

L'autre vision est qu'au-delà de l'opération de collecte de l'épargne ou du financement à court terme, nous voulons privilégier les financements à moyen terme.

Pour réaliser ce type de financement qui permet d'investir, il nous faudra bénéficier de soutiens de bailleurs de fonds disposés à nous accompagner. Actuellement, nous souhaitons établir des relations d'affaires avec toutes structures financières intéressées par la microfinance.

Nous sommes en pourparlers avec certaines d'entre elles. Nous sommes également en contact avec des cabinets ayant une bonne connaissance du monde rural. Nous avons recours à ces cabinets pour l'analyse de certaines situations que nous rencontrons sur le terrain.

Nous avons commencé nos activités depuis un mois de cela. Pour l'instant, les premiers signes sont encourageants. Nous nous sommes fixé un délai de trois mois pour la collecte de l'épargne. Déjà, le nombre de comptes ouverts est satisfaisant. Nos prévisions mensuelles ont été dépassées.

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