Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Sécurisation des plantations à l'ouest - Gbagbo redéploie l'armée

Pascal Soro

29 Décembre 2008


Abidjan — Le Président de la République a annoncé, samedi, dans son village à Mama, qu'il est en train de prendre des mesures pour que les planteurs qui ont du mal à regagner leurs plantations à l'ouest le fassent, en toute sécurité. «Je suis en train de faire les derniers efforts pour que ceux qui n'ont pas encore rejoint leurs plantations le fassent. Sécuriser les plantations, c'est ça qui est notre souci aujourd'hui. Je ne vous laisserai pas tomber», a déclaré Laurent Gbagbo, à une foule de planteurs originaires du centre et vivant dans les zones forestières du pays.

Ces planteurs avaient été mobilisés par l'Union nationale des planteurs de café et de cacao (Unpcc-CI) pour rendre hommage au Chef de l'Etat. Une occasion que leur illustre hôte a saisie pour expliquer qu'il n'y a pas que les planteurs Baoulé qui n'ont pas encore pu retrouver leurs plantations à l'ouest comme veulent le faire croire certaines personnes. Ce sont, a soutenu Laurent Gbagbo, les planteurs Bété, Baoulé, Agni, Mossi, Maliens... qui avaient été chassés de leurs plantations.

Tout le monde avait fui cette région pour échapper à la guerre qui y a été particulièrement atroce, a martelé le Chef de l'Etat. «A Zou par exemple, les ¾ des planteurs Guéré ne sont pas encore rentrés dans leurs plantations. Ils ont peur», a-t-il indiqué. Il recevait ses visiteurs à la place publique du village. «Aujourd'hui qu'on est en train de normaliser la situation, a insisté le Président de la République, il faut que chacun retourne dans sa plantation».

Pour autant, a estimé l'orateur, la Côte d'Ivoire doit répondre à une question essentielle : «Les Baoulé avaient fui, les Guéré avaient fui, les Mossi avaient fui, les Maliens avaient fui, et les plantations continuaient d'être exploitées. Qui les exploitait donc ?». Mais Laurent Gbagbo a regretté qu'au lieu que les Ivoiriens s'associent pour trouver réponse à cette question, certains en font un fonds de commerce, soutenant qu'on a chassé les Baoulé, les Mossi et autres de leurs plantations. «Cela peut diviser le pays», a-t-il averti. Avant de condamner cette attitude.

C'est donc pour cela, a-t-il souligné, qu'il est en train de chercher des solutions «pour tout le monde». Aussi, a annoncé le Chef de l'Etat, il a commis le chef d'état-major des armées, le général Philippe Mangou, d'envoyer des éléments des Forces de défense et de sécurité partout à l'ouest pour sécuriser les plantations et permettre à tous les planteurs de retourner sur leurs terres d'exploitation. «Depuis hier (vendredi 26 décembre. Ndlr), les militaires sont partis.

Quand ils vont finir de s'installer partout, ils vont me faire le point et ceux qui ne sont pas encore rentrés vont rentrer dans leurs plantations», a rassuré M. Gbagbo. Et d'argumenter : «Je veille à cela parce qu'il faut que la production de Côte d'Ivoire soit une bonne production. Or, pour qu'il y ait une bonne production, il faut qu'il y ait de bons travailleurs, il faut que les travailleurs soient en sécurité». D'ailleurs, a-t-il révélé, c'est pour cela qu'il avait doté cette région de préfets militaires. En outre, après les fêtes de fin d'année, il rencontrera les cadres Baoulé et Wê pour traiter de la question.

Le Président de la République a appelé les planteurs Baoulé des zones forestières à ne pas se faire de souci particulier du fait de leurs lieux de travail et de résidence. Il leur a donné l'exemple de Koffikro (village bâti sur les terres de son père) et de N'Gorankro dont les habitants n'ont pas de problèmes particuliers avec les Bété ni les habitants de Mama. Pour lui, tous les Ivoiriens sont égaux partout où ils se trouvent. Le paysan Baoulé, comme tous les autres paysans de Côte d'Ivoire, vit de ce qu'il ramène de la brousse. «Un paysan ivoirien est égal à un paysan ivoirien», a-t-il dit.

Puis le Président Gbagbo a fait remarquer que contrairement à ce que certaines personnes disaient de lui, il n'a fait la guerre à aucun planteur (chez lui ou ailleurs) depuis qu'il est au pouvoir voilà huit ans maintenant. Il a aussi saisi l'occasion de cette rencontre pour révéler que, c'est l'ancien président liberien, Charles Taylor, qui a attaqué l'ouest de la Côte d'Ivoire. Malgré qu'il lui ait envoyé, par trois fois, une délégation pour lui demander de ne pas l'attaquer. «Mais aujourd'hui, où est Charles Taylor?» a-t-il interrogé. Et de conclure: «Dieu venge ceux qui ont raison».

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