Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Retour du Xalam sur la scène - Le souffle d'un passé recomposé

Tidiane Kasse

29 Décembre 2008


Ce week-end, on s'est rendu compte que 'le retour' engagé en août dernier par le Xalam 2 n'est pas une illusion. Avec des instants de pur bonheur retrouvé. C'est quoi vingt ans qui passent ? Finalement rien du tout. En retrouvant le Xalam vendredi, au Just 4 U, on s'est convaincu que le temps c'est moins les années qui s'égrènent que les repères qui disparaissent.

Retrouver le Xalam a été un moment sublime pour gommer près d'un quart de siècle d'éternité et rapprocher deux bouts d'un instant perdu.

Loin du Sénégal, on avait raté le retour du groupe en août dernier. Ces lendemains de Noël l'ont offert comme un cadeau d'un autre âge. Le son est resté pur et dur, la maîtrise parfaite. On retrouve les mélodies sans qu'elles aient pris une ride et on mesure combien tout cela était riche d'une musicalité recherchée. Le Xalam n'était pas une bande de visionnaires.

Il s'agissait d'iconoclastes qui avaient brisé les frontières de la routine pour voyager vers ces horizons où les musiques fusionnent. Bien avant qu'on ne parle de World music. Entre l'influence jazzy de Hugh Masekela et les tendances pop-rock des années 1960, l'alliage a défié le temps, taillée dans le roc.

On n'a jamais perdu le fil de ces sonorités qui se perpétuent dans quelques vieilles cassettes, mais la magie, vendredi, était dans l'instant vécu. Elle était dans cette sensation de ne plus savoir à quand remonte la dernière fois où on les a vus et de se retrouver à penser que la parenthèse n'a pas tellement duré ; que devant eux, on a toujours 20-25 ans.

Les images sur scène ont gommé le temps passé. Coundoul sautillant, le buste d'Henri Guillabert coulissant d'un bout à l'autre du clavier pour accompagner ses doigts qui glissent sur les touches, Baye Babou toujours placide à la basse, Tapha Cissé, l'ancien de Mudra Afrique, successeur de Khalifa Cissé, encore fécond aux percus, Souleymane Faye fusionnel avec le public, Cheikh Tidiane Tall sublime

Et encore et encore. Il manquait les cuivres (Yoro Guèye et Ansoumana Diatta) et l'aura de Prosper Niang, mais l'héritage vit bien. On ne rêve pas, cependant. Ce sont bien vingt-cinq ans qui défient le présent. Souleymane Faye l'a rappelé. Certains sont devenus grand-père. Tant mieux.

Personne ne s'est renié. Heureusement. Seulement, le Xalam joue-t-il mieux qu'il y a vingt ans comme Souleymane Faye l'a affirmé ? Voire. On a retrouvé les notes, mais il manquait parfois comme un souffle de jeunesse dans ces voix dont le cri, naguère, se suspendait longtemps pour se perdre dans le vent, sans jamais retomber.

Mais un concert reste un concert, c'est-à-dire un espace d'improvisation dans le feeling de l'instant. Surtout dans cette ambiance familiale du Just.

Irradié par ce retour aux sources, on a passé le week-end accroché aux sonorités d'hier. On a retrouvé cette compilation personnelle où Dooley s'incrustait harmonieusement entre Running on Empty de Jackson Browne et Against the Wind de Bob Seger.

Mélange de genre ? Que non. Le Xalam, c'était tout aussi fort. La preuve : jaunie, tachée, déchirée, on a retrouvé cette coupure de presse de Rock and Folk, la bible de la musique pop de l'époque, gardée comme une relique. Gérard Bar David écrivait, après la sortie d'Apartheid, en 1986 :

'Et si la source africaine s'était tarie ? Pendant près d'un an, c'est la question qui jonglait dans ma tête. Ni sons ni fusions, les sorties afro manquaient sacrément d'imagination et d'adrénaline.

C'était compter sans la chamade du Xalam, ses percus et ses cuivres enflammés qu'on attendait en piaffant depuis leur dernière sortie dans le Marche à l'ombre de Michel Blanc (Ndlr : un film dont ils ont fait la musique, en 1984).

'Apartheid a tardé, c'est vrai. Mais l'attente n'était pas vaine. Dès les premières mesures de Dooley, la déflagration fun vous emporte loin de la ville.

La force du Xalam oscille entre les deux pôles batterie/percus et les cuivres. Avec Dooley, le Xalam joue et gagne au jeu subtil de l'efficacité. Ce titre a toute l'étincelle qui manque à Earth, Wind and Fire (Ndlr : mythique groupe américain) et à bon nombre de funky yankee ( )

'Peu importe qu'on y soit allé ou pas (en Afrique). Xalam vous emporte ; les ailes du rythme, décidément, sont les plus fortes. Et quel rythme !

Le Xalam est un emprunteur forcené : soul, jazz, funk, rock et quelques vieilles mémoires de Mère Afrique pour confectionner le cocktail qui fait rire ou pleurer . Si le Xalam n'est pas un pur produit de mon imagination, le racisme constitutionnel n'en a plus pour longtemps : nous sommes tous métis dans le creux de nos oreilles'.

C'était cela le Xalam. C'était il y a vingt ans, c'est encore aujourd'hui. Vendredi, on a retrouvé ce souffle des origines. Celui qu'on a vécu de Ade à Xarit, en passant par Ndigël, Apartheid et Africa. Cela fait rêver d'une suite à Wam Sabindam.

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