Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Dr. Nicolas Agbohou - "La France impose le nazisme monétaire à la Zone franc"

Robert Krassault

29 Décembre 2008


Dr. Nicolas Agbohou, auteur du livre « Le FCFA et l'Euro contre l'Afrique » est formel. Le Franc CFA est fait pour les intérêts de la France. Et non pour les Africains de la Zone Franc. " La France applique depuis 1945 jusqu'à ce jour aux Africains de la Zone franc, ce qu'on appelle le nazisme monétaire ". Celui qui fait cette révélation se nomme Dr. Nicolas Agbohou, auteur du livre « Le FCFA et l'Euro contre l'Afrique » dont la dernière mise à jour a été faite en septembre dernier.

La première mouture du livre ayant été publiée en 1999. L'Africain Nicolas Agbohou était, le samedi 27 décembre, l'invité de la Première chaîne de la télévision nationale ivoirienne à son édition de 20 h. Au cours de laquelle il a expliqué qu'il a choisi de faire, cette année et de façon particulière, des conférences pour parler du problème du Franc CFA sur les économies des pays membres de la Zone franc. "Nous en avons parlé au Parlement, au Palais de la culture, dans les quartiers populaires comme Koumassi, bientôt nous serons à Yopougon et ainsi de suite.

Nous allons vers les populations parce que c'est un problème qui est essentiel pour le développement", précise-t-il sur le plateau de la Première. Il soutient, en effet, que quand la France a été envahie par les Nazis, il n'y a pas seulement le sang que ceux-ci ont versé, mais ils ont aussi inventé des monnaies coloniales. "À partir de là, ils ont dévalisé la France. Le père du Franc CFA est le Général De Gaulle mais le grand-père est Hermann Göring qui avait justement nommé son ambassadeur plénipotentiaire Hemmen, qui a pu obtenir avec le Général Darlan, la présence des Nazis à la Banque de France et tous les coins stratégiques où il y avait des finances.

C'est comme cela qu'ils ont pu dévaliser la France. Quand la France s'est libérée, elle ne s'est pas gênée et elle nous a appliqués le nazisme monétaire et l'a perfectionné " révèle-t-il. Il indique par ailleurs que tous ceux qui liront son livre, verront que les institutions et les quatre principes sont d'essence nazie. "Quand je le dis, vous savez qu'on ne s'amuse pas avec le nazisme, mais je mets toutes les références et cela fait plus de 10 ans qu'on fait des conférences.

En février prochain, il y a de grands colloques. Des Français qui se révoltent contre le nazisme monétaire appliqué aux Africains. Lesquels Africains ont donné leurs poitrines pour pouvoir sauver ce pays-là contre le nazisme. Donc, on nous maintient dans l'ignorance la plus totale et aujourd'hui ce qui révolte, c'est çà. Il faut aller dans la population, il faut aller sur le continent et c'est ce travail que nous faisons pour qu'il y ait accès à l'information" précise-t-il.

Les pays de la Zone CFA au bas de l'échelle dans le classement mondial

Dr. Nicolas Agbohou soutient, en effet, que les mécanismes de fonctionnement de la Zone franc, à savoir les institutions d'un côté et les quatre principes de l'autre, concourent tous à l'enrichissement de la France et l'appauvrissement automatique des pays africains de la Zone franc. "Premier principe, il s'agit du principe de la libre convertibilité du Franc CFA, hier en Franc français et aujourd'hui en Euro. Cela veut dire simplement qu'aujourd'hui, si vous avez 655,957 FCFA, vous pouvez accéder librement à 1 Euro. Autrement, si vous avez 1 Euro, on vous donne librement 655,057 FCFA.

Deuxième principe, c'est le principe de la fixité des parités. Ça veut dire que le fait que j'ai 1 Euro qui ne me donne 655,957 FCFA ne change pas. C'est fixe.

Troisième principe, c'est le principe de la centralisation des changes ou simplement le principe des comptes d'opérations. Cela veut dire que les Africains, pour utiliser le Franc CFA et aujourd'hui l'Euro, sont obligés de déposer en France avant 1973, la totalité des recettes que ces Africains font, dans les comptes d'opérations. C'est-à-dire dans le Trésor public français. De façon très sérieuse, le livre le démontre. Des textes à l'appui.

Et ensuite, après 1973, au lieu de déposer 100 %, on dépose 65 % des recettes d'exportation en France dans les comptes d'opérations. Et maintenant, après la réforme de 2005, ceux qui sont membres de la banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) déposent 50 % de leurs recettes en France. Ceux qui sont membres de la Banque centrale des Etats de Afrique du Centre (BEAC) déposent 60 % et ceux qui sont membres de la Banque centrale des Comores (BCC) continuent toujours de déposer 65 % de leurs recettes d'exportations. C'est ça le principe de la centralisation des changes ou comptes d'opérations.

Et enfin, le dernier principe, c'est le principe de la libre transférabilité des capitaux de la Zone CFA vers la France et le reste du monde", décrit Dr. Nicolas Agbohou. Juste pour montrer que le FCFA, qui est le Franc des colonies françaises d'Afrique, est d'abord une invention et donc une propriété de la France. "Le père du Franc CFA est le Général De Gaulle qui, par l'article 3 du décret 45-0136, a inventé le Franc CFA. C'est une propriété de la France. Le Franc CFA n'appartient pas aux Africains qui l'utilisent contrairement à ce qu'on pense", révèle également l'auteur de "Le FCFA et l'Euro contre l'Afrique". Le paradoxe.

N'importe quel pays de la Zone CFA peut se retirer officiellement

A la question de savoir que fait l'Etat de son droit exclusif de battre sa propre monnaie, Dr. Agbohou répond qu'il n'existe nulle part sur la terre un pays sérieusement développé sans une souveraineté monétaire. Parce que, soutient-il, la conséquence logique de l'indépendance politique, c'est l'acquisition de la souveraineté monétaire. "Les 15 pays de la zone utilisateurs du Franc CFA sont les seuls au monde à utiliser une monnaie coloniale qui leur est étrangère. Voilà pourquoi, contrairement à ce qu'on fait croire aux gens et vous pouvez le voir dans les livres en regardant le classement de tous les pays du monde.

Tous ceux qui sont au bas de l'échelle, se sont les pays de la Zone CFA", révèle-t-il encore avant d'ajouter que ces résultats étaient prévisibles parce que le Franc CFA a été inventé par et pour les intérêts de l'Etat français. C'est pourquoi, il dira que les Etats africains qui ont compris cela, se sont vite retirés de la Zone franc dès qu'ils ont eu leur indépendance politique. Il explique alors que ce livre est justement fait pour amener les Etats membres de la Zone CFA à ne plus déposer leurs recettes d'exportation dans les comptes d'opérations au Trésor français: "C'est le but de notre bataille.

Et c'est même écrit que n'importe quel pays membre de la Zone CFA peut se retirer officiellement". Selon Dr. Agbohou, les comptes d'opérations ont plusieurs inconvénients majeurs. Pour bien illustrer ses propos, il prend un premier exemple. "Un paysan qui gagne en moyenne 100.000 FCFA. S'il y a 100.000 FCFA stockés à Paris, ça veut dire qu'un paysan est privé de ce revenu du 1er janvier jusqu'au 31 décembre de l'année considérée. S'il y a 200.000 FCFA, cela fait deux paysans et ainsi de suite. Au minimum, il y a plus de 10.000 milliards de FCFA. Divisez-les par 100.000 FCFA, vous trouverez 100 millions de paysans littéralement privés de leurs revenus du 1er janvier jusqu'au 31 décembre de l'année considérée. Est-ce que quand on prive quelqu'un de ses revenus, on ne le tue pas"?, s'interroge-t-il.

Pour lui, cela équivaut à une tragédie humaine. Il prend cet autre exemple pour dire que quand les finances de l'Etat sont en exil dans les mains de l'ancienne puissance esclavagiste, il s'agit de mettre au pas non seulement les dirigeants d'aujourd'hui, mais aussi ceux de demain.

Pour l'auteur de "Le FCFA et l'Euro contre l'Afrique", cela veut dire que lorsque vous voulez vous révolter contre ce système et vous ne voulez pas utiliser le Franc CFA, la puissance colonisatrice met simplement la main sur vos finances et vous avez affaire à vos fonctionnaires.

Dr. Agbohou ne s'arrête pas là. Il affirme que par rapport à la fixité des parités, le Franc CFA est lié à l'Euro. Or, explique-t-il, l'Euro n'est plus une seule monnaie de la France mais bien la monnaie des 27 pays européens. Sinon de toute l'Europe. Pour lui, cela veut dire que non seulement la France exerce son droit de regard sur les économies africaines mais c'est l'ancienne Europe qui retrouve ainsi son droit esclavagiste pour imposer sa suprématie sur les Africains.

Face à cette situation, il appelle les Africains à dire: "Nous sommes réunis autour d'une monnaie qui nous est étrangère et qui est le Franc CFA. Prenons le Franc CFA et brûlons-le. Et en lieu et place, nous battons une monnaie typiquement africaine. Et à partir de là, nous allons élargir la base", préconise-t-il.

Sur la question de la garantie, Dr. Nicolas Agbohou rappelle qu'en fait, ce sont les Africains qui mettent leurs ressources dans les comptes d'opérations. Or pour lui, sans les comptes d'opérations, il n'y a de garantie. Il conclut alors que la France ne garantit rien du tout. "il y a d'autres méthodes. Nous avons les matières premières les plus importantes en Afrique. La valeur synthétique de ces matières premières vont nous servir de garantie", tranche Dr. Agbohou.

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