Sidwaya (Ouagadougou)

Burkina Faso: Dr Issa Tarpaga - "Nous avons pu montrer qu'il est formellement interdit de porter atteinte à la dignité d'un malade"

Urbain Kabore

30 Décembre 2008


interview

L'Union des religieux et coutumiers de lutte contre le Sida du Burkina (URCB) a organisé, le 27 décembre 2008, une journée de plaidoyer sur le paludisme pour attirer l'attention des autorités et de la population sur la nécessité de prévenir cette maladie endémique au Burkina, en général et dans la région des Hauts-Bassins, en particulier. Quelques jours avant cet événement présidé par le gouverneur et parrainé par l'archevêque de Bobo-Dioulasso, Sidwaya a rencontré le président de l'URCB/Hauts-Bassins, le Dr Issa Tarpaga qui fait le point des activités de cette structure parmi lesquelles est venue s'ajouter celle portant sur la prévention contre le paludisme.

 La section régionale des Hauts-Bassins de l'Union des religieux et coutumiers de lutte contre le Sida (URCB) existe depuis plus d'une année maintenant. Quel bilan dressez-vous en termes d'activités menées ?

Nous avons débuté nos activités de lutte contre le VIH/Sida par la sensibilisation. Dans ce sens, nous avons organisé la journée des communautés dont l'objectif était de lutter contre la discrimination. A ce niveau, il y a eu un apport extrêmement important de l'Union. Nous avons tiré des versets coraniques, bibliques et de la tradition, des éléments et supports de sensibilisation de nos populations. Nous avons pu montrer aux gens qu'il est formellement interdit de porter atteinte à la dignité d'un malade, d'une manière générale et particulièrement, en ce qui concerne le VIH/Sida.

Nous avons pu montrer que les religions révélées et la tradition encouragent le soutien aux malades. Dans les Hauts-Bassins particulièrement, les efforts se poursuivent. Les traditionnalistes et coutumiers se sont retrouvés pour tirer du terroir bobo et autres, des éléments qui nous permettront de sensibiliser les populations, étant entendu que les premiers éléments de sensibilisation étaient tirés du terroir moaga. Nous avons récemment fait la restitution de cette rencontre.

En plus de la lutte contre le VIH/Sida, l'Union a intégré le programme de lutte contre le paludisme, sur instruction du bureau national de l'URCB en raison de la sensibilisation jugée efficace, que nous menions contre le VIH/Sida. Notre deuxième équipe de sensibilisation est même à pied d'oeuvre actuellement (ndlr : l'interview a été réalisée le 23 décembre 2008) sur le terrain. Cette campagne a débuté depuis le 10 décembre 2008 par des séances de sensibilisation dans les églises et les mosquées et par des rencontres au niveau des coutumiers. La campagne est focalisée particulièrement sur la prévention du paludisme.

Nous parlons évidemment des moustiquaires imprégnées, mais avant cela, nous pensons qu'il y a des attitudes qu'il faut avoir pour prévenir cette maladie parce que nous vivons en zone d'endémie palustre et cette année particulièrement, le paludisme a fait des ravages. Les équipes sont passées au niveau de toutes ces communautés pour les sensibiliser aux questions. Plus de 1 300 personnes ont déjà été touchées et lorsque la communauté catholique va mettre ses équipes sur le terrain, il faudra multiplier ce chiffre par quatre et à notre avis, cela contribuera à faire reculer le paludisme dans la ville de Bobo-Dioulasso.

Quel est votre objectif à moyen terme ?

Notre objectif est d'atteindre le Kénédougou et le Tuy en y créant des sections provinciales. Cela va nous permettre d'avoir des relais sur le terrain. Nous allons y former des équipes qui vont faire le même travail. Le fait de commencer par la ville de Bobo-Dioulasso nous aguerris en termes d'expérience pour aborder la sensibilisation dans ces deux autres provinces de la région des Hauts-Bassins et parfaire nos interventions.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans le cadre de cette sensibilisation ?

Notre plus grande difficulté, de façon générale, est la mobilisation sociale parce que chaque fois que nous voulons rencontrer la population, de prime abord, les gens pensent qu'ils savent tout sur le paludisme. Mais lorsqu'ils acceptent nous écouter, ils ne le regrettent pas. Malheureusement, beaucoup sont déjà partis.

Notre deuxième difficulté a trait à la disponibilité des moustiquaires imprégnées. Notre souhait est de pouvoir les distribuer gratuitement à l'assistance, mais à défaut, qu'elles nous soient livrées à prix subventionné afin d'être revendues à prix social, 1 000 F CFA, l'unité par exemple.

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