Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: L'entrée à la police fait un mort et 50 blessés

Patricia NGO Ngouem

30 Décembre 2008


Les bousculades sont à l'origine du drame qui s'est produit hier à l'Ecole de police. Impossible de circuler sur la route menant à l'Ecole nationale supérieure de police sise au quartier Ekoudou à Yaoundé en ce lundi 29 décembre. Une voiture de la police stationnée sur la chaussée, en empêche l'accès à tous les automobilistes.

La banque Uba a dû fermer, de peur de voir ses locaux saccagés par la masse. Une foule compacte, constituée de jeunes gens - un millier environ - obstrue la chaussée. Il s'agit notamment de candidats venus remplir les formalités d'inscription en vue de passer le concours de la police récemment lancé par la Sûreté nationale.

Agglutinés devant le grand portail bleu, certains postulants guettent désespérément l'ouverture des portes. D'autres, exténués, n'ont trouvé mieux que de s'asseoir à même le sol, soit pour piquer un petit somme, reposer les jambes endolories par une longue attente debout, ou se remplir le ventre. Tandis que d'autres en profitent pour faire la causette, histoire de tuer le temps.

Toutes les conversations ou presque tournent ainsi autour du "drame" qui s'est produit plus tôt dans la matinée. Et qui a officiellement fait un mort, Wirbo Elvis Berenuy, et 45 blessés, d'après le communiqué rendu public hier par le Délégué général à la sûreté nationale (Dgsn) Edgar Alain Mebe Ngo'o, descendu à l'Hôpital central de Yaoundé (Hcy) où ont été conduits les victimes.

Profitant par là pour adresser ses condoléances et celles du gouvernement à la "famille éprouvée". Un bilan qui semble avoir été revu à 50 blessés à la lecture de "la liste des victimes de l'accident qui s'est produit ce matin à l'Ecole de police" affichée à l'entrée du service des urgences de l'Hcy à Messa, soit cinq de plus que ceux annoncés précédemment par le Dgsn.

"Nous attendions tous devant le portail. Lorsque le portail a été ouvert, tout le monde a voulu se ruer à l'intérieur. Les policiers ont voulu refermer le portail, mais la pression était trop forte. Il y a eu des bousculades, les gens sont tombés et ont été piétinés. C'est ça qui a causé le drame", raconte Mohamadou. "Il y avait des blessés et des gens évanouis partout.

Les policiers ont déchargé certains taxis pour les évacuer à l'hôpital. L'ambulance des sapeurs-pompiers est arrivée un peu plus tard. C'était vraiment la panique", renchérit Martine Mendouga, venue retirer la fiche de versement des frais de concours. Ajoutant que : "Certains en ont profité pour fouiller les poches avant d'être interpellés par la police"

Mort

Aux urgences de l'Hcy, les blessés sont, "tous pris en charge par le gouvernement", selon le communiqué du Dgsn, on apprend du chef de service des urgences, le Dr Etoundi Mballa, que plusieurs souffrent de contusions, de fractures ou de chocs émotionnels.

Si certains ont pu sortir hier, ceux dont l'état de santé est jugé préoccupant - une dizaine- restent en observation, parmi lesquels "quatre cas de traumatisme crânien et un cas de fracture du fémur" précise les sources hospitalières.

Assis ou couchés sur des civières, des lits ou des bancs, les vêtements poussiereux ou tâchés de sang, les "accidentés" semblent encore être en état de choc. Si c'est derniers peuvent se réjouir de s'en tirer vivants, ce n'est pas le cas du frère aîné de Wirbo Elvis Berenuy, le jeune étudiant en Master II en histoire à l'université de Yaoundé I, âgé de 24 ans, qui a trouvé la mort dans "cet incident malheureux" tel que qualifié par le Dgsn.

"Maffia"

"On m'a appelé pour me dire que mon frère a eu un accident. Je suis arrivé à l'hôpital et j'ai trouvé qu'il est mort", lâche dans un souffle Wirbo Humphrey, la mine assombrie par la douleur. "Le corps ne pourra être rendu à la famille qu'après l'autopsie", affirme le Dr Etoundi Mballa.

"On a frôlé la mort !", laisse tomber Constant Tsague Metampa, assis sur une chaise roulante, avant d'être pris d'un rire convulsif. "J'ai vu des gens tombés sous l'effet de la bousculade et être piétinés. Moi aussi je l'ai été. Je m'en tire d'ailleurs avec une fracture au genou.

Je dois faire la radio", avance cet étudiant. Un autre, le visage marqué par la douleur, claudique jusqu'à l'une des salles de soins, soutenu par un vigile et une infirmière. Même si nombreux sont ceux qui disent avoir perdu leurs frais d'inscription ou leurs dossiers de candidature dans la mêlée, notamment les diplômes, tous remercient le ciel d'être encore en vie.

Les familles, alertées, ont aussitôt rejoint à l'hôpital. Un vigile, indifférent aux supplications et autres menaces proférées par les proches des victimes, leur interdit toutefois l'accès.

"On ne nous laisse pas entrer. On ne sait pas comment vont nos enfants", s'écrient plusieurs mères, dont la mère de Raymond Bitjick, âgé de 20 ans. Certains sortent leurs téléphones pour joindre leur fils ou fille. Soulagement quand la victime répond au téléphone, angoisse quand la ligne sonne dans le vide. L'anxiété se lit sur les visages et certains ne peuvent refouler leurs larmes.

Depuis le lancement du concours direct pour le recrutement dans la police d'élèves commissaires, officiers, inspecteurs et gardiens de la paix - concours réservés aux jeunes gens des deux sexes de nationalité camerounaise âgés entre 17 et 27 ans, les concours spéciaux étant destinés aux fonctionnaires en activités - élèves, étudiants et personnes sans emploi se bousculent devant les portes de l'Ecole de police.

Certains sont là pour déposer leurs dossiers, d'autres pour retirer les fiches de versement ou payer leurs frais de concours (10.000 Fcfa pour les inspecteurs et les gardiens de la paix et 15.000 Fcfa pour les commissaires et les officiers).

Un policier en fonction à l'entrée de l'école ordonne aux jeunes de reformer des rangs. "Dégagez ! Ne bouchez pas l'entrée", s'époumone un autre devant le portail central. Face à la réticence de certains postulants, des policiers casqués font semblant de se servir de leur matraque. Devant le bâton noir, les candidats reculent précipitamment.

Manquant de se marcher dessus. "Le matin, l'une des files arrivait jusqu'à l'échangeur simplifié", soutient Désiré Many, sans emploi, venu tenter sa chance comme les autres. "Mon dossier est complet, je dois juste retirer la fiche.

Cela fait plus d'une semaine que je suis là", affirme Martine Mendouga. Comme cette dernière, plusieurs candidats hantent ces lieux depuis des jours, voire des semaines, dans l'espoir de retirer ladite fiche. Certains, découragés, ont fini par jeter l'éponge. Lorsque les rangs se forment à nouveau, on apprend que les fiches sont finies.

"Que chaque candidat prenne un format A4 et y inscrive son nom, son prénom, le concours sollicité et le montant des frais d'inscription", hurle un policier en équilibre sur un tabouret, essayant de couvrir le bruit des voix. Aussitôt dit, aussitôt fait.

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