Amel Bouakba
30 Décembre 2008
Dans la série culte, les Rues de San Francisco, Karl Malden et Michael Douglas ont parfaitement immortalisé la ville en nous plongeant dans l'ambiance de ses célèbres rues sinueuses et de ses pentes interminables. Mais il n' y a pas que ces rues si particulières qui en font la célébrité. Son fameux pont, le Golden Gate Bridge, ses remarquables Câble Cars, la Transamerica Pyramid, la Coit Tower, China Town, le quartier asiatique le plus notoire hors d'Asie et surtout l'île d'Alcatraz, cette prison-île où plusieurs prisonniers célèbres ont séjourné, à l'image d'Al Capone. Tout cela donne envie de visiter cette ville californienne au charme intarissable.
Elle occupe la pointe d'une péninsule presqu'île, longue de 50 kilomètres, située entre l'océan Pacifique et la célébrissime baie de San Francisco. Elle se caractérise par 43 collines, dont sept principales. Avec 800 000 habitants, San Francisco, la plus européenne des cités américaines, est la quatrième commune la plus dense de Californie, sur la côte occidentale des Etats-Unis, derrière Los Angeles, San Diego et San José.
Ceux qui visitent pour la première San Francisco seront frappés par le caractère cosmopolite de cette ville américaine. Des ethnies aussi diverses que variées s'y côtoient. On y croise rarement un Américain de «souche».
En fait, près d'un tiers de sa population est d'origine chinoise. A San Francisco, on se fond volontiers dans la foule «universelle». La ville libérale et ouverte sur le monde n'en finit pas d'étonner avec ses facettes multiculturelles.
L'élection présidentielles historique qui vit la victoire exceptionnelle de Barack Obama a confirmé, encore une fois, la tendance démocrate de cette ville de l'Ouest américain. Ce côté antiraciste donne un attrait attachant à la ville, et c'est certainement l'un des aspects qui a attiré nombre de nationalités à porter leur dévolu sur San Francisco, «The City», comme l'appellent les autochtones. L'Algérien Mourad en est le parfait exemple : «J'ai visité plusieurs villes américaines, avant de décider de m'installer ici», confie ce jeune dentiste, les yeux rivés sur son jeu de cartes.
Au café «Trieste», l'ambiance est algéroise. Nous sommes pourtant à San Francisco, à des milliers de kilomètres d'Alger. Dans ce café aux couleurs méditerranéennes, situé au quartier italien, le North Beach, mitoyen de China Town, des Algériens se rencontrent régulièrement. C'est ici que se réunissent d'habitude nos compatriotes en mal du pays. Ils jouent aux cartes, échangent des idées et parlent de l'avenir... La mine calme et déterminée, Mourad donne l'air de quelqu'un qui a trouvé son bonheur. Il a quitté l'Algérie, plus précisément la rue Hamani (ex-Charras), à Alger, depuis 16 ans, pour venir s'installer ici. Il a épousé une Américaine et a ouvert un cabinet à San Francisco. «Pas facile de quitter sa famille, ses amis... San Francisco n'est pas la porte à côté mais lorsqu'on y met les pieds, on finit par y prendre goût», avoue-t-il. Aujourd'hui, il mène une vie
paisible avec sa femme et ses trois enfants. San Francisco les à accueillis, ses copains et lui, à bras ouverts. C'est également le cas de Sid Ali, qui vient de la rue Didouche Mourad, à Alger. Il est actuellement manager au restaurant «Le Franciscain» à Fisherman's Wharf, l'un des endroits les plus touristiques de San Francisco.
Cela fait vingt ans qu'il a quitté l'Algérie : «Nous nous sommes tout de suite adaptés à la vie d'ici», dit-il. Sid Ali trouve également que cette ville, caractérisée par ses pentes et ses collines, ressemble étrangement à Alger, c'est pourquoi il ne ressent pas trop de dépaysement. C'est ce que pensent aussi d'autres Algériens rencontrés dans ce café où le célèbre cinéaste Francis Ford Coppola a écrit
le mémorable scénario du film le Parrain.
«Les Américains nass m'lah mais pas le gouvernement !»
Lors de la dernière présidentielle américaine, les Algériens de Californie ont voté massivement, certains pour la première fois, dans le but de soutenir Obama, qui incarne pour eux le changement. Ceux qui ont réussi à décrocher la citizenship, la citoyenneté américaine, ont tenu à ne pas manquer ce rendez-vous électoral, pour le moins unique. La plupart de nos compatriotes sont installés depuis presque vingt ans aux Etats-Unis. C'est le cas de Kader, originaire de Hussein Dey, à Alger. Diplômé en économie, après des études en France, il a connu la galère, sillonné plusieurs villes européennes, transité par New York et Chicago avant de convoler en justes noces avec une Américaine et d'élire domicile à San Francisco.
Il y vit depuis presque dix ans. «Dans cette ville, les gens sont ouverts, de plus je suis pénard dans ma nouvelle vie», dit ce jeune Algérien, qui travaille dans l'hôtellerie. Ces Algériens portent toujours la mère patrie dans le cÅ"ur. Ils se donnent rendez-vous chaque dimanche pour un chaleureux match de football qui les replonge dans les chaudes ambiances algéroises. Bilal, de Hydra, trouve aussi des similitudes entre San Francisco et Alger la méditerranéenne.
Il la porte dans l'âme allant jusqu'à immatriculer sa voiture «16» : c'est possible aux Etats-Unis, avec ce qu'on appelle la «private plaque», un service qui se paye. C'est en 1995 que Bilal a quitté Alger. Actuellement, il travaille dans un restaurant et étudie en parallèle : «Je vais souvent en vacances à Alger, mais je suis, à chaque fois, choqué par le système algérien qui n'a pas changé. Je suis Algérien de cÅ"ur mais, quand je me retrouve à Alger, je vois malheureusement que les choses n'ont pas bougé, qu'il n y a pas eu de progrès.» «Paradoxalement, dit-il, je me suis facilement adapté à la vie américaine et vite intégré dans la société ; les Américains acceptant l'autre facilement.
Franchement, je n'ai pas eu de mal à trouver ma place. C'est vrai que j'aime tellement Alger, et l'Algérie c'est mon pays, ce n'est certainement pas de gaieté de cÅ"ur que je l'ai quittée, j'y ai laissé ma famille, mes amis... et tant de souvenirs... mais je n'aime pas la façon dont le système fonctionne, à savoir la corruption qui mine l'administration et la société, le piston, les passe-droits, l'injustice... c'est quand même terrible que cela se passe comme ça en Algérie. Je constate aussi qu'il n' y a plus de [middle class], la classe moyenne... Mais il y a par contre de plus en plus de gens très riches et de plus en plus de gens trop pauvres...» avoue-t-il amèrement.
«Les Américains nass m'lah, mais la politique du gouvernement américain est loin d'être pareille !» lance un groupe d'Algériens. «On espère que l'élection de Obama va changer les choses, particulièrement dans les relations avec le Proche-Orient et surtout booster les relations algéro-américaines», estime-t-on encore.
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