La Tribune (Algiers)

Somalie: Faute d'avoir pu ramener la paix dans son pays - Le président somalien a annoncé sa démission devant le Parlement

Hasna Yacoub

30 Décembre 2008


«J'avais promis de rendre le pouvoir si je ne pouvais pas ramener la paix, la stabilité ainsi que la démocratie en Somalie», a déclaré, hier, M. Abdullahi Yusuf Ahmed, le président somalien dans un discours devant les parlementaires réunis à Baïdoa, siège du Parlement de transition somalien. «J'ai décidé de vous rendre le pouvoir. J'ai signé la lettre de démission, et j'ai donné le pouvoir au président du Parlement», Aden Mohamed Nur, qui assure depuis hier la fonction de président en exercice de Somalie, a-t-il ajouté.

«J'ai fait de mon mieux pour servir le peuple somalien et pour promouvoir la réconciliation. J'ai participé à toutes les conférences de réconciliation depuis 1991 [début de la guerre civile] et libéré le pays des tribunaux islamiques», a lancé M. Yusuf. La décision du président somalien est le résultat d'une longue crise politique dans le pays, née de divergences entre lui et une partie de son gouvernement ainsi que du Parlement de transition.

M. Abdullahi Yusuf Ahmed a accusé la communauté internationale de ne pas avoir honoré ses engagements envers la population somalienne qui fait face à une crise humanitaire des plus graves. «La communauté internationale avait promis davantage d'aide pour le peuple de Somalie, mais cette promesse n'a pas été honorée ; nous étions incapables de payer les salaires et le soutien logistique aux forces armées. L'armée s'est ensuite désintégrée, incapable de combattre les extrémistes», a-t-il assuré. Après ce discours,

M. Yusuf a quitté, sous escorte, le siège du Parlement et devait s'envoler sous peu pour la région somalienne semi-autonome du Puntland (nord-est de la Somalie) dont il a été président de 1989 à 2004. Elu à la présidence le 10 octobre 2004, il n'est jamais parvenu à imposer son autorité sur la Somalie.

M. Nur, président du Parlement, a confirmé avoir reçu et accepté la lettre de démission de M. Yusuf. «Je félicite le Président pour sa démarche audacieuse, dans le respect de la charte fédérale de transition. J'ai été touché par son discours. Unissons-nous et félicitons le Président en l'escortant tous jusqu'à l'aéroport», a déclaré le nouveau président en exercice.

Le Parlement a désormais 30 jours pour élire un nouveau président. Le désormais ancien président somalien était en désaccord avec l'ex-Premier ministre Nur Hassan Hussein qu'il avait limogé lui et son gouvernement le 14 décembre dernier, les accusant d'«incompétence», de «détournements de fonds et de mauvaises gestion». Les deux hommes n'arrivaient pas à s'entendre sur plusieurs sujets, notamment sur la stratégie à suivre à l'égard de l'opposition, paralysant ainsi l'activité du gouvernement et du Parlement depuis plusieurs semaines.

M. Yusuf Ahmed avait relevé son Premier ministre de ses fonctions sans consulter le Parlement, ce qui était contraire à la charte fédérale de transition. Le Premier ministre limogé était à la tête de la délégation qui a mené, sous l'égide l'ONU, des pourparlers de paix avec l'Alliance pour la re-libération de la Somalie (ARS, opposition), ayant abouti à un accord sur le partage du pouvoir.

L'accord en question, conclu à Djibouti entre une faction de l'ARS et le gouvernement fédéral de transition somalien, lors d'une conférence de réconciliation entre les factions politiques, avait été une source de désaccord entre le Président et son Premier ministre. En outre, le président Yusuf Ahmed avait refusé d'approuver la nomination de nouveaux ministres désignés par son Premier ministre, suite à la démission, le 2 août dernier, de dix ministres proches du chef de l'Etat. Ceux-ci avaient allégué leur démission par une «utilisation erronée des ressources de la nation».

Le 16 décembre, Mohamoud Mohamed Gouled, un des proches du président somalien, est nommé au poste de Premier ministre. Le Parlement somalien avait alors apporté son soutien au Premier ministre limogé et refusé de donner son aval pour la nomination du nouveau chef de gouvernement. De son côté, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad, six Etats d'Afrique de l'Est), a jugé «inconstitutionnelle» la désignation du nouveau Premier ministre et décidé de lui imposer des sanctions ainsi qu'à ses associés.

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En outre, l'Igad a menacé le chef de l'Etat somalien de sanctions dans le cas où il continuerait à prendre des décisions unilatérales. Face au refus de la communauté internationale de le reconnaître, M. Gouled a annoncé, le 24 décembre, sa décision de quitter ses fonctions, assurant qu'il ne voulait pas être un «obstacle» au dialogue entre Somaliens. La charte fédérale de transition, adoptée en 2004, prend fin en 2009.

Des élections et l'adoption d'une nouvelle Constitution sont alors prévues dans ce pays en proie au chaos et aux violences depuis le renversement du régime du président Mohammed Siad Barre en 1991. La Somalie, pays de la Corne de l'Afrique, connaît également une situation humanitaire déplorable et fait face au phénomène de la piraterie au large de ses côtes.

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