Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Vih/Sida dans les écoles - La stigmatisation, lot quotidien des enseignants séropositifs

Maïmouna Gueye

30 Décembre 2008


« Courage et Espoir ». Tel est l'intitulé d'un film retraçant les témoignages de quatre enseignants vivant avec le Vih.Ils s'appellent Beldina, Jemimah, Margaret et Martin. Il s'agit de trois femmes et d'un homme de nationalité kenyane qui vivent avec le Vih.

Aussi, sont-ils tous les quatre des enseignants. Ils témoignent dans un film intitulé « Courage et Espoir » diffusé lors de la 15e Conférence internationale sur le Sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (Icasa 2008) sur leur statut sérologique et leur statut d'instituteur.

Sans détours, ces récits évoquent les différents épisodes de la vie de ces enseignants vivant avec le Vih avant la découverte de leur séropositivité et après. Leur réaction, celle de leur famille, collègues, élèves... sont également relatés dans ce film de 40 minutes. Grâce à leur courage, ils ont su, tous les quatre, retracer ces moments difficiles de leur existence ;

ce qui leur a redonné de l'espoir, surtout qu'avec le traitement avec les Arv (Antirétroviraux), ils peuvent vivre comme le commun des Kenyans, des humains d'une manière générale. « Courage et Espoir », dans lequel des enseignants vivant avec le Vih partagent leurs expériences, met surtout l'accent sur la stigmatisation dont sont victimes les instituteurs séropositifs dans les écoles.

Des directeurs d'école aux parents d'élèves, en passant par les collègues et les élèves, Beldina, Jemimah, Margaret et Martin rendent compte de tous les aspects relatifs à la stigmatisation.

La maîtresse qui a le Sida arrive

« Ce qui tue, c'est la stigmatisation et la discrimination qui accompagnent le virus ! », lance Beldina. Ce que confirment les témoignages de Margaret qui raconte dans les détails les souffrances endurées dans son école aussi bien de la part de ses élèves, de ses collègues que des parents d'élèves. « Lorsque la cloche sonnait, personne ne venait.

Les élèves disaient : la maîtresse qui a le Sida arrive. Quand j'entrais en classe, certains sortaient par la fenêtre », confie-t-elle. Poursuivant, Margaret ajoute : « Quand j'étais la première à aller prendre le thé, les autres ne venaient pas.

C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à comprendre que j'étais victime de stigmatisation ». Surtout que « les parents d'élèves qui savaient que je toussais beaucoup avaient commencé à retirer leurs enfants de ma classe ».

Aussi, « les élèves ont-ils refusé d'amener leurs cahiers à noter parce qu'ils pensaient qu'ils pouvaient attraper le virus ». Et tout cela a déprimé Margaret qui a, par la suite, pensé qu'elle devait faire quelque chose.

Le directeur m'a retiré ma classe »

Pour Beldina, « la vie à la maison était devenue triste », quand son mari a su que leur bébé était séropositif. « Il n'était plus le même depuis ce jour », soutient cette enseignante kenyane qui a aussi vécu des moments douloureux dans son école.

« Pendant les récréations, je remarquais que les tasses disparaissaient. Chacun amenait sa tasse. Pour le déjeuner, quand c'était mon tour de préparer, chaque collègue donnait une raison pour ne pas manger ».

Et la stigmatisation s'est poursuivie jusqu'à l'année suivante. « Le directeur m'a porté un coup terrible en me retirant ma salle de classe. Il ne m'a attribué aucune salle, aucune matière. Si j'allais dans la salle des professeurs, personne n'y entrait », raconte Beldina.

Contrairement aux autres directeurs, celui de l'école de Martin l'a soutenu quand il lui a annoncé son statut sérologique. « Il a réagi positivement », déclare Martin. C'est pour cela qu'il a eu le courage de décider, avec son épouse, elle aussi infectée, de vivre positivement avec sa maladie.

D'autant qu'avec le traitement avec les Antirétroviraux (Arv) qui est, selon Martin, « un engagement de toute une vie », la vie des séropositifs est devenue meilleure, comme l'a souligné l'enseignante Jemimah.

Ainsi, Martin a pu assurer correctement ses charges horaires. « Je n'ai jamais manqué une seule journée. Au contraire, j'ai eu plus de charges horaires, car je remplaçais mes collègues absents », informe-t-il.

S'il y a eu par la suite un changement de perception dans les écoles au Kenya, c'est parce que quand ces quatre enseignants vivant avec le Vih qui ont témoigné dans le film « Courage et Espoir », ont commencé leur traitement et qu'ils se sont sentis mieux, ils ont décidé de mener le combat contre la stigmatisation dans les écoles. Cela en parlant du Vih/Sida à leurs collègues, élèves.

« Quand j'ai repris, j'ai parlé au directeur, aux élèves. Je leur ai révélé ma séropositivité. C'est comme cela que je suis arrivée à recruter un groupe de 50 enseignants qui s'appelle les enseignants contre le Sida », soutient Beldina. Un courage source d'espoir...

Séropositive, pas immorale

Au-delà des directeurs et collègues enseignants, Jemimah a estimé qu'il fallait également parler aux élèves. De ce fait, affirme-t-elle, elle est parvenue à changer la perception du Vih/Sida chez les élèves. Et aujourd'hui elle se réjouit que ses élèves disent que leur « maîtresse est séropositive, mais pas immorale ».

De l'avis de Jemimah, en tenant de tels propos à son endroit, les élèves vont penser à leur protection. Ce qui n'est pas négligeable.

Consciente qu'elle ne va pas rompre son contrat avec l'Education nationale et qu'elle va vivre avec le virus du Sida pendant toute la vie, Beldina, sur un ton empreint d'humour, a déclaré quant à elle avoir signé un pacte avec le virus pour que tous les deux mènent leur vie paisiblement.

« Le virus et moi, on a trouvé un terrain d'entente. On s'entend plutôt bien », lance-t-elle sourire aux lèvres. De belles paroles d'espoir....

122.000 enseignants séropositifs en Afrique subsaharienne

Le rôle des syndicats dans la protection des enseignants vivant avec le Vih a aussi été abordé dans ce film d'une quarantaine de minutes, de même que l'importance des réseaux qui permettent, selon Martin, de partager des expériences.

Encore une fois, rappellent ces enseignants-acteurs, « le fait d'être séropositif ne veut pas dire qu'on va mourir ». Au contraire, il y a espoir avec le traitement antirétroviral.

Signalons qu'en Afrique subsaharienne plus de 2 millions de personnes ont accès aux Arv et que le nombre d'enseignants vivant avec le Vih y est estimé à 122.000.

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