Inter Press Service (Johannesburg)

Afrique: Plus d'excuses pour les violences de genre

Joyce Mulama

30 Décembre 2008


Pendant que le monde célébrait la 27ème Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, les chiffres des Nations Unies indiquent qu'au cours de sa vie, une femme sur trois est battue, contrainte dans les relations sexuelles ou abusée, par un parent ou une connaissance.

En Afrique, des inquiétudes continuent de s'exprimer par rapport à une faible législation et son application pour protéger les femmes et les filles du mal.

Au Forum africain sur le développement (African Développement Forum - ADF VI), tenu fin novembre à Addis Abeba, il a été remarqué que beaucoup de femmes ne dénoncent pas les cas de violence, notamment ceux impliquant des partenaires intimes, de peur de représailles, qui peuvent comprendre la privation économique, l'agression physique, ou la perte de la garde des enfants.

"Il existe une profonde culture de silence qui fait que les femmes ne dénoncent pas leurs maris ou partenaires qui les battent; elles ont peur de perdre l'avantage d'être entretenues, particulièrement si l'homme est le fournisseur du pain", déclare Auxillia Ponga, une conseillère de genre au secrétariat de Commonwealth.

Etant donné cette situation, des informations fiables sur les niveaux des violences faites aux femmes sur le continent ne sont pas disponibles. Lorsque des études ont été menées, les résultats sont décourageants.

En 2005, une étude menée par l'Organisation mondiale de la santé a révélé que près d'un tiers des femmes sondées en Ethiopie avaient été forcées d'avoir des rapports sexuels contre leur volonté dans les 12 mois précédant l'enquête. Le Groupe de travail du secrétaire général de l'ONU sur les femmes, les filles et le VIH/SIDA a constaté que les jeunes femmes entre 15 et 19 ans présentaient des taux d'infection 3,5 fois plus élevés que les hommes du même âge; la disparité est liée à la grande vulnérabilité des femmes dans le contexte de niveaux élevés des violences sexuelles.

Les participants au ADF VI ont publié une déclaration et élaboré un plan d'action mettant en relief une campagne qui essayera d'encourager les victimes de violence à parler haut afin que des données complètes puissent être obtenues et utilisées pour concevoir des mesures spécifiques en vue de combattre la violence qui sévit sur le continent.

Le plan d'action de l'ADF VI, intitulé "De l'engagement à la délivrance", appelle à une initiative sur trois ans débutant en 2009 qui consistera à mener des campagnes de sensibilisation de porte-à-porte au niveau communautaire sur l'importance de dénoncer les violences.

"Cette campagne reconnaît que l'obtention de données fiables sur tous les aspects de violences faites aux femmes est une condition nécessaire pour établir les meilleures politiques et suivre l'efficacité des actions", indique le plan d'action.

Le plan exige également que les pays réforment leurs lois afin de s'assurer qu'elles protègent convenablement les femmes et les filles tout en faisant la promotion de l'égalité de genre. Les progrès dans ce domaine seront passés en revue après trois ans. Là où des pays n'auront pas fait de progrès, ils devront expliquer pourquoi.

Des inquiétudes se sont exprimées selon lesquelles bien que la plupart des gouvernements sur le continent votent des lois proscrivant les violences faites aux femmes, la mise en application demeure un défi clé, avec des autorités soulignant un manque cruel de ressources. Ils font allusion à un manque de fonds pour sensibiliser ceux qui appliquent la loi, les juges, les magistrats, de même que pour l'éducation des femmes sur leurs droits.

"Le travail du gouvernement est de créer un environnement favorable en votant des lois. Il revient à tous les acteurs de s'assurer que la loi fonctionne puisque les gouvernements peuvent ne pas disposer de ressources nécessaires", a indiqué à IPS, Victor Shipoh, directeur du genre et des affaires internationales au ministère de l'Egalité de Genre et la Protection de l'Enfant en Namibie.

Pour faire face à de tels défauts, les participants ont appelé les Etats membres de l'Union africaine à financer et à dégager un fonds pour les femmes d'ici à 2009 -- un fonds pour les femmes africaines a été promis dans la Déclaration solennelle en 2004 sur l'égalité de genre en Afrique. Ils ont par ailleurs soutenu la création d'une nouvelle agence de l'ONU centrée sur l'élimination des violences faites aux femmes et la promotion de l'égalité de genre, avec un budget minimum d'un milliard de dollars chaque année.

Ils ont conseillé aux gouvernements africains d'augmenter les investissements locaux des programmes de l'égalité de genre et de l'autonomisation des femmes, malgré la crise financière mondiale.

"Nos gouvernements ne devraient pas utiliser la crise financière comme une excuse pour retarder une action, affirmant qu'ils ne peuvent pas financer les programmes de genre à cause des financements des donateurs en baisse", a dit à IPS, Marren Akatsa-Bukachi, directrice de l'Initiative sous-régionale d'appui de l'Afrique orientale pour le progrès des femmes.

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Le sentiment général résonnant de la réunion était qu'avec la crise financière actuelle, les gouvernements doivent certainement opérer des coupes budgétaires sur ce qu'ils considèrent comme des domaines non essentiels. L'égalité de genre et l'autonomisation économique, selon certaines craintes, peuvent tomber dans cette catégorie.

Faisant écho des premières critiques par rapport aux dépenses actuelles sur des priorités telles que l'armée, Akatsa-Bukachi a indiqué que si les coupes budgétaires sont nécessaires, elles devraient être opérées ailleurs : "Ils doivent trouver une voie pour renforcer les ressources locales afin de financer les programmes d'autonomisation des femmes. Après tout, la richesse d'une nation est déterminée non pas par des ressources extérieures, mais par ses propres ressources".

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