Nord-Sud (Abidjan)

Afrique: Crise financière: les dégâts pointent

La Côte d'Ivoire appréhende les effets de la crise financière déclenchée aux États-Unis. Même si certains politiques écartent des incidences directes sur l'économie ivoirienne, la tempête est bel et bien menaçante.«La crise financière mondiale n'aura qu'une incidence mineure en Afrique», estime le président Abdoulaye Wade.

«L'Afrique subsaharienne n'échapperait pas aux conséquences de la crise financière même si sa croissance allait rester solide en 2009», rétorque le représentant résident du Fonds monétaire international (Fmi) Philippe Egoumé. Dans ses perspectives économiques régionales, l'institution multilatérale prévoit une croissance pour la région de 6,2% l'année prochaine après 5,9% en 2008. Hors pétrole, elle devrait être de 6,2% en 2009 après 6,9%. «Notre système bancaire est faible, je ne crois pas que nous soyons concernés par cette crise.

Et là, je ne fais pas de la fiction», souligne le président de l'Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly. «Au plan macroéconomique les incidences de la détérioration de la conjoncture économique mondiale sont désormais visibles, notamment à travers les flux commerciaux et financiers avec l'extérieur» concluent les gouverneurs des pays francophones de la Banque mondiale (BM) du Fmi et réunis le 5 décembre à Abidjan.

La crise financière ne laisse pas indifférent. Certes, la Côte d'Ivoire n'est pas très proche de la crise, mais elle risque d'en subir les conséquences. L'évolution s'annonce angoissante car l'économie mondiale est déjà en récession économique.

Selon Bohoun Bouabré, président du groupe des gouverneurs, il est désormais question de prévoir les répercussions de cette récession sur notre économie. Il ajoute que les conséquences seront de deux ordres. En premier lieu, elles seront d'ordre socioéconomique. Elles dépendent non seulement des structures économiques des banques mais surtout de leurs liens avec les banques occidentales.

A ce niveau, observe le professeur Alexandre Assémian, le constat est que la plupart des banques sont des filiales de banques françaises. Cependant, le fait que notre système financier n'est pas aussi diversifié se révèle dans le contexte actuel comme un avantage.

Les prêts interbancaires vont également s'amenuiser. Toutefois, l'économie pourrait souffrir de la baisse des cours de matières premières notamment le cacao, le caoutchouc et le pétrole. Déjà dans certains pays africains comme le Congo-Brazzaville et le Cameroun, l'industrie du bois connaît une forte régression du fait de la baisse drastique des commandes.

Ce sont-là l'un des effets pervers de la crise financière. On pourrait par exemple assister à un assèchement immédiat des crédits ; ce qui inévitablement va se répercuter sur les autres secteurs. Du point de vue des conséquences indirectes, celles-ci sont inévitables.

D'abord l'arrêt des projets et programmes de développement. Le financement de la sortie de crise devient de plus en plus hypothétique. Dans ces conditions, les modifications des dépenses budgétaires, les révisions à la baisse des prévisions de croissance, laissent entrevoir les incapacités et les limites des partenaires à honorer leurs engagements.

Le Directeur général du Fmi, Dominique Strauss Khan, demande aux Etats développés d'utiliser d'autres alternatives au lieu de diminuer l'aide au développement au monde noir afin d'éviter une crise humanitaire en Afrique subsaharienne.

Manifestement un voeu pieux. La seconde conséquence indirecte probable est la diminution des recettes d'exportation et des ressources externes.

Diminution des recettes

Pour la Côte d'Ivoire, la source des financements demeure les recettes agricoles, pétrolières et l'endettement bilatéral ou multilatéral. En 2007 les investissements extérieurs en Côte d'Ivoire ont atteint 5.702 millions de dollars.

La diminution de l'enveloppe n'est plus discutable. Dominique Strauss Khan lui-même déclare que les ressources actuelles de son institution ne lui permettent pas de faire face aux financements des Etats en crise en Europe. L'Afrique et particulièrement la Côte d'Ivoire n'est pas encore la priorité.

Pour le pétrole, après avoir fluctué autour de 150 dollars le baril, il se trouve désormais autour de 35 dollars le baril avec une hypothèse de baisse plus significative si les diminutions des productions de l'Opep ne relancent pas la demande.

On pourrait assister à un arrêt systématique des exploitations en profondeur. Profitant à peine de 10% des revenus pétroliers extraits de son sous-sol, notre pays sera fortement affecté par la diminution des recettes. Pour le Directeur général de Bni-Finance, Pascal Djéréké, l'on risque un ralentissement de la croissance à l'horizon 2009 du fait de la diminution des besoins de consommation des pays développés déjà entrés en récession, le surplus de liquidités des banques locales n'étant pas complètement réinjecté dans l'économie nationale.

Si jusqu'à présent, la baisse des matières premières reste supérieure à sa moyenne de 2007, elle handicapera profondément les volumes des échanges et le rapatriement des épargnes des travailleurs émigrés du fait de la conjoncture accentuée par un taux de chômage élevé et la réduction des horaires de travail avec des compressions d'effectifs.

Cela compliquera davantage la balance des paiements. Selon Charles Konan Banny, les effets cumulés des deux conséquences précédentes risquent de conduire inévitablement à la crise économique avec un net recul de l'ensemble des indicateurs de la croissance. Les experts affirment que la crise partira du secteur réel puis affectera par la suite le secteur financier.

Si cette hypothèse se confirme, les perspectives de sortie de la crise seront encore plus sombres. Les conséquences seront d'autant énormes et sévères que nous entrons dans une époque sans précédent d'une combinaison de crise économique (structurelle et conjoncturelle) doublée d'une profonde crise sociale (aggravation de la crise alimentaire).

En tout état de cause, l'Etat pourrait diversifier ses sources de financement et sa coopération économique avec l'Asie et la Chine en particulier, surtout que cette dernière, dispose encore d'énormes réserves financières et compte bien augmenter sa demande en matières premières et énergétiques.


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