Le Phare (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Routes - Le temps des boucs émissaires ?

Kimp.

30 Décembre 2008


Huit entrepreneurs expatriés interpellés il y a une dizaine de jours par le Parquet Général de la République puis jetés au Centre Pénitencier et de Rééducation de Kinshasa (ex-prison centrale de Makala) ont été relaxés le week-end dernier. C'est un grand soulagement dans les milieux diplomatiques, où on a noté une vive agitation au sein des ambassades des pays originaires des intéressés, notamment la France, la Belgique, les USA et l'Italie.

C'est aussi l'accalmie au niveau de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC), d'où étaient parties de vives protestations contre le non respect des règles de procédure judiciaire.

Un peu partout, l'on a vilipendé la précipitation dans laquelle s'était illustré le gouvernement congolais, à travers le ministère de la Justice et ainsi que celui des Infrastructures et des Travaux Publics, pour vouer aux gémonies des opérateurs économiques qui ne devaient bénéficier, tant au niveau de l'instruction pré juridictionnelle que du procès, de la présomption d'innocence.

Comme pour donner raison à tous ceux qui avaient émis des doutes quant aux allégations de détournement portées contre les huit entrepreneurs expatriés, l'on a fini à apprendre, selon la formule devenue classique dans les moeurs politico-judiciaires congolaises, que leurs dossiers étaient réputés vides.

Dès lors, des questions se posent quant au fond même de cette affaire des marchés publics en rapport avec la construction et la réhabilitation des infrastructures routières tant à Kinshasa qu'en provinces. L'Etat congolais dispose-t-il des moyens suffisants pour financer les travaux de voirie et des routes d'intérêt national ou de desserte agricole à travers la République ?

Le ministère des Infrastructures et des Travaux Publics s'appuyent-ils sur ses services techniques, à savoir le Bureau Technique de Coordination, l'Office des Routes et l'Office des Voiries et Drainage dans le suivi et la réception des chantiers routiers ? Le gouvernement congolais respecte-t-il ses engagements financiers vis-à-vis des entrepreneurs privés ?

Des acomptes assassins

A en croire nombre d'entrepreneurs ayant déjà exécuté des travaux routiers pour le compte de l'Etat congolais, celui-ci est passé maître dans la libération des acomptes dits « assassins » car sans commune mesure avec les coûts des prestations attendues.

Placés devant le fait accompli, les sociétés de génie civil gagnantes des marchés publics n'ont que deux choix : soit faire quelque chose sur une chaussée dégradée avec des moyens du bord et donc sacrifier les normes mondialement admises en la matière ; soit préfinancer les chantiers proportionnellement à leurs ressources propres, qui à réclamer des remboursements ultérieurement.

En fait, la mauvaise qualité des routes que l'on décrie à Kinshasa ou ailleurs est la conséquence de la modicité des fonds que disponibilise le trésor public congolais. Elle est aussi tributaire des sacrifices financiers que consentent les « partenaires » de l'Etat congolais, sans espoir de remboursement dans les délais convenus.

La troisième gangrène qui affecte les marchés des routes en RDC se nomme « commission », dont le taux s'élève jusqu'à 30 % de l'enveloppe nominale pour le financement des travaux. Il est pratiquement impossible à un entrepreneur de gagner un appel d'offres sans laisser du « cash » sur la table.

La quatrième s'appelle complaisance. Le plus souvent, la préférence des décideurs politiques congolais va aux soumissionnaires qui présentent les factures les plus faibles, sacrifiant ainsi la « haute qualité » qui a un coût, avec lequel un entrepreneur sérieux ne peut pas tricher.

En effet, selon les standards internationaux, un kilomètre de route coûte entre 800.000 et un million de dollars américains. Mais, des facteurs météorologiques, géo-physiques, humains et autres peuvent faire en sorte que ce plafond soit crevé en RDC.

Pour des raisons d'enrichissement rapide et sans cause, les décideurs congolais disqualifient systématiquement des entrepreneurs réunissant expérience, expertise, outils de travail et fonds nécessaires à la bonne conduite des travaux routiers.

Or, c'est la facturation au rabais, dans laquelle s'illustrent souvent des entrepreneurs n'existant que sur papier, qui « tuent » les routes congolaises, lesquelles se dégradent tous les trois mois, sinon moins que cela.

Des boucs émissaires ?

Accusés de torpiller les cinq chantiers de la République puis remis en liberté, faute de preuves suffisantes des présumés détournements des fonds publics mis à leur disposition, les entrepreneurs expatriés sortis de l'ex-prison de Makala le dernier week-end sont de plus en plus perçus comme des boucs émissaires.

A cause des ratages qui marquent leur démarrage depuis deux ans, l'opinion publique congolaise croit de moins en moins à leur matérialisation.

Le sentiment que partage désormais le commun des Congolais est que le gouvernement a vu trop grand dans sa volonté de moderniser les réseaux routiers urbains et national.

Le fait que les entrepreneurs présumés détourneurs se mettent à réclamer, auprès du même Parquet Général de la République qui 5 millions, qui 10 millions, qui 20 millions, qui 30 millions de dollars engloutis dans un tronçon routier préfinancé par eux-mêmes devraient interpeller les consciences.

Pour un peut, on serait amené à se demander si l'Etat congolais, qui crie au voleur, ne serait pas en réalité le vrai pilleur de ses partenaires privés de tout moyen de coercition contre lui ? Oh si il y a un : c'est l'abandon pur et simple des chantiers, surtout dans la capitale.

Etant donné que c'est le gouvernement congolais qui lui-même ameuté le monde entier au sujet de la spoliation de ses ressources par des entrepreneurs présumés véreux, la transparence commanderait qu'il aille jusqu'au bout de sa logique.

Concrètement, le dossier devrait être creusé à fond, de manière à ce que des millions de Congolaises et de Congolais sachent de quel côté se trouve la vérité dans la « mort » des routes sur l'ensemble du pays.

Si le Budget de l'Etat n'est pas en mesure de prendre en charge des milliers de kilomètres de routes bitumées à travers toute la République, que le gouvernement opère une sélection des axes routiers prioritaires plutôt que de faire croire à tous que les autoroutes vont sortir du sol comme des champignons.

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