Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Investissements français en Afrique - Les députés français appellent leur pays à faire plus

Robert Krassault

30 Décembre 2008


Avec ou sans la France, l'Afrique bouge. Face à cette situation, l'Assemblée nationale française a choisi de ne plus rester silencieuse. La commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française est formelle : la France ne semble pas être suffisamment intéressée par l'Afrique.

La mission d'information qu'elle a initiée au mois de septembre dernier et qui en a produit un rapport rendu public le 17 décembre, explique ainsi qu'alors que les réactions sur les relations franco-africaines restent vives, d'importantes mutations sont intervenues sur le continent africain, dont le pays de Nicolas Sarkozy a tardé à prendre entièrement la mesure. L'objectif de cette mission était de faire la part des choses, certes, mais aussi de réaffirmer une confiance et une volonté, et d'alerter l'opinion comme les pouvoirs publics sur le danger du désintérêt pour l'Afrique.

Parce que l'Afrique, ces derniers temps, a plus bougé que le regard français sur l'Afrique. Selon cette mission d'information, l'Afrique d'aujourd'hui connaît des transformations profondes que la plupart des grandes puissances du monde, en particulier les puissances émergentes, à commencer par la Chine et l'Inde, ont clairement identifiées.

Elle évoque notamment d'anciens conflits qui se sont résorbés d'une manière nouvelle par les Africains eux-mêmes. La mission d'information note également que malgré de grandes disparités, l'Afrique connaît depuis quelques années une croissance économique soutenue, supérieure à la moyenne mondiale. Elle constate que de plus en plus nettement, l'esprit d'entreprise souffle sur l'Afrique, comme celui de la création artistique ou de la justice sociale.

L'Assemblée nationale française accuse la France de n'avoir pas suffisamment anticipé l'ampleur de ces évolutions et leurs conséquences. Et pourtant, la présence sur le continent noir de cette France-là est beaucoup plus ancienne. Voici que dit le rapport à ce sujet : "Alors que notre pays s'engageait progressivement dans un processus de retrait de la gestion des conflits africains au profit d'autres acteurs internationaux, dont l'Union européenne, il a, dans le même temps, enregistré un recul de son influence propre sur le continent".

Pour cette mission d'information, la France doit maintenir sa présence en Afrique. Elle doit surtout affirmer sa volonté d'engager une nouvelle politique de coopération avec l'Afrique qui "bouge" et qui "entreprend". "Du fait de son histoire, la France dispose, en effet, de réels atouts en Afrique qu'elle doit valoriser là où elle est susceptible de faire la différence, par rapport à d'autres acteurs comme les Etats-Unis ou la Chine - aujourd'hui très actifs dans cette région du monde. C'est la raison pour laquelle la Mission recommande de mettre l'accent sur une coopération bilatérale renforcée en matière d'éducation et de formation", indique le rapport.

La mission d'information souligne aussi que la France ne peut rester à l'écart des efforts engagés en faveur du développement économique de l'Afrique. Surtout que ces dernières années ont été marquées par un certain nombre de réussites qui témoignent du dynamisme des entrepreneurs africains. Pour cette mission, la France doit pouvoir les soutenir.

Tout comme elle doit enrayer, dans le même temps, le repli de ses entreprises sur le continent, en recourant à des solutions innovantes de financement en mobilisant, par exemple, des fonds provenant des pays du Golfe. Elle préconise aussi une relance de la coopération et une affirmation de sa présence économique en Afrique parce qu'elles constituent, selon elle, les deux piliers du partenariat de la France en Afrique.

"Notre pays continue de faire l'objet de fortes attentes de la part des

Africains. Si l'Afrique demande à être regardée autrement dans ses relations avec ses partenaires économiques, il convient aussi que les actions de coopération et de développement que nous y menons ne soient pas exclusivement justifiées par des exigences de rentabilité.

La France doit continuer d'incarner et de défendre sur un plan politique les principes démocratiques d'égalité des chances, de respect des droits et libertés individuels, et de solidarité. Sans le souci de préserver ces valeurs qui ne doivent pas cesser d'inspirer notre politique d'aide et de coopération, la France ne parviendra pas à refonder de façon durable la relation unique qui la lie avec l'Afrique", dit le rapport.

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